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Black. [ Histoire complète ]

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Black. [ Histoire complète ]

Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 28 Aoû 2009 - 8:06

    xD
    Faudra que je trouve un moyen de rendre la blondasse un peu plus intéressante, c'est vrai que maintenant que tu le dis elle me fait penser à l'archétype de la péripatéticienne dans les dramas pour ados. Horreur x3

    Hum. Je vais voir ce que je peux faire pour vous pondre la suite assez rapidement =)

    [ C'est Johnny Cash qui fait tout uu' ]
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/ Vanille
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Sam 29 Aoû 2009 - 10:12

J'me lance dans la lecture ! j'ai lu la P1, j'aime beaucoup, je voudrais imprimer mais plus d'encre, donc ...
En tout cas je me demande ce qu'il va se passer =P
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Sam 29 Aoû 2009 - 14:47

    x3
    Bon courage, parce que c'est long ^^
    [ J'espère que ça te plaira à toi aussi. ]

    Hum... pour le chapitre suivant, je pourrais pas dire s'il viendra rapidement ou non. J'ai plusieurs dessins à faire - les problèmes du multifonction - et avec la rentrée qui approche... je vais voir ce que je peux faire.
    Bref. Tout ça pour dire que je n'oublie pas - Shade n'oublie jamais.

    ----

    EDIT :

    La suite, haha =)
    Plus court, moins bien évidemment. Mais c'est pas grave, on peut toujours rester au même niveau \o/
    J'écoutais You Found Me de The Fray pour le début. Je trouve que ça collait plutôt bien.



    Chapitre 14 : Où la lueur réapparaît...




    I
    l avait commis une grave erreur. Comment avait-il pu être aussi con ?!

    Il n’avait compris que trop tard. Au moment où il était passé devant la porte, au premier étage, sa sœur à ses côtés. Ils avaient lentement gravi les marches, discutant de la tournure qu’allaient bientôt prendre les choses, de ce qu’ils allaient faire. Ils étaient tendus, oui. Sur les nerfs. Mais confiants. Ils auraient dû se taire. Il aurait dû la fermer. Il savait qu’elle n’était que très peu encline à discuter. Mais il avait fallu qu’il lui parle. Et puis, alors qu’ils étaient à mi-chemin sur la route du deuxième étage… il l’avait senti. Ou plutôt pressenti. Instinctivement, il s’était retourné. Peut-être était-ce à cause de ce grognement, ou de ce discret martèlement, qu’il avait entendu de l’autre côté.
    Il s’était retourné, oui. Juste à temps pour voir la porte s’ouvrir à la volée dans un claquement retentissant, juste à temps pour voir débouler dans sa direction un premier Ant. Pris de court, il avait fait volte-face, de nouveau. Il n’avait pas eu besoin de lui dire de courir. C’étaient peut-être ça, les liens du sang, même s’ils n’étaient dans leur cas pas entièrement similaires. C’était une sorte de symbiose. Sans doute pour ça qu’ils étaient encore en vie, en cet instant-là. Il s’était précipité à sa suite, le monstre aux trousses. Et il avait entendu, au-delà de l’écho de leurs pas se répercutant sur les marches marbrées de la Mairie, le roulement effrayant d’une légion de démons. Il n’avait jamais été du genre à s’effrayer pour un rien. Mais à ce moment-là, il avait été terrifié.
    Ils avaient rapidement monté les marches tandis qu’aux aboiements de leur poursuivant se joignaient ceux de plusieurs autres contaminés. Ils avaient bien vite atteint leur but. Elle s’était jetée sur la nouvelle porte qui s’offrait à eux pour l’ouvrir, il avait prié pour qu’aucun malade ne se soit trouvé de l’autre côté. Il l’avait suivi sans jeter un regard derrière lui. Avait débouché sur une espèce d’antichambre aux allures démesurément vides. Ce n’était qu’une fois qu’il s’était retrouvé au centre de la pièce qu’il avait pivoté pour faire face à leur assaillant.

    Il se tenait en face de lui, fermement campé sur ses deux jambes, faisant de son corps l’ultime rempart qui séparait cette chose de sa sœur. Le grand frère protecteur. C’était son devoir, après tout.
    Il porta sa main à la poche arrière de son jean tandis que le Ant déboulait à son tour dans la salle, la bouche grande ouverte, leur dévoilant ainsi ses merveilleuses dents jaunâtres – il lui sembla même qu’elles étaient en état de décomposition, mais il n’eut pas le temps de chercher plus loin. Adroit et rapide, il se saisit de son revolver. Le pointa droit devant lui, jouant de sa mécanique pour le recharger avec vitesse. Visa. Le Ant parcourut quelques mètres de plus, réduisant ainsi considérablement la distance qui les séparait. Il tira.
    La balle fila à travers le canon, déchira l’air en un coup de tonnerre assourdissant, et alla se ficher droit dans le crâne de l’ennemi. Juste entre les deux yeux. L’expérience fut sans appel : l’autre stoppa immédiatement sa course pour s’affaisser en arrière, tandis que le derrière de sa tête semblait éclater pour laisser place à un cratère sanguinolent. Il s’écrasa de tout son poids sur le sol, mort. Shane serra les dents. S’il avait laissé le cran de sûreté, ils seraient très certainement réduits en charpie, à présent.

    Profitant du court moment de répit qui s’offrait à eux, elle le contourna en vitesse pour finalement se glisser avec agilité derrière la porte. Elle la referma, atténuant ainsi partiellement le son des hurlements qui commençaient à retentir un peu partout dans le bâtiment. Elle remarqua avec une pointe de soulagement que les locaux dans lesquels ils se trouvaient étaient déserts.

    Il baissa les yeux vers son arme. Deux balles.
    Il choisit de la remettre à sa place, veillant à la rendre facilement accessible – quitte à l’exhiber totalement en laissant la crosse dépasser par-dessus sa chemise. Puis jeta un coup d’œil autour de lui : pas une seule chaise dans ce coin de merde. Il avisa finalement une commode de taille respectable non loin de l’endroit où se tenait à présent Alexandra. Se dirigea vers elle, se positionnant au bout du meuble. S’y agrippa fermement. Et entreprit de le pousser vers la porte. Cela bloquerait l’entrée… et accessoirement la sortie. Voyant qu’il avait du mal en s’y prenant tout seul – cette chose était lourde, mine de rien -, Alex’ l’aida dans sa tâche. Et bientôt, l’issue fut condamnée. Ce n’est qu’une fois ce travail fait qu’ils prirent le temps de souffler, lui s’adossant au mur dans un coin, elle préférant s’appuyer contre cette même armoire qu’ils venaient de s’échiner à déplacer. Ils gardèrent le silence tandis que l’adrénaline se dissipait. C’est alors que quelque chose attira leur attention.

    « Hey… t’entends ça ? lui demanda-t-il sans même la regarder.
    - Tu veux parler de quoi ? De ces enfoirés qui beuglent dans tout l’immeuble ou du type qui chante ?
    - Le… type ?


    Offensé, il garda le silence durant quelques instants. Comment pouvait-elle ainsi traiter le Maître ? Il préféra passer outre, se disant que son enfance avait dû être bien morose, pour en venir à ternir ainsi la mémoire d’une telle icône. S’ils parvenaient à regagner la surface… il se promit de lui enseigner quelques petites choses à côté desquelles elle semblait être passée.

    - On dirait que ça vient de là-bas, reprit-il à voix basse en lui désignant une deuxième porte à l’opposé de l’endroit où ils se tenaient. »

    Elle ne lui répondit pas. Elle se contenta de hocher la tête, le regard sérieux. Laissant de côté la conversation, il décolla son dos du mur pour s’avancer lentement vers ce nouveau passage. Elle le suivit.
    Il se figea à quelques dizaines de centimètres de l’entrée, l’oreille tendue, aux aguets. Pas un souffle de l’autre côté, seulement le grésillement répétitif de cette chanson qui tournait. Sceptique, il adressa un regard à Alex qui se tenait derrière lui. Puis, tout aussi silencieusement qu’il s’en était approché, il posa sa main gauche sur la poignée, laissant la droite aller de nouveau se saisir de son fidèle calibre.
    Il poussa la porte avec fracas, prêt à tirer au moindre mouvement.

    Il fut soudain pris au dépourvu.

    « Des… gamins ? »



    Ils n’avaient pas pu bouger. Ils étaient restés figés sans prononcer un seul mot, les yeux rivés vers la porte, ne pouvant rien faire si ce n’est écouter… et attendre.
    A la détonation avait succédé le silence. Un silence pesant qui n’augurait rien de bon. Aucun d’entre eux ne s’était décidé à bouger – et ils auraient sans doute continué ainsi s’ils n’avaient pas perçu, de l’autre côté, quelques bribes de conversation. Totalement incompréhensibles, étouffées par la cloison, mais bel et bien réelles. A moins qu’il ne se fut agi d’un schizophrène sévère – doté de remarquables capacités de ventriloque, capable d’imiter aussi bien une voix d’homme que la tessiture plus suave d’une femme -, il y avait au moins deux personnes, juste là. Deux personnes qui ne bavardèrent pas longtemps. Des zombies ? Non, apparemment, ils ne parlaient pas, enfin, ils ne parlaient plus. Des gens non contaminés ?
    Il n’y eut de nouveau plus aucun bruit. Et puis la poignée sembla frémir, l’espace d’une toute petite fraction de seconde. Pour finalement disparaître en un éclair, allant valdinguer avec toute la chambranle un peu plus loin – c'est-à-dire dans un rayon circulaire d’un peu moins d’un mètre dont le centre était matérialisé par les gonds de la porte - et s’éclater contre le mur – c’était visiblement une habitude de la maison.
    Le visiteur sembla tout aussi déconcerté qu’eux lorsqu’il les aperçut. Il bredouilla quelque chose avant de s’écarter d’un pas sur le côté, laissant la place à une jeune femme. Jeune femme qui leur disait étrangement quelque chose. A vrai dire, même l’homme ne leur était pas inconnu. Et c’est avec surprise que Rose Strawberry sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Non ! C’était lui !!

    Elle le reconnut immédiatement. Elle en était venue à l’oublier, avec tous ces maudits évènements. Mais il ressurgissait brutalement, et elle eut dans un premier temps envie d’éclater de rire – ce même rire forcé que vous vous obligez à balancer pour tenter de garder la face – en pensant que tout cela n’avait été qu’une grosse blague particulièrement désagréable. Elle préféra tout de même s’en abstenir, se plongeant dans une contemplation muette. Cela ne faisait aucun doute : c’était le type qu’elle avait vu au Kingdom Institute, celui qui leur était passé devant sans même leur adresser un regard, celui qui semblait poursuivre cette femme… cette femme ? Eh, merde ! C’était qui cette pouffiasse ? En plus, elle était juste là, à côté de lui, tout de suite !
    Elle sentit un brusque sentiment de jalousie l’envahir. Elle fusilla l’inconnue du regard, tandis que cette dernière les observait avec stupéfaction. Cette dernière qui, par ailleurs, ne tarda pas à prendre la parole :

    « Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites là ?

    Aucun ne parvint à lui répondre. Un cliquetis sur la gauche de la jeune femme leur indiqua que son compagnon resserrait l’étreinte qu’il exerçait sur son arme. Quand un humain ne parlait pas, il y avait de fortes chances pour qu’il soit contaminé. Peut-être que ceux-là étaient eux aussi des Ant, sous leur dehors de bambins estomaqués.
    Elle lui adressa un regard vague, hésita à faire un pas, puis choisit de ne pas bouger.

    - Pourquoi vous êtes ici ?

    Peut-être que si elle reformulait sa question d’une façon différente, ils daigneraient bien lui répondre. L’émergence d’une voix relativement aigüe lui indiqua que sa supposition était plutôt bonne.

    - Et vous, vous êtes qui ? interrogea Cindy, fermement accrochée au casier qu’elle explorait encore quelques instants auparavant.

    Pour la première fois de sa vie, Elisabeth Leroy se surprit à louer intérieurement la grande gueule de la jeune fille. Elle se décida à s’inviter à son tour dans la conversation, qui ne risquait pas d’avancer s’ils continuaient sur cette voie-là.

    - On cherche un moyen de se tirer de cette ville, commença-t-elle.
    - On est personne, termina Raya dans un souffle qui lui valut quelques coups d’œil suspicieux de la part de ses petits camarades.


    La femme hésita quelques instants.

    - Je vois.
    - Vous ne m’avez pas répondu, reprit Cindy qui, décidément, reprenait de l’assurance.


    L’autre lui sourit.

    - Nous ne sommes personne, nous non plus.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 2 Sep 2009 - 16:34

    Elle cessa de se tenir sur le seuil de la porte pour pénétrer dans le bureau, bientôt imitée par son accompagnateur – qui en profita pour refermer la porte derrière lui. Tous deux regardèrent un moment autour d’eux avant de finalement reporter leur attention sur la bande d’adolescents éparpillés un peu partout dans la salle.

    - Alors, reprit-elle sur un ton qui se voulait bienveillant. Comment êtes-vous arrivés ici ?
    - On... on a voulu prendre le Grand Ascenseur pour quitter la ville, commença Tsuhiko en reculant le siège sur lequel il était assis. Mais il marchait pas. Du coup, on a décidé d’aller à la Mairie pour voir si on trouvait pas des plans… enfin, quelque chose pouvant nous aider à trouver une autre sortie.
    - Oh… fit-elle pensivement. C’est… très intelligent.


    Tsuhiko haussa un sourcil interrogateur, ne sachant trop s’il devait prendre cette remarque pour une flatterie ou plutôt comme une réplique pleine d’une ironie mal placée. La jeune femme le remarqua et secoua brièvement la tête.

    - Non, je veux dire, oui, c’était vraiment intelligent de votre part. Nous avons eu la même idée, ajouta-t-elle en désignant son frère d’un signe de main.
    - Vraiment ? demanda-t-il, surpris.
    - Ouais, marmonna l’homme en rangeant de nouveau son pistolet.


    Rose se sentit frissonner en entendant le son envoûteur de sa voix. Mais qui était-il ?

    - Enfin, reprit-elle, nous sommes plus précisément venus chercher une carte.

    Une carte ? pensa Rose avec perplexité. Quel genre de carte ?

    - A quoi peut vous servir une carte si vous n’êtes même pas sûrs de pouvoir quitter ce trou à rats ? intervint Raya en se relevant.

    La femme lui adressa un sourire amusé.

    - Mais il y a un moyen de quitter Nausicaa. Justement.

    Le temps sembla s’arrêter tandis que la nouvelle s’abattait sur le petit groupe comme un marteau serait venu fracasser un pauvre petit clou innocent. Rose Strawberry darda ses grands yeux bruns sur la fille. Elle ne lui disait rien qui vaille, au premier abord. Et cela lui paraissait totalement stupide étant donné qu’elle avait l’air très sympathique et franchement gentille. Merde. Alors ils avaient une chance de rentrer chez eux ?

    - A ce propos, reprit la femme en voyant que la nouvelle avait eu le temps de faire son effet. Mon nom est Alexandra, Alexandra Blue. Et voici mon demi-frère, Shane.
    - Shane Fallow, précisa ce dernier.


    Mon Dieu, mais cette fille était vraiment géniale ! s’exclama intérieurement Rose en comprenant qu’elle n’avait rien à craindre de sa part – cette dénommée Alexandra n’avait visiblement aucune tendance à l’inceste, donc selon elle, tout était bon.

    - Euh… enchantés, bafouilla Tsuhiko depuis son fauteuil.

    Et qu’il était beau, avec ses cheveux noirs, et toujours cette fine barbe naissante… et ces cernes nouvellement arrivées, ça lui donnait un air si… sexy !

    - Moi c’est Tsuhiko, continua-t-il. Eux là-bas c’est Axel et Raya… ici, Elisabeth… la fille accrochée au casier, c’est Cindy, et pour finir, voici Rose.

    Elle eut un déclic en entendant son nom, et tourna les yeux vers Tsuhiko, avant de les poser sur la femme. Celle-ci hochait la tête en les détaillant à tour de rôle. Une étrange sensation la prit aux tripes. C’est en regardant de nouveau vers le dénommé Shane qu’elle remarqua que ce dernier la fixait. Sentant un brasier incontrôlable s’emparer de ses joues, elle chercha en vain quelque chose sur quoi reporter son attention. Mais rien, nada. Roaaarr… et quel regard, en plus !

    - Ravis de vous connaître, sourit Alexandra.
    - Je… vous n’étiez pas au Kingdom Institute, hier ? bégaya timidement Rose dont le visage prenait une teinte écarlate.


    Alex’ tourna la tête vers elle, surprise.

    - Oui, c’est exact, répondit-elle.
    - Mmmh… comment tu sais ça ? demanda Shane sans cesser de l’observer.
    - On y était aussi, expliqua-t-elle tant bien que mal. En visite.
    - Ah… c’était vous le groupe dans le couloir ?
    - Oui, acquiesça-t-elle.


    Alors il nous avait remarqués, en plus !

    - Vous avez été vaccinés ?! interrogea brusquement Alexandra.
    - Nous, non, répondit-elle en secouant la tête. On devait y passer aujourd’hui.
    - D’accord, soupira-t-elle avec soulagement. Alors ça va.
    - Ca vaut mieux pour vous, lâcha Shane en déportant son regard sur la platine qui continuait de tourner. C’est vous qui avez mis ça en route ?
    - Non, c’était déjà en marche quand on est arrivés, répondit Elisabeth. On a préféré le laisser tourner histoire de pas alerter les zombies.
    - Les… zombies ?


    Shane eut une moue amusée.

    - Je croyais que les zombies se traînaient lentement les bras ballants tout en poussant des gémissements sourds ?
    - Ca, c’est l’ancienne version dit Tsuhiko. Va falloir vous mettre à jour.


    Shane eut un sourire. Dehors, un cri rauque les ramena à la réalité. L’atmosphère relativement détendue qui s’était installée se dissipa aussitôt et le sérieux revint sur le visage des deux adultes.

    - Bon, reprit Alexandra. On a plus le temps de discuter. Shane ?
    - Ouais, lâcha-t-il. Laisse-moi juste quelques minutes.


    Il regarda une nouvelle fois autour de lui avant de s’arrêter sur l’autre porte, dans le fond du bureau. Visiblement satisfait, il se dirigea d’un pas rapide vers cette dernière. Tenta de l’ouvrir, mais n’y parvint pas. Elle était fermée.
    Ce n’était pas un problème. Préférant économiser le peu de balles qu’il lui restait, il se recula légèrement. Et, soudainement, asséna un puissant coup de pied dans la serrure qui céda sous le choc, lui laissant la voie libre. Ce fut le coup de grâce pour Rose qui manqua presque de défaillir devant une telle démonstration de… masculinité. Il disparut dans l’entrebâillement, et Alexandra se tourna vers eux.

    - Je suppose que vous ne comptez pas rester ici ? leur demanda-t-elle.

    En guise de réponse, Tsuhiko secoua la tête.

    - Bien, reprit-elle. C’est très bien. Vous allez venir avec nous. A moins que cela ne vous pose un problème ?
    - Eh, non, répondit-il en se levant enfin de son fauteuil.
    - Parfait, continua-t-elle. Préparez-vous tous, on va pas tarder à y aller. Je suppose que si vous êtes arrivés jusqu’ici c’est que vous savez ce qui nous attend derrière cette porte. On compte sur vous pour suivre la cadence.
    - Mais… on ne devrait pas aller aider ton… ton frère à trouver ce que vous êtes venus chercher ? interrogea Elisabeth qui s’approchait d’elle en compagnie de Cindy.


    Alexandra leur sourit.

    - Pas besoin. Il sait parfaitement ce qu’il fait.

    Et, comme pour appuyer ses dires, ce fut ce moment que choisit Shane pour réapparaître, une grande feuille jaunie par le temps roulée sous le bras.

    - C’est pas tout récent, dit-il. Ca date de la construction de la ville, mais c’est tout ce qu’il y a.
    - Okay, répondit sa sœur en hochant la tête. Ca fera l’affaire, tu crois ?
    - Y a pas de raison, répondit-il en lui tendant le rouleau.


    Elle se saisit de l’objet, lui laissant ainsi la possibilité de dégainer pour la énième fois son arme. Juste au cas où. Il n’avait pas vraiment envie de l’utiliser. Chaque balle utilisée augmentait leurs chances d’y rester.

    - D’accord, reprit-elle. Tout le monde est prêt ?
    - Je pense que oui, acquiesça Tsuhiko en regardant où en étaient ses amis.
    - Parfait. Shane ? Je te laisse prendre la tête des opérations.
    - Ok.


    Il s’avança en direction de la porte pour s’arrêter à environ deux mètres d’elle et se retourner vers le petit attroupement qui s’était formé derrière lui. Une fois de plus, Rose ne put qu’admirer le self-control dont il semblait faire preuve dans une situation aussi… critique.

    - Je passe devant, commença-t-il. Les quatre filles…

    Il hésita un instant, puis renonça à se souvenir de leurs noms. Il prendrait la peine d’y réfléchir un peu plus tard.

    - … vous me suivez. Alex’, tu fermes la marche avec les deux derniers.

    Il baissa lentement ses deux yeux bleus vers Tsuhiko, qui l’écoutait avec assiduité.

    - C’est toi le chef, c’est ça ?

    L’interpellé jeta un regard désespéré en direction d’Axel, qui restait toujours plongé dans son état à demi-végétatif. Puis il hocha la tête en signe d’affirmation.

    - Okay. Donc tu te charges de tes amis. Alex’ t’aidera.
    - Oui, répondit-il en se plaçant aux côtés de la jeune femme.
    - Tout le monde a compris ? Surtout, vous restez derrière moi. Et vous les écoutez aussi, tous les deux, ajouta-t-il en désignant sa sœur et le jeune japonais de la tête.


    Tout le monde acquiesça en silence. Bon… la troupe semblait parée à l’abordage, se dit-il. Il se recula de quelques pas, venant coller sa main libre à la poignée de la porte. Leur formation prit l’apparence d’une petite file indienne qui se trouvait prête à lui emboîter le pas. Rose se situait en première ligne, suivie de Cindy, d’Elisabeth et de Raya. Venaient ensuite un Axel toujours amorphe, un Tsuhiko à la fois inquiet de repartir et soulagé d’avoir trouvé en ces deux nouveaux arrivants des figures protectrices… et une Alexandra un brin inquiète, cependant prête à faire face à l’adversité. Shane serra un peu plus son arme dans sa main droite.

    - Eh bien dans ce cas, c’est parti.

    Il tourna la poignée et tira légèrement la porte. Jetant un regard à l’extérieur, il constata que l’antichambre était toujours vide et, par la même occasion, que sa porte était toujours fermée. La commode n’avait visiblement pas bougé d’un centimètre. Cela avait plutôt bien fonctionné. Soudainement plus détendu, il s’engagea dans la pièce et s’approcha du meuble avant d’entreprendre de le déplacer – il faudrait bien le pousser pour pouvoir sortir. Etrangement, ce dernier offrit beaucoup moins de résistance qu’un peu plus tôt, et il n’eut aucun mal à dégager le passage. Bien. Deuxième porte maintenant. Comme il l’avait fait quelques instants auparavant, il posa la main sur le pommeau de cette dernière. Poussa un profond soupir. C’était maintenant que les choses sérieuses commençaient.
    En jetant un discret coup d’œil derrière lui, il constata que la fille – celle qui était directement derrière lui, la même qui les avait reconnus Alex’ et lui un peu plus tôt – le fixait étrangement. Il haussa un sourcil amusé.

    - Un problème ?

    Elle sursauta, comme prise au dépourvu. Rougit brusquement avant de baisser les yeux sur ses pieds.

    - Euh, non. »

    Il esquissa un petit sourire avant de se retourner. Il n’y avait aucun bruit en provenance de l’autre côté : à vrai dire, il n’entendait maintenant plus rien, si ce n’est l’éternel grésillement du tourne-disque dans la salle d’à côté. Il tourna la poignée. Ouvrit la porte. Ils étaient en route.

    Rose releva les yeux lorsque Shane franchit le pas de la porte. Elle aurait dû être inquiète, mais sa présence la rassurait. Certes, cet homme avait bien le double de son âge, mais bon Dieu…
    Au plus profond de son être, quelque chose lui disait qu’elle devait le suivre. Avec lui, ils étaient en sécurité. Il les protègerait.

    D’accord. Okay. Hum. Euh... Môsieur Shane ? Voulez-vous m'épouser ?


Dernière édition par Shade le Lun 21 Sep 2009 - 17:41, édité 2 fois
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.oO Lady Diana Oo.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 2 Sep 2009 - 17:28

Haha, j'avais justement envie de lire Black aujourd'hui.
Rose est bizzare. Nan mais qu'est-ce qu'il lui prend avec Shane x] ? J'attends de voir ce qu'il va advenir de tout ce petit monde .
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 22 Sep 2009 - 20:44

    Et vlan dans les dents =p
    Wouhou, plus de mille pageviews pour Black, soit près d'un huitième de mon devianArt... hum.
    Chapitre très tourné vers Shane. Normalement, le prochain, ça sera Alex'. On va attaquer la dernière série de péripéties... ce qui devait se trouver à la fin du chapitre 15 sera en fait au début du 16ème. Prochaine étape, un peu de répis avant d'amorcer le Grand Final (:


    ----


    Chapitre 15 : … à l’autre bout du tunnel.





    C
    a lui rappelait un peu ce fameux lundi, plusieurs années en arrière, où Monsieur Jerry avait choisi d’évaluer ses capacités sur le terrain. Un simple entraînement, selon ses termes. C’était comme ça que ça s’appelait, même dans les papiers. Il avait ce jour-là eu l’impression de revenir au lycée, à l’époque où il avait droit à une flopée de contrôles sur des choses tout aussi diverses que variées presque toutes les semaines. C’était assez désagréable, en fait. Un peu comme un gros retour en arrière. Le sentiment d’être recalé. Non, il n’avait jamais aimé ce genre de choses.
    Bien sûr, là, ça avait été un peu différent. La méthode Jerry, comme on l’appelait. Spécialité maison de la Septième Division. Le genre de truc qui était censé faire de vous un dur, mais que vous préfériez éviter d’avoir à subir. Moralement, votre égo avait très peu de chances d’en revenir vivant. Physiquement… mieux valait laisser ça de côté.

    Jerry avait toujours su diriger le Service avec brio. Ce n’était pas pour rien qu’il était cité comme l’une des principales références dans le domaine. Certains en étaient même venus à le surnommer l’Etalon. Pas pour une quelconque capacité à réaliser des performances sexuelles hors du commun, non – à vrai dire, Jerry se montrait très peu loquace sur sa vie privée -, mais parce qu’il n’était pas rare que des gars l’utilisent comme critère de comparaison. Dans tout le bâtiment, on étalonnait en Jerry. Oh, oui, il devait le reconnaître, il en avait sérieusement bavé durant toute sa formation. Mais il ne regrettait rien. Il faisait partie des petits chanceux qui avaient eu le privilège d’être encadrés par un homme de grande envergure. Sans Jerry, il n’aurait jamais pu atteindre un tel niveau, il n’aurait jamais pu devenir celui qu’il était aujourd’hui. Et le plus flatteur ? Le jour où il avait enfin été promu en tant qu’agent, on l’avait qualifié de Demi Jerry. La plus haute gradation qu’un homme autre que Jerry lui-même eu jamais atteinte. Il y avait de quoi être fier. Les personnes extérieures au milieu qui entendaient ça le prenaient en dérision. Il fallait être initié pour saisir l’importance de la chose. Il n’était pas donné à tout le monde de comprendre le Jerry.

    Ce jour-là, il avait dû entrer seul dans un grand duplex spécialement aménagé pour une simulation de Grade Noir – le plus haut, en somme. Le but n’était pas formulé : tout ce qu’il savait, c’était qu’il lui fallait pénétrer dans les lieux. Et chercher quoi ? Allez savoir. Pour tomber sur quoi ? Aucune idée.
    Ca avait été un moment particulièrement angoissant. Il s’était revu se glissant dans le living-room, revolver chargé à blanc en main, les sens en alerte, les muscles tendus à craquer, les bras et les jambes fourmillant de crampes sous la pression et l’angoisse. La pièce était vide, mais il savait. Et c’était sans doute ça qui lui avait sauvé la mise.

    C’était un peu pareil, maintenant. Il était là, rasant les murs, longeant les escaliers, il écoutait, et il cherchait. Cherchait du regard le moindre signe, le moindre détail crucial. Le moindre mouvement. Sauf que cette fois-ci, il n’était pas seul. Il avait derrière lui cette petite tripotée de marmots. Et sa sœur. Sa demi-sœur. De plus, ce n’était pas un entraînement. Quoi que... la méthode Jerry pouvait-elle être considérée comme tel ? Rien n’était moins sûr. Et la petite cicatrice qu’il avait à l’arcade sourcilière gauche était là pour en témoigner. Tout aurait pu être bien plus facile s’il avait été seul. Manque de chance, ce n’était pas le cas. Dans la vie, il fallait apprendre à faire avec ce qui était à sa disposition : il avait la ferme intention de mener à bien cette mission. Il y parviendrait.

    Il coula un regard derrière lui, surveillant ainsi la progression de la petite troupe. Nickel. Les ados suivaient correctement. Du côté d’Alex, tout allait bien. Il ne se faisait pas de souci pour elle. Il lui faisait confiance.
    Il ralentit lorsqu’il aperçut l’encadrement de la porte du premier étage, descendant les marches avec précaution. Ce n’était plus qu’un trou béant et sombre d’où s’échappait une odeur suffocante. Ils avaient défoncé la porte en se lançant à leur poursuite. C’était… plutôt emmerdant. Un tressaillement dans son dos attira son attention ; il vit la première des filles porter la main à sa bouche, visiblement écœurée. Il y avait de quoi, mais elle devrait s’y faire. De toute façon, cet endroit serait bientôt loin derrière eux, il en avait l’intime conviction.
    Shane se figea totalement, bientôt imité par les autres. Attentif, il scruta en vain les ténèbres opaques qui se profilaient à quelques mètres devant lui. Non, rien : c’était bien trop sombre. L’une de ces choses aurait très bien pu se tenir debout juste en face et le fixer intensément qu’il ne s’en serait même pas aperçu tant c’était noir. C’était effrayant. Mais il préféra se dire que si l’un des zombies – puisque c’était comme ça qu’ils les appelaient – s’était actuellement trouvé juste là en cet instant-même, il se serait déjà manifesté en se ruant dans leur direction. Apparemment, ils ne pouvaient pas vraiment réfléchir. Ce qui avait la subtile capacité de jouer en leur faveur, et ça, c’était bien.
    Il choisit d’attendre encore quelques instants, juste au cas où. Mais tout semblait calme dans les locaux : il ne décela absolument rien qui eut pu les inquiéter – en excluant les traces de sang, l’ambiance macabre et la puanteur des lieux. Jugeant qu’il était préférable de faire au plus vite, il reprit son avancée, plus concentré que jamais.

    Ils passèrent devant l’issue sans que rien ne vienne les déranger. Prudent, Shane attendit que tous aient dépassé la porte pour reprendre la tête de l’expédition, s’étant positionné de telle sorte à pouvoir dégommer tout ce qui se manifestait depuis l’intérieur du couloir si besoin était, tandis que les autres traversaient. Il fut heureux de frôler le dallage du rez-de-chaussée en disposant toujours de deux balles dans le fond de son chargeur. Surtout, ne pas tirer.
    Ils quittèrent la grande cage d’escaliers et pénétrèrent bientôt dans le hall d’accueil. Un nouveau regard en arrière lui indiqua qu’aucun Ant ne semblait décidé à les attaquer depuis ce niveau-là.

    Il se demandait bien ce que Jerry aurait pensé de lui, à ce moment-là. Vadrouillant dans une ville Six Pieds sous Mer en compagnie d’une meute de jeunes loups et de sa super frangine. Shane n’avait jamais été croyant, mais en cet instant, il aurait voulu que son instructeur le voie. C’était bien la preuve que la vie était joueuse. Cela faisait exactement six ans et trente-deux jours que Jerry Bore était décédé des suites d’un lymphome hodgkinien diagnostiqué beaucoup trop tard pour qu’on eut pu tenter quoi que ce soit. Le plus ironique dans l’histoire, c’était que Jerry avait toujours affirmé que s’il devait se taper un cancer, ses poumons en auraient été la cause. Près de cinq décennies de tabagisme intensif n’avaient visiblement pas eu raison de lui. Ca devait bien le faire marrer, de là où il était.
    Ce jour-là, dans le duplex, Shane avait senti qu’il y avait quelque chose. Là, derrière l’étagère, dans ce minuscule coin entre le mur et le meuble qui ne laissait en aucun cas penser que quelqu’un eut pu s’y glisser. C’était sûrement l’Instinct. Ce lundi, Shane s’était défendu.

    « Ne laisse jamais l’enflure prendre le dessus, lui avait-il dit. Ce qui compte, c’est le contrôle. Si tu as le contrôle, tu ne peux pas perdre. »

    Et comme toujours, Jerry avait eu raison. Que ce fut le contrôle de soi ou bien le contrôle de la situation, tant qu’il avait su garder les choses en main, Shane n’avait jamais connu le moindre échec. Le contrôle de ses mouvements. Le contrôle, donc l’anticipation. Le pressentiment. Si tu sais que l’autre va passer à l’action avant même qu’il n’en ait l’idée, alors tu as le contrôle.
    Jerry ne s’était jamais trompé. La mort n’avait en rien empêché sa bonne parole d’être tout le temps vérifiée.
    Et en cet instant, il sut.

    Le Ant n’eut même pas le temps de débouler de sa cachette pour être repéré. Il n’eut pas non plus le temps de pousser un premier cri – le genre de beuglement qui n’avait strictement aucune utilité mais qu’il se devait tout de même de placer dans sa tactique d’attaque – que le canon du revolver était déjà pointé dans sa direction.
    A vrai dire, il eut au moins le temps de jaillir de derrière le comptoir d’accueil où il se trouvait – ce n’était pas là une cachette, non, il ne savait pas se cacher, il s’était juste trouvé là à ce moment précis et ce par le plus grand des hasards. S’il avait été capable de faire preuve d’un tant soit peu de bon sens, le Ant aurait sans doute attendu que la diligence des desserts ait un peu plus avancé. Il aurait attendu que le grand type avec son flingue fasse une erreur d’inattention, ou alors que l’un de ses congénères qui avaient mal lance le premier l’assaut pour profiter de la distraction ainsi générée. Si le Ant avait su penser avec un véritable esprit de chasseur, il aurait compris que la cible était bien trop loin et que le terrain découvert qui le séparait d’elle ne pouvait pas jouer en sa faveur, dans la mesure où l’autre avait un arme. Mais bien entendu, rien de tout cela n’effleura son esprit. C’est donc sans rien savoir de ce qu’il risquait que le Ant – anciennement Bernie Edmond, bureaucrate de renommée minimale au sein de la Mairie de Nausicaa dont le passe-temps favori était de collectionner les agrafeuses – quitta le couvert du bois de cèdre pour foncer droit dans la gueule du loup.
    Heureusement pour lui, le Ant avait de la chance. Enfin, disons qu’un facteur bien particulier jouait en sa faveur, dans le cas présent : le type avec son flingue souhaitait économiser ses munitions. Ca, c’était un bon point pour lui, et une source d’ennuis extrême pour l’autre. Dans le cadre des jeux d’argent, on pouvait facilement définir ça comme… un bon gros jackpot. Et c’était franchement bien.

    Il se retint au dernier moment d’appuyer sur la gâchette. Le poids de la surprise en moins, il fit brusquement volte-face. Derrière eux, tous étaient totalement figés, une expression d’horreur mêlée à la panique figée sur leurs visages. Ils l’avaient vu. Et au regard d’incompréhension totale que lui jeta l’asiatique, ils n’avaient pas compris pourquoi il n’avait pas tiré… laissant ainsi à l’ennemi le loisir de se faire un sprint titanesque et malveillant dans leur direction. Bon sang, il fallait faire vite !

    « Dégagez ! hurla-t-il avant de se retourner de nouveau pour faire face à leur assaillant.

    Il fut surpris de constater que le Ant avait déjà parcouru près de la moitié de la distance qui les séparait. Il ne s’était pas attendu à ce qu’il soit aussi rapide. Merde !
    Une sueur froide envahit rapidement son corps à mesure que l’angoisse affluait en lui. Soudainement, il eut très peur. Il ne sut plus quoi faire. Et les cris qui recommençaient à résonner dans tout le bâtiment ne firent rien pour pallier à ce problème.

    - Passez derrière moi ! »

    La voix d’Alexandra résonna brusquement dans la salle, faisant l’espace d’un instant disparaître le brouhaha qui envahissait les lieux. Garde le contrôle. Toujours.
    Il balaya l’espace des yeux dans la quête d’une quelconque arme blanche. Malheureusement, il ne trouva rien pour le satisfaire et fut frustré d’un tel échec. Il reprit le contrôle.
    Il sentit sa sœur l’effleurer tandis qu’elle le contournait. Bien. Alors il fermerait la marche et assurerait leurs arrières tandis qu’elle tâcherait de les guider loin de tout ça. Le reste de la bande la suivit rapidement. Et heureusement pour eux, c’était visiblement à lui que le Ant en voulait.
    Le Ant qui était à présent sur lui.
    Shane fit un violent écart sur le côté, évitant de justesse le zombie qui, emporté par son élan, trébucha et alla s’étaler sur sol pour heurter le mur derrière lui. En voyant son adversaire ainsi avachi et en position de faiblesse – ce qui ne risquait pas de durer longtemps au vu de la résistance de ces bestioles-là -, il hésita durant une toute petite fraction de seconde à faire comme dans ces séries télévisées où des rangers texans réduisaient en bouillie des ours – ou des vilains méchants, au choix – à coups de pieds tournants. Il résista brillamment à la tentation de se ridiculiser publiquement et par le même moyen de s’exposer à une contamination immédiate… et opta pour la fuite. De toute façon, ça ne risquait pas de servir à grand-chose en la situation actuelle. Le bruit saccadé de pas dévalant à toute vitesse les escaliers juste derrière lui confirma son appréhension. Il n’avait plus le temps.
    En tournant la tête vers la porte d’entrée, Shane aperçut le dernier des lycéens – l’asiatique, encore une fois – franchir la porte d’entrée. Il se précipita à leur suite, ne cessant malgré tout de s’agripper à son arme. Surtout, ne rien gaspiller.

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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 22 Sep 2009 - 20:44

    La transition sonore fut pour le moins brutale, et s’il en avait eu le temps, il aurait admiré la qualité de l’insonorisation dont était doté le bâtiment. Du tumulte de la Mort qui enrage, il se retrouva à courir dans le silence de la nuit, le seul bruit de sa course et de celle de ceux qui l’accompagnaient venant perturber le calme qui régnait dehors. Il dépassa rapidement les deux lions de pierre qui continuaient de monter la garde devant la Mairie pour descendre les quelques marches blanches qui y donnaient accès. Devant lui, les autres courraient toujours, menés par sa sœur. Il s’efforça d’accélérer l’allure pour les rejoindre. Et profita quelques instants de la tranquillité qui s’offrait à lui.
    Au ciel faussement grisonnant de l’après-midi avait succédé une immensité noire scintillant d’étoiles synthétiques. Des milliers de petits points blancs luisaient au-dessus de leur tête tandis que l’air s’était rafraîchi. Ils avaient pensé à tout, se dit-il. On se croirait vraiment en extérieur. Et il lui sembla qu’une fine brise printanière venait agiter ses cheveux et lui caresser la peau à mesure qu’il raccourcissait l’écart qui le séparait du groupe. Ce fut pour lui une véritable bouffée d’air frais et il se sentit entièrement revigoré. D’Enfer, il passait à Paradis. Il comprit en cet instant que les choses minimes de la vie étaient d’une importance capitale, et que le moindre souffle de vent était à voir comme un petit miracle en soi. Et c’était toujours lorsqu’elles nous manquaient que l’on prenait conscience de leur véritable valeur. Un peu comme les blagues vaseuses que sortait parfois Jerry, avant. Celles que lui seul connaissait. Celles dont le secret était disparu le jour-même où il les avait entraînés avec lui dans la tombe.
    Il était à l’autre bout de l’allée qui bordait la Mairie quand le premier Ant parvint à franchir la double porte en plexiglas qui en barrait l’issue. Tout à coup, le petit Eden étoilé reprit ses allures de pandémonium chaotique. Le vent disparut et les aboiements prirent sa place. Il rejoignit le cortège et en prit de nouveau la tête. Sans leur ordonner de foncer derrière lui, il bifurqua soudainement sur la gauche pour s’enfoncer parmi les immeubles, empruntant au passage une ruelle relativement étroite et fortement semblable à celles dans lesquelles les adolescents avaient erré, quelques heures plus tôt.
    Là encore, le style était assez ancien. C’était le genre d’habitations qu’on pouvait trouver dans des villes de surface ayant une certaine histoire – et Cindy se dit par ailleurs que la configuration lui faisait beaucoup penser à celle du Vieux-Nice, où elle avait passé de nombreuses soirées de débauche en compagnie de ses amies, plusieurs années auparavant. Des dalles difformes et de hauteurs inégales tapissaient le sol, se rejoignant au milieu de l’allée en une espèce de caniveau de pierre. Des cordes à linge pendaient entre les immeubles aux murs jaunis, par endroits tâchés de crasse et couverts de quelques moisissures. Le tout formait un ensemble compact et étroit, les quelques fenêtres resserrées qui creusaient les cloisons ne permettant guère de voir autre chose que le balcon rouillé de son voisin d’en face. Le quartier de la Mairie était l’un des plus anciens de la ville, et à en juger par son goût en matière de décoration – son bureau parlait de lui-même -, le maire avait sûrement souhaité conféré à l’endroit un caractère vieillot et sans doute pas vraiment déplaisant, quoi qu’un peu lugubre et suranné pour une cité de l’ampleur de Nausicaa. Ca sentait la promiscuité à plein nez, et il était à première vue étonnant que des relents d’urine ne soient pas venus se mêler aux quelques parfums d’épices qui flottaient dans l’air. Sans doute que cela n’avait de vieux que l’apparence.

    Shane tourna une première fois à droite, puis une deuxième. Il s’engouffra dans une espèce de souk, se frayant un chemin parmi les étals et débris d’échoppes improvisées. Il vérifia plusieurs fois que tous étaient derrière lui – Alexandra fermait de nouveau la marche – tandis qu’il continuait de s’engouffrer dans ce gigantesque labyrinthe. Il ne trouva aucun Ant sur son passage, et en fut bien heureux. Son bonheur décupla lorsque les derniers cris de leurs poursuivants s’estompèrent totalement. Ils les avaient semés.
    Il se décida enfin à stopper la machine.

    Il choisit de se stopper sous une sorte de grand porche bordé d’arcades qui leur offrait un abri de bonne taille et un petit coin au calme pour reprendre leur respiration. C’est en voyant leurs visages écarlates et en entendant leurs souffles rauques qu’il comprit que cela avait été une excellente idée. Il avisa sa sœur et choisit de se poster à côté d’elle, passant en revue l’escadron du regard. Tous semblaient intacts.

    « Eh bien… sacrée cavalcade, finit-il par lâcher dans l’espoir stupide de détendre l’atmosphère.

    Tous le regardèrent avec des yeux exorbités, incapables de lui répondre. En son for intérieur, Tsuhiko se demanda comment il était possible de ne même pas paraître essoufflé après un tel effort physique. Le pire, c’était qu’il ne présentait aucun symptôme relatif à la transpiration. Ce type était-il vraiment humain ?!
    Shane baissa les yeux sur Alexandra, qui n’était pas vraiment en état de faire la causette, elle non plus. Cette dernière était tout simplement pliée en deux, les mains sur ses genoux, et semblait prête à recracher son repas à n’importe quel moment. Les Scientifiques, pensa-t-il.
    Il finit par se racler la gorge et reprendre la parole, se baissant auparavant pour attraper le plan qu’elle avait posé à ses pieds.

    - Bon, reprit-il. Nous sommes visiblement à l’abri pour le moment.

    Et il hésita quelques instants avant de terminer.

    - Vous avez exactement trois minutes et après, on repart.
    - Quoi ?! articula avec peine l’une des filles – la blonde avec ses airs de garçon manqué.


    Il la regarda quelques instants, l’air perplexe.

    - Trois minutes et c’est tout. On a pas le temps de s’éterniser.
    - Mais on…
    - … aura le temps de se reposer plus tard, l’interrompit-il froidement.


    Elisabeth le fusilla du regard pendant qu’il replaçait son pistolet dans la poche arrière de son jean.

    - Shane, intervint sa sœur entre deux inspirations. Tu devrais…
    - Je sais, je sais, la coupa-t-il en agitant mollement sa main droite. Mais normalement, on ne devrait plus avoir à courir comme des dératés si tout se passe bien. On pourra récupérer en chemin.
    - On ? bafouilla Tsuhiko. Vous n’avez pas l’air d’en avoir besoin.


    Il esquissa un sourire amusé.

    - J’ai connu pire.

    Et soudainement, un flot d’images de guerre et de commandos en tous genres inonda l’esprit du jeune homme. Son cursus de gamer de haut niveau l’ayant conduit à mener de nombreuses missions – fictives, certes, mais tout de même vécues bien que ce fut au travers d’une console de jeux vidéos – en territoire hostile, il sentit naître en lui une profonde admiration pour cet homme dont, au final, il ne connaissait rien, si ce n’est une endurance hors du commun, un très probable permis de port d’arme et une capacité à rester crédible en toute situation. En une seule réplique, Shane Fallow parvint à gagner sa confiance. Mais aussi son respect.

    - Une minute, reprit-il.
    - Hey mais non c’est de la triiiche ! gémit faiblement Cindy, toujours prête à geindre à la moindre occasion.
    - Si tu as la force de te plaindre, c’est que vous êtes prêts, décréta-t-il tranquillement. Allez, la pause est terminée. On repart.
    - Mais ?
    - Pas de mais. Tu protesteras quand on sera installés.
    - Installés ? demanda Rose qui finissait par émerger.
    - On peut pas quitter la ville cette nuit, répondit-il. On va passer la nuit à l’abri et on partira d’ici demain.


    Il amorça de se diriger vers un embranchement, un peu plus loin.

    - Mais… où on va dormir alors ?
    - Tu verras.


    Et il tourna à gauche, disparaissant par la même occasion de leur vue.

    - Eh, attendez !

    Les quelques uns qui s’étaient assis – à savoir Raya, Axel et à présent Elisabeth – se relevèrent en vitesse tandis que tous se hâtaient de le suivre. Tsuhiko crut entendre un soupir exaspéré en provenance d’Alexandra. Il tourna la tête vers elle.

    - Il est toujours comme ça ?
    - C’est très variable, répondit-elle en veillant à ne pas se prendre les pieds dans un reste de bâche qui traînait au sol. Il est souvent comme ça quand il se décide à être sérieux.
    - C’est cool, lâcha-t-il.


    Elle leva les yeux vers lui.

    - C’est surtout très agaçant.

    Ils rejoignirent le reste de la tribu tandis que Cindy reprenait la parole.

    - Mais vous savez où vous allez au moins ?

    Shane ne répondit pas. Alexandra se rapprocha d’elle par derrière.

    - Ne t’en fais pas pour ça, la rassura-t-elle. Tu peux lui faire confiance sur ce point. »

    Cindy se contenta de lui adresser un coup d’oeil interrogateur, avant de regarder de nouveau droit devant elle. Instinctivement, elle se demanda quels pouvaient être les points pour lesquels il était préférable de ne pas s’en remettre à lui.


    Ils marchèrent à un rythme convenable pendant une dizaine de minutes. L’obscurité semblait croître à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le dédalle de ruelles – ces dernières n’étaient presque pas éclairées -, mais cela ne semblait absolument pas déranger le chef de file. Il franchissait chaque croisement sans la moindre hésitation, si bien qu’on aurait pu croire qu’un homme avait jadis eu la merveilleuse idée de lui implanter un GPS directement dans le crâne. La démarche souple, il ne ralentissait jamais. Il leur semblait parfaitement confiant et maître de la situation. Il s’efforçait de garder le contrôle. Ce qu’ils ne voyaient pas, ce qu’ils ne pouvaient tout simplement pas savoir, c’était qu’il était extrêmement tendu, en vérité. Il tâchait de conserver une image correcte. De ne pas les décourager. Histoire de maintenir la cohésion dans le groupe. S’ils voyaient en lui autre chose qu’un homme sûr de lui et digne de confiance, alors ils couraient droit à leur perte. Ce qu’il était bien entendu préférable d’éviter.
    Ils étaient au milieu d’une longue allée assez large – en comparaison, bien entendu, avec ce qu’ils avaient traversé jusque là – quand il s’arrêta. Tous le regardèrent sans réellement comprendre et il décida de leur donner quelques brèves explications.

    « A partir de là, on passe par le dessous, déclara-t-il.

    Et, voyant qu’ils ne réagissaient pas, il choisit de passer à la phase pratique plutôt que de perdre du temps à tenter de leur expliquer. Il se décala de quelques décimètres sur le côté avant de se baisser pour tâter le sol. Tsuhiko plissa les yeux pour mieux y voir à travers l’obscurité, mais ne parvint pas pour autant à comprendre ce qu’il était en train de faire. Il y eut un bruit sourd et métallique, un peu comme s’il avait soulevé quelque chose de très lourd pour le poser par terre. Là, quelque part dans les tréfonds de son cerveau, il y eut un déclic.

    - Ah ! s’exclama-t-il avec stupéfaction.
    - C’est exact, souffla Shane en se redressant, une main plaquée contre son dos visiblement douloureux.


    Raya et Elisabeth s’adressèrent un regard sceptique, ne comprenant absolument rien au message télépathique que semblaient s’adresser les deux hommes.

    - Qu’est-ce qui est exact ? demanda finalement la première.
    - Je crois qu’on va passer par les égouts, leur dit Tsuhiko en se tournant vers elle. C’est bien ça ?
    - C’est bien ça, oui.
    - Les égouts ?!


    Shane tourna lentement la tête vers Rose qui le dévisageait avec effroi.

    - C’est la voie la plus sûre.
    - Mais c’est…
    - Sale ?
    - Je… non, mais…
    - De toute façon, vous n’avez pas vraiment le choix. Si vous voulez nous suivre, vous devrez passer par là.
    - Et si y a des zombies dedans ?


    Il se frotta la nuque quelques instants avant de soupirer.

    - Ca m’étonnerait. On rebouchera derrière nous pour qu’ils ne rentrent pas.
    - Mais si ils sont déjà dedans ? suggéra Cindy qui était plus que méfiante à l’idée de s’aventurer dans un endroit aussi sombre et inconnu.
    - Ils n’y sont pas, répondit-il sur un ton décontracté. Ou en tout cas, on n’en a pas croisé en venant ici.


    Il y eut un court silence pendant lequel l’information tâcha de se frayer un chemin au milieu de la matière grise en ébullition de la troupe. C’est Tsuhiko qui se décida à parler.

    - Vous êtes déjà passés par là ?
    - Tout juste, acquiesça Shane en hochant la tête. Et comme vous le voyez nous sommes encore en vie. Et au cas où cela rebuterait les plus féminines d’entre vous, ça ne laisse pas d’odeur sur les vêtements, dit-il en se tournant vers Cindy qui s’était rapprochée de Rose.
    - Et nous n’avons pas vu d’alligators non plus, ajouta Alexandra à l’adresse de Tsuhiko dont les yeux pétillaient déjà d’excitation.
    - Hummm… grommela Cindy en fixant le trou noir qui était à ses pieds.
    - Bon, reprit Shane. On a perdu assez de temps comme ça. Alex’, tu passes en première. Je descendrais à la fin pour refermer derrière nous et guetter au cas où.


    Elle remua faiblement la tête en signe d’affirmation.

    - D’accord.
    - Faites attention en descendant, conseilla-t-il. Ca peut glisser, accrochez-vous bien. Alex’ et moi avons des lampes de poche, ça nous sera utile.


    Il eut pour toute réponse un nouveau gémissement de la part de Cindy et le bruit des chaussures de sa sœur qui effleuraient les pitons métalliques permettant de s’enfoncer dans la bouche d’égout. Celle-ci resta assise quelques secondes sur le sol, les jambes dans le vide, avant de se décider à y aller. Précautionneusement, elle se positionna de sorte à tenir fermement les barreaux de l’échelle. Elle réprima une grimace au contact désagréable de l’humidité sur ses mains.

    - Alex’ ?

    Elle leva les yeux vers lui.

    - Gaffe, souffla-t-il doucement. »

    Elle lui adressa un faible sourire, et s’enfonça dans les ténèbres.

    Ils attendirent dans le silence le plus total tandis que l’écho du bruit de ses pieds sur les échelons s’atténuait peu à peu pour finalement disparaître. Une vingtaine de secondes plus tard, sa voix se fit entendre. Elle était en bas.
    Shane se posta légèrement à l’écart du groupe de sorte à avoir une vue dégagée sur les alentours, le plan roulé sous son bras. Tout semblait calme, et il espèrerait que cela durerait.

    « A vous, fit-il en voyant que personne ne s’était décidé à bouger.

    Tous se regardèrent quelques instants avant qu’Elisabeth ne se décide à avancer.

    - C’est bon, j’y vais, grogna-t-elle en s’asseyant brusquement sur le rebord de l’ouverture.

    Et elle ne tarda pas à descendre à son tour, sans un mot de plus.

    - N’attendez pas, dépêchez, les pressa Shane qui continuait de faire le guet à côté d’eux.

    Raya se détacha soudainement de la masse avant de s’assoir au niveau du trou. Elle adressa un regard à Axel, qui continuait de suivre en silence. Celui-ci se posta debout à côté d’elle, visiblement prêt à la suivre. Tous deux descendirent rapidement. N’en restaient plus que quatre. Cindy et Rose se tournèrent d’un même mouvement vers Tsuhiko. Celui-ci eu un mouvement de recul, accompagné d’un petit sourire conciliant.

    - A vous l’honneur, mes dames.

    Et il ponctua sa phrase d’une petite révérence improvisée. Toutes deux se dévisagèrent mutuellement, et, à la surprise du japonais, ce fut Cindy qui se décida la première.

    - J’espère qu’on va vite dégager d’ici, parce que ça commence à sérieusement me taper sur le système, maugréa-t-elle.

    Elle disparut dans le noir, et Rose fut contrainte d’en faire de même. Tsuhiko se résigna à s’engouffrer à son tour dans le passage. Il s’immobilisa cependant quelques instants, jetant un coup d’œil en direction de Shane qui continuait d’attendre aussi patiemment que possible.

    - Euh… Shane ?

    L’interpellé baissa les yeux vers lui.

    - Quoi ?
    - C’est quoi, votre boulot, en fait ?


    Son interlocuteur eut un nouveau sourire amusé.

    - Top-secret.
    - Vraiment ?
    - Si je te le dis. Allez, dépêche. »


    Tsuhiko secoua vivement la tête. Il amorça une descente rapide des échelons, quitte à en louper un et perdre l’équilibre au passage. Un sourire ravi illuminait son visage.

    Il attendit quelques instants que le silence soit revenu. Si des choses telles qu’une fraîcheur nocturne et une brise artificielles avaient été inventées par des scientifiques dans le but de rendre la vie à Nausicaa plus agréable, le tableau était tout de même loin d’être parfait. Ca ne lui plaisait pas.
    Le Monde était devenu bien laid. Bientôt peut-être, des oiseaux robotisés peupleraient les cieux et ce seraient des hauts parleurs qui diffuseraient le chant des grillons le soir. Tout ça était horriblement… synthétique. L’Homme semblait rejeter le naturel dont il était issu. Sans doute la seule chose qu’il ne pouvait contrôler. Ca le dépassait. Et ça l’irritait.
    Et tandis qu’à plus d’une centaine de mètres au-dessus de lui, l’un des cristaux magnétiques qui formaient le ciel éclatait, faisant disparaître une étoile, il se dit que ce virus n’était peut-être que le revers de la médaille.

    Une petite riposte qui pouvait faire passer un message.

    Otant les mains de ses poches, il fantasma brièvement sur le crépitement d’un briquet et la saveur âcre du tabac. Il s’en grillerait une plus tard, s’ils parvenaient à bon port.
    Il s’accroupit au bord du trou. S’agrippa aux barreaux de l’échelle et descendit de quelques centimètres. Il glissa ses doigts à l’intérieur des orifices de la plaque d’égouts et entreprit de la déplacer jusqu’à ce qu’elle soit remise en place. Il finit de la repositionner et tâcha de ne pas prêter attention à l’odeur nauséabonde qui emplissait ses narines. Il descendit à son tour, veillant à ne pas abimer la carte qu’il gardait toujours avec lui.


    Il quitta son poste d’observation une fois que l’Autre eut totalement disparu. La Voie était bouchée, et ils étaient partis sous le sol. Il resta debout devant le Rond Dur pendant de longues minutes.

    C’était fortement problématique.


Dernière édition par Shade le Mar 29 Sep 2009 - 18:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Dim 27 Sep 2009 - 20:31

Je m'étais pas aperçue que t'avais mis la suite. Je la lis ce soir, et je te donne mon avis demain.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 28 Sep 2009 - 5:26

    No problem. Merci (:
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.oO Lady Diana Oo.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Jeu 1 Oct 2009 - 16:44

Urm, urm. Petit problème de délai Embarassed .

C'est intéressant d'en savoir un peu plus sur Shane, ça donne de la profondeur au personnage.
Je sais pas tellement quoi dire, l'histoire m'intéresse toujours, je continue de lire et ... bah voilà. Mes commentaires ne sont plus vraiment constructifs, mais je veux juste montrer que je lis toujours.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 16 Nov 2009 - 20:30

    No problem', merci pour ton commentaire en tout cas =)

    Bouh, fini @_@
    Etrangement, ça s'affiche pas sur mon deviantart. Enfin, je verrai pour corriger le problème après. Loong chapitre, allant de la page 112 à la 131. Près de deux heures pour tout relire et ajouter les balises... amen. J'aimerais quand même finir le tout avant la fin de ma terminale ou la rentrée prochaine, mais il reste pas mal de trucs à faire... ça traîne en longueur tout ça, depuis la seconde quand même XD

    -----


    Chapitre 16 : Bam Bam BlueBerry Bye Bye.




    « Je crois... que j’ai marché dans quelque chose, constata Elisabeth dont les yeux étaient baissés vers ses pieds, une pointe de dégoût dans la voix.
    - Beeeuuuuuh, grimaça Tsuhiko qui marchait juste derrière elle.
    - Tsu’…
    - Ta gueule, je sais, Lisa. »

    U
    n petit sourire au coin des lèvres, il la dépassa en trottinant d’un air guilleret. Son regard allant d’un côté à l’autre de la cavité, il s’attarda sur les conduits qui en tapissaient les murs. Parfois, un roulement sourd les agitait. Sans doute que malgré le chaos qui régnait dehors, le système robotique qui gérait la plupart des fonctions principales de la ville continuait de tourner. Il devait avoir une bonne autonomie. Il ne savait rien de ce qu’il se passait, en réalité. Il continuait d’accumuler tranquillement ses données et d’exécuter les tâches pour lesquelles il était programmé. Il ne pouvait pas comprendre.
    Normal, c’est un ordinateur, pensa-t-il en continuant d’avancer. Mais peut-être qu’ils ont créé un ordinateur intelligent. Il ralentit légèrement, sceptique à cette idée. Puis secoua la tête pour lui-même. Non, c’était trop saugrenu. Après tout, oui, c’était vrai, la Science avait fait des progrès considérables au cours de ces dernières décennies. Certes, maintenant, c’était l’informatique qui dominait le monde, et ce sur tous les plans. Mais tout de même. Ne manquait plus que les machines se rebellent pour dominer la planète. Totalement stupide.
    Aussi stupide qu’une invasion de zombies.
    Il sentit un frisson parcourir son échine, et choisit de s’arrêter complètement pour laisser aux autres le temps de le rejoindre. Non, il allait éviter de s’éloigner. Il était tout compte fait très bien avec eux, dans la masse. De nouveau, il se fondit dans le groupe. Tous étaient bien silencieux. Seul le clapotis de l’eau répondait à l’écho de leurs pas.

    Les égouts de la ville de Nausicaa étaient établis sur un réseau d’une envergure colossale. Le système était relativement basique, et le degré de technologie de la cité n’influait en rien sur leur structure : adieu le verre, le marbre et la pierre blanche. Ce n’était une succession de tunnels et de couloirs étroits, serrés et humides où une petite plateforme servant de « trottoir » courait le long d’une rivière dont la nappe croupie affluait lentement en direction de l’extérieur. A Nausicaa, il n’y avait pas besoin d’aller très loin pour trouver de l’eau où rejeter l’usagé. De grands réservoirs reliés à des vannes déversaient deux fois par jour l’équivalent de plusieurs milliers tonnes de déchets dans la mer : seuls quelques filtres disposés un peu partout dans le labyrinthe souterrain servaient à purger le liquide du plus gros de ses encombrants. C’étaient par ailleurs des filtres du même genre qui transformaient l’eau salée pompée dans la Méditerranée en eau douce apte à la consommation et aux travaux ménagers en tous genres. Au final, Nausicaa s’auto-suffisait totalement sur ce plan-là. Cela n’empêchait pas la plus grosse majorité de ses citoyens d’acheter leur eau en magasin, dans de grosses bouteilles en plastique recyclable venant tout droit des sources de haute-montagne, là-haut, à la surface. C’était plus prudent. Les manifestations plus que fréquentes d’organismes écologiques au sujet du fonctionnement des égouts de la métropole en étaient la preuve-même. Et les récentes fermetures de plusieurs plages pour cause de haute pollution de part et d’autre du détroit de Gibraltar ne faisaient que renforcer ce sentiment. Ce n’était néanmoins pas pour autant que les hautes instances Nausicaennes s’étaient décidées à changer leurs méthodes, quoi que les récentes pressions exercées à ce sujet sur ces derniers par les plus hauts dirigeants d’états de la planète aient poussé le dossier à être sorti des placards. En attendant, les délibérations duraient depuis plus de deux ans. La planète aurait bien le temps de mourir d’ici à ce que tout cela gagne en consistance. Même les plus persévérants avaient fini par désespérer. On était au point mort. C’était parti pour durer.

    Alexandra Blue leva les yeux et sortit de sa réflexion lorsqu’un bruit de pas juste à côté d’elle attira son attention. Elle s’aperçut que Shane l’avait rejointe, laissant le groupe de lycéens marcher en retrait quelques mètres derrière eux. Elle sentit une pointe de frustration naître en elle en constatant qu’il était plutôt décontracté. Peut-être qu’en plus de définir le sexe de l’individu, le chromosome Y accordait aux êtres humains le droit de ne pas dramatiser dès qu’un problème se posait. Eh merde.

    « Tu comptes faire comme prévu ? demanda-t-il après quelques secondes de silence.

    Elle reporta son regard brun devant elle. Ils marchaient dans une longue allée poisseuse qui, à première vue, semblait interminable. Cela signifiait qu’ils étaient bientôt arrivés.

    - Oui, acquiesça-t-elle en agrémentant ses paroles d’un petit signe de tête. On ne peut pas faire autrement.
    - Si, on peut. Et tu le sais parfaitement.


    Elle regarda de nouveau dans sa direction, les sourcils froncés.

    - Ne recommence pas, s’il te plaît.
    - Et toi, arrête un peu.
    - Arrêter quoi ? De râler ?
    - Non. Tu sais très bien. Arrête de te comporter comme ça.


    Elle arqua un sourcil, feignant la surprise. Lui se contenta de soupirer.

    - On peut très bien s’en aller, tout de suite. Enfin, demain. Ca serait le mieux. Rien ne nous en empêche.

    Il jeta un coup d’œil furtif derrière lui. La bande d’adolescents était toujours à la traîne, et c’était tant mieux.

    - Rien, à part toi. Tu n’es pas obligée.
    - Si, c’est essentiel. C’est le seul moyen.
    - Tu te rends compte qu’en agissant ainsi, tu mets non seulement nous, mais aussi tous ces gosses en danger ?
    - Tu peux très bien rester avec eux pendant ce temps, répondit-elle en agitant vaguement la main.
    - Bien sûr que non. Tu nous mets tous dans une belle merde, Alex’.
    - Je ne vous oblige à rien. Je peux très bien me débrouiller toute seule.
    - C’est faux. Et tu le sais très bien.


    Un léger sifflement irrité fusa d’entre ses lèvres.

    - Serait-ce là le retour du grand frère protecteur ?
    - Arrête de jouer à ça, on dirait une gamine.
    - Et toi, tu nous la fais mélodrame.
    - Tu…


    Il ne termina pas sa phrase, et se massa la nuque de la main droite, soupirant de plus belle. Non. C’était peine perdue.
    Il abdiqua.

    - Bon… d’accord. Ca ne sert à rien d’essayer de te raisonner de toute façon.

    Il s’arrêta et fit volte-face.

    - Bougez-vous les jeunes. On y est.

    Et il lui adressa un dernier regard en coin avant de grommeler à voix basse :

    - Mais garde en tête que je trouve ça totalement idiot. »

    Elle lui adressa un petit sourire. Il attendit que les autres parviennent à leur niveau.

    Raya leva les yeux vers le mur, s’arrêtant à son tour. Si la lumière des deux lampes torches qu’ils utilisaient n’était pas principalement dirigée vers lui, elle distingua avec précision quelque chose qui émergeait du béton. En plissant les yeux, elle parvint à comprendre : c’était visiblement là une nouvelle échelle de fortune qui menait à l’extérieur. Ce qui signifiait qu’il était temps de retourner faire un petit coucou amical aux nouvelles recrues de la Compagnie des Cannibales Pas-Si-Anonymes-Que-Ca qui courraient au-dessus de leurs têtes. Tout à coup, elle se rendit compte que les égouts n’étaient en rien un endroit repoussant, et que les quelques rats et possibles reptiles qui y logeaient étaient en fait de sacrés petits veinards. Elle maudit sa condition humaine et serra les poings de dégoût. D’autant plus que le fait de sentir la loque qu’était devenu Axel debout juste derrière elle ne faisait que renforcer sa colère. Elle aurait voulu qu’un zombie tombât entre ses griffes pour pouvoir lui arracher les dents. Face à un tel élan de rage, elle tâcha d’adopter le comportement – à défaut de la posture – zen que Bouddha avait un jour tenté d’enseigner à ses disciples. Inspirant et expirant profondément, elle laissa son corps se faire submerger par une vague de calme et de plénitude, permit à son esprit de se purifier entièrement par le biais d’une ouverture totale de ses 7 chakras principaux, afin que l’énergie vitale dispersée un peu partout dans le monde puisse affluer en elle et ainsi la revigorer. Cela ne fit strictement aucun effet.
    Il devait y avoir quelques interférences. Elle était maudite. Quel enfoiré, ce…

    « On remonte ici, déclara Shane en dirigeant enfin le faisceau de sa torche vers les barreaux.
    - Et… on est où, exactement ? risqua Elisabeth qui le regardait avec soupçons, les bras croisés contre sa poitrine.
    - Ca, tu le découvriras par toi-même lorsque tu seras en haut, répondit-il avec un fin sourire.
    - Ca veut dire que vous savez où on se trouve ? continua-t-elle sans ciller.
    - Ne t’en fais pas, intervint Alexandra avant que son frère n’ait eu le temps de répondre. Nous contrôlons la situation.
    - Pour le moment, grogna Shane à son adresse.


    Elle l’ignora avec brio et se contenta de sourire à son tour.

    - On sera bientôt en sécurité, reprit-elle.
    - Vous nous l’avez déjà dit, ça, non ?
    - Oui, acquiesça-t-elle sans en démordre. Et je vous le répète.


    Elisabeth serra les dents et renonça à avoir le dernier mot. Elle se contenterait d’irradier les alentours de ses mauvaises ondes, à défaut de pouvoir percer à jour ces deux inconnus qui semblaient en savoir beaucoup – trop ? - sur les évènements actuels. Elle trouverait bien quelque chose. Plus tard.

    - Okay. Je passerai en premier, déclara Shane en se dirigeant vers le rebord. Alex’ fermera la marche. Vous attendrez que je vous fasse signe avant de monter à votre tour, c’est d’accord ?

    Il eut pour toute réponse droit à une vague de regards intrigués. Il supposa que cela voulait dire qu’ils étaient partants. Replaçant le plan sous son aisselle, il tendit sa lampe de poche à Elisabeth.

    - Je te confie ça. »

    Cette dernière mit quelques secondes avant de se décider à prendre l’objet. Sans un mot, elle hocha la tête et s’en saisit.
    Rose, quelques pas derrière, regretta amèrement de ne pas s’être un peu plus avancée.
    Et en un éclair, Shane disparaissait dans le noir, quelque part au-dessus d’eux.

    Il y eut un laps de temps au cours duquel le temps sembla s’arrêter. C’était un peu comme si plus rien ne pouvait les toucher, comme s’ils étaient seuls, là, dans leur petit monde de ténèbres et de moisissures. Comme si tout s’était estompé, comme s’ils avaient sombré dans une dimension parallèle, une dimension coupée de tout, certes, mais loin du danger et de la fatigue, loin des tracas, loin de tout ça. Isolés au beau milieu du néant, ils attendirent sans un bruit, les yeux rivés vers un plafond qu’ils ne pouvaient voir. Les tiraillements du métal sur lequel on s’appuie s’estompèrent peu à peu. Ne resta plus que le hurlement muet d’un espoir qu’on égorge.
    C’est lorsque qu’une soixante-sixième goutte d’eau se décolla d’un conduit d’aération pour aller s’éclater sur le sol goudronné dans un ploc discret que la voix de Shane retentit à nouveau. Ils ne comprirent rien à ce qu’il racontait, mais en conclurent que c’était à leur tour de monter.
    L’ascension se fit bien plus vite que la descente. A présent, plus personne n’hésitait. Ils étaient tous trop désespérés pour protester ou poser des questions. C’est à la chaîne qu’ils se rangèrent les uns derrière les autres le long du mur, attendant patiemment que leur prédécesseur ait terminé de rejoindre le haut.
    Comme tout un escadron de petits militaires lobotomisés,
    songea Alexandra en se mordillant fébrilement la lèvre inférieure tandis que son regard survolait l’assemblée.

    Elle attendit que Tsuhiko ne soit plus visible au-dessus d’elle pour s’agripper à son tour aux barreaux de l’échelle.


    Elle dut plisser les yeux une fois la surface atteinte, peinant à y voir au milieu de l’obscurité qui régnait. Elle fut surprise de s’apercevoir que la rue sur laquelle débouchait leur passage était presque aussi sombre que les égouts desquels ils sortaient. Là encore, c’était le signe que le quartier où ils se trouvaient n’était pas franchement l’un des plus favorisés. A croire même qu’il était totalement délaissé par la ville. L’idée que l’endroit lui avait paru beaucoup moins terrifiant lorsqu’ils y étaient passés en plein jour, un peu plus tôt, s’insinua bien vite dans son esprit. Elle ne put qu’apprécier la lumière de sa lampe torche, qu’elle serra un peu plus contre elle. Il commençait à faire froid. Le système de thermorégulation de Nausicaa faisait décidément de véritables merveilles. Quelle saloperie.

    « Evitez de parler, gronda Shane à voix basse. Pas de questions. On y est. »

    Elisabeth et Raya se dévisagèrent quelques instants. Leur discours était inaudible, certes, mais elles communiquaient très bien par le regard – et ce, même si elles n’y voyaient pas grand-chose. Elles savaient qu’elles pensaient exactement à la même chose.
    Il y avait une pointe d’appréhension dans la voix de cet homme.


    Elle se souvenait parfaitement de ce jour de novembre où on avait frappé à sa porte, en fin d’après-midi. C’était le 27. Le lendemain de sa toute première promotion au sein de l’Arora – société de recherche relativement connue qui se basait dans le sud de l’Arkansas. La veille de son vingt-et-unième anniversaire. Le jour où elle s’était découvert un frère.
    Elle avait trouvé un homme – plutôt séduisant, dans le genre beau brun ténébreux, le type même du mec qui en faisait fantasmer plus d’une mais qui finissait presque par relever de l’ordre du mythe tant il était improbable de le croiser au détour d’une ruelle - debout sur son perron, un air visiblement sérieux fiché sur le visage, un grand manteau noir – partiellement recouvert de quelques flocons de neige - sur le dos. Et un reste de cocard au coin de l’œil droit. Evidemment, elle avait été surprise. C’était quoi, la phrase, déjà ? Mr. X, FBI. Je travaille actuellement au démantèlement d’un important trafic d’armes et il se trouve que…
    Oui, c’était tout à fait ça.
    Elle s’était attendue à ce qu’il sorte son insigne, ou un flingue, ou une paire de grosses lunettes noires pourquoi pas, ou même une carte, quelque chose de ce genre. Mais non, rien. Que dalle. Il s’était contenté de la dévisager pendant un temps indéterminé, et elle n’avait bien entendu absolument pas réagi, ne sachant pas comment se comporter, se contentant de se dire que c’était de plus en plus louche, comme histoire. Et, enfin, il s’était décidé à parler.

    « Alexandra Blue ?

    Elle avait hoché la tête, se disant instantanément que son pressentiment avait été juste et qu’il n’avait plus qu’à entamer la procédure de…

    - Shane Fallow. Enchanté.

    Bon, d’accord. Peut-être que c’était un renégat, un rebelle – il en avait l’air avec sa crinière ébouriffée et son air de drogué à la caféine, non ? – et qu’il aimait contourner le règlement.

    - Que voulez vous ?
    - Discuter.


    Très bien, très bien. Tout compte fait… quelqu’un n’avait pas dit un jour que criminels et flics étaient forcément semblables ? Quoi ? Qu’avait-elle fait ? Elle n’était qu’une petite employée de bureau – ou presque – qui venait de monter en grade, ce n’était pas pour autant qu’elle avait l’accès libre à la banque de données de la communauté Scientifique moderne et qu’elle pouvait fabriquer de l’anthrax avec une boîte de conserve et des œufs durs et…

    - Ah ?

    Sa voix avait légèrement déraillé sur la fin, lui arrachant un froncement de sourcils un brin inquiet. Pour toute réponse, il s’était adossé contre l’encadrement de la porte, les bras croisés, et s’était replongé dans une longue contemplation. Contemplation désagréable. Non mais il veut peut-être que je me foute à poil devant lui, histoire de mieux pouvoir me scanner ?

    - Discuter de quoi ?

    Elle s’était efforcée d’adopter un ton calme et serein. Cela avait plutôt bien marché. Sans pour autant l’empêcher de sentir une inquiétude non négligeable croître en elle. En tout cas, cela l’avait sorti de son mutisme.

    - Votre père s’appelait bien Mikael Blue ? »
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 16 Nov 2009 - 20:31

    En fin de compte, tout ceci était peut-être voulu par le destin. Elle se retrouvait là, coincée à plusieurs centaines de mètres sous la mer, seule, infortunée, et le poids du monde sur ses épaules. Ou presque. A marcher dans une rue sombre et très certainement mal famée, en compagnie de lycéens malchanceux et de son… demi-frère qui, visiblement, lui en voulait. Qui était le con qui avait dit que la vie était belle ?
    Elle accéléra l’allure pour ne pas se laisser distancer, et laissa à son esprit le droit de s’égarer en d’autres mondes. Au vu de l’état de leur progression, elle pouvait bien se le permettre. Cela ne dura cependant pas longtemps. Alors qu’ils venaient de franchir un carrefour, rejoignant une rue un peu plus large, Shane s’arrêta devant la porte grillagée de ce qui, dans le noir, ressemblait fortement à un pub. Il examina l’enseigne pendant quelques secondes avant de se baisser et, en se faisait aussi discret que possible – sachant que cela était totalement impossible, personne ne fut surpris d’entendre le crissement désagréable du rideau de fer que l’on soulève résonner dans la nuit -, en libéra l’entrée. Ou, tout du moins, laissa un espace suffisamment large entre le sol et la barrière pour que tout le monde puisse passer. Plié en deux, retenant la clôture, il leva la tête vers la troupe.

    « C’est ici qu’on passe la nuit. Dépêchez vous tant qu’on est tranquilles. »

    Il n’eut pas à se répéter. Si tous s’étaient montrés plutôt réticents à l’idée de descendre faire un petit tour du côté de chez Fosse-Sceptique Land, leur motivation était, dans le cas présent, indéniable. C’est à peine s’ils ne se bousculèrent pas pour entrer. Il retint un ricanement amer en se disant qu’ils étaient peut-être un peu trop confiants. Mais au moins, cela prouvait qu’ils lui accordaient une certaine crédibilité. Et ça, c’était bien.


    Elle avait lentement reposé sa tasse, détaillant son interlocuteur avec une attention toute particulière. La saveur amère du café continuant de lui brûler la gorge, elle avait lentement dégluti. Ce qu’il lui avait dit était tout à fait surprenant. Voire même incroyable. En tant qu’humaine, elle avait dans un premier temps cru à un coup monté – du genre, une caméra cachée, ou quelque chose du genre. Néanmoins, cette lueur d’honnêteté franche qu’elle avait décelée au fond de ses yeux bleus lui avait fait comprendre qu’en fin de compte, ce n’était peut-être pas si faux que ça. Cela restait tout de même intriguant.
    Elle était longtemps restée silencieuse, laissant à son cerveau la liberté d’assembler correctement les informations recueillies pour en faire quelque chose de cohérent. Il n’avait pas parlé, lui non plus. Il avait juste terminé son breuvage, et attendu qu’elle réagisse. Enfin, par cette froide soirée d’hiver, bien au chaud dans son living-room, bercée par le crépitement du feu dans l’âtre de sa cheminée, elle avait compris que quoi qu’il eu pu se passer, sa vie serait indéniablement changée. Et ce, même de la façon la plus minime qui soit.


    C’était sans aucun conteste un endroit accueillant. D’une taille respectable, décoré avec goût, le Fishin’Cafe correspondait parfaitement à l’image que l’on se faisait d’un bar – restaurant chaleureux et convivial. Une petite ambiance familiale pour sublimer le tout.
    Un grand comptoir était casé dans le coin droit de l’espace. Le reste de la pièce était parsemé de nombreuses tables plus ou moins grandes et des chaises qui allaient avec. Accrochés aux murs, des photographies. Ici, un cliché de l’équipe nationale de rugby datant de 2021. Là, un sépia de la ville, vue de nuit. Et juste à côté, un portrait en noir et blanc. Le reste s’étalait en une farandole intéressante qui variait les teintes et les sujets. Dans l’ensemble, c’était agréable à regarder. Quelques plantes en pots, une télé accrochée dans le fond, un flipper datant de la préhistoire. Derrière, un couloir qui menait aux toilettes et lavabos. Le genre d’endroit où il fait bon de se rendre, entre amis ou non. C’était sûrement pour ça qu’ils se sentirent étrangement bien, lorsqu’ils y furent tous entrés. Certes, une once d’angoisse persistait toujours, mais c’était tout à fait vivable.

    « Vous pouvez vous installer, déclara Shane en replaçant correctement le rideau de fer. On va voir ce qu’on peut trouver à manger.

    Il balaya la salle des yeux avant de se tourner vers la porte d’entrée du pub, qu’il avait volontairement laissée ouverte en quittant l’endroit, en début de soirée. Il adressa un signe de tête à Alexandra avant d’entreprendre de fermer tous les volets et stores du lieu. Celle-ci prit le relais.

    « Bien. Shane et moi allons nous charger de vérifier que toutes les issues sont bien closes. Evitez de faire du bruit tant que tout n’est pas bon. Le mieux serait de ne pas nous faire remarquer. Le bar est bien isolé, cela ne posera donc pas de problème par la suite. Pour ceux que ça intéresse, les toilettes sont par là-bas…

    Elle leur désigna du doigt l’entrée du petit couloir.

    - Cela ne devrait pas nous prendre trop longtemps. On pourra tous souffler après. »

    Tous s’échangèrent quelques coups d’œil, incapables de savoir quoi faire en un pareil instant. Ce n’est qu’au bout de quelques instants d’hésitations que Tsuhiko constata que sa vessie était sur le point d’exploser. A croire qu’elle avait attendu qu’ils soient au calme pour se manifester auprès de lui.
    Sans un mot, il prit la direction des WC, tandis que les autres restèrent plantés au milieu de la salle, les bras ballants. Regardant avec attention autour d’eux, découvrant un peu mieux ce lieu nouveau. Ce lieu où ils pourraient enfin se reposer. Ce lieu qui constituerait très certainement leur dernière chance de prendre du repos. La journée de demain serait longue, et ils espéraient par-dessus tout avoir la chance d’en voir le bout.
    Il était un peu plus de onze heures quand ils passèrent à table.

    Ce n’était pas, à proprement parler, un dîner digne de ce nom. Ils avaient pris place de part et d’autre du comptoir, dégotté quelques sachets de cacahuètes et autres apéritifs dans un placard, un reste de rôti de porc – datant sans doute du midi-même – et une barquette de légumes du frigo, avaient fait réchauffer le tout en quelques minutes et s’étaient retrouvés avec un joli petit repas qui, somme toute, était plutôt appétissant. Globalement, l’ambiance était assez détendue. Si l’on excluait la tension constante qui poussait les uns et les autres à jeter des regards nerveux en direction de la porte à intervalles réguliers.

    « Bien… bon appétit à vous, déclara Alexandra en finissant de distribuer les tranches de viande.

    Elle ignora le silence glacial qui succéda à sa remarque et porta son verre d’eau à ses lèvres. Shane, sur sa droite, décapsula – non sans virilité et efficacité, ce qui ne manqua pas de faire tiquer l’une des quatre lycéennes de l’assemblée, à moins d’un mètre de là – une bouteille de bière qu’il avait récupéré dans la réserve. Pendant plusieurs minutes, il n’y eut que le concert des fourchettes et couteaux qui s’entrechoquaient pour venir briser le silence. C’est en terminant d’avaler un vingt-et-unième haricot vert qu’Axel prit la parole. Ne manquant pas d’en surprendre quelques uns par la même occasion.

    - Comment vous comptez vous y prendre, demain ?

    Les mastications cessèrent, les yeux se levèrent. Alexandra échangea un regard avec son frère – qui constatait par la même occasion que la rouquine qui suivait depuis tout à l’heure n’était pas si autiste que ça, en fin de compte – avant de prendre la parole.

    - Nous allons encore passer par les égouts.

    Il y eut un nouveau blanc, tandis que l’information se frayait un chemin pour parvenir aux cerveaux de tout le monde. Axel but une gorgée d’eau.

    - Pourquoi vous n’êtes pas partis dès aujourd’hui ?

    Il y eut un nouvel échange de regards, au fond duquel il n’était pas difficile de percevoir une certaine gêne. Ce fut Shane qui parla cette fois-ci, se redressant sur son tabouret.

    - Nous avions besoin d’un plan. C’est pour ça que nous étions à la Mairie.
    - Quel type de plan ?


    Il fronça les sourcils, un brin agacé. Absolument pas autiste, et même curieux, voire trop. Il pouvait aussi continuer de se murer dans le silence et les suivre sans un mot, comme il l’avait fait toute la soirée. Cela n’était absolument pas dérangeant, tant qu’il ne les ralentissait pas.

    - Un plan des égouts.
    - Vous ne pouviez pas partir sans ?
    - Non.
    - Pourquoi ?
    - Parce qu’on ne part pas immédiatement.


    Ce fut au tour d’Axel de plisser les yeux. Et, cette fois-ci, le calme n’eut pas le temps de s’installer. Elisabeth revint brusquement à la charge, saisissant l’opportunité qu’elle attendait depuis un bon moment déjà.

    - Qu’est-ce que vous voulez dire ?

    Bien. Il semblait que le moment était venu. Et, étant donné qu’Alexandra venait de s’enfourner un morceau de viande magistral dans la bouche – morceau qu’elle mâchouillait avec ardeur -, il semblait aussi que c’était à lui de s’y coller. C’était absolument dégueulasse.
    Il posa lentement ses couverts devant lui, s’essuya la bouche d’un revers de serviette. Se recula légèrement. Se cala correctement sur son tabouret. Etendit précautionneusement ses bras devant lui avant de les croiser sur son torse. Okay. Bon. D’accord. Okay. Super. D’accord. On y va alors. D’accord. C’est cool. Super. Okay.

    - Vous voulez dire quoi ?!!

    Il serra compulsivement les poings tandis qu’elle manquait de fracasser son verre d’eau sur le bois. Il chercha vainement une solution du regard, puis leva enfin les yeux vers elle. Aucune feinte n’était envisageable. Merde.

    - Nous devons retourner au Kingdom Institute avant de rentrer.
    - Pardon ?
    - A la base, je suis contre. C’est elle qui veut, s’empressa-t-il d’ajouter en désignant sa sœur du doigt, écopant par la même occasion d’un regard assassin de la part de la femme qui continuait de se débattre avec son bout de porc.


    Cela eut l’air de faire son effet, car Elisabeth se tourna mécaniquement en direction de la principale intéressée.

    - Pourquoi vous voulez retourner là-bas ?

    Il y eut un gémissement, une sorte de phrase étouffée. Comprenant que sa sœur risquait de s’étouffer si elle tentait quoi que ce soit de plus, Shane reprit la parole – non sans un certain sentiment de regret.

    - On doit récupérer des trucs.
    - Et quels genres de trucs ? grinça Elisabeth avec colère.
    - Des trucs de scientifique, suggéra-t-il avant de s’emparer de nouveau de sa fourchette pour la planter avec insistance dans un petit groupe de haricots.
    - Et quoi, EXACTEMENT ? s’énerva un peu plus la jeune fille qui n’entendait pas lâcher le morceau de sitôt.
    - Des trucs pour sauver le monde.


    Il leva à la verticale son couvert, tête vers le haut, gousses vertes empalées au bout de ses dents argentées. Lui fit lentement décrire quelques larges cercles, comme hypnotisé par le ballet étrange qui se déroulait sous ses yeux. Puis, brusquement, fourra le tout dans sa bouche et reposa la fourchette devant lui.
    Tsuhiko s’immisça dans la conversation avant que son amie n’ait le temps de renchérir.

    - Et… plus clairement ?

    C’est ce moment que choisit Alexandra pour enfin déglutir, et, malheureusement pour elle, se retrouver libre de s’expliquer. Elle regarda chacun des membres de la petite assistance à tour de rôle, et se résigna à cracher l’affaire, tâchant de dissimuler au mieux la gêne qui s’emparait d’elle.

    - C’est impératif. Il faut récupérer des échantillons, des prélèvements, des exemples du vaccin. C’est notre seule chance. Quand nous aurons quitté cet endroit, il n’y aura plus d’occasion de revenir à Nausicaa. Ce serait trop dangereux.
    - Vous dites ça, mais ils sont parfaitement capables d’envoyer une escouade armée jusqu’aux dents et spécialement entraînée, fit remarquer Axel, une touche d’ironie dans la voix.


    Elle secoua lentement la tête.

    - Nous ne pouvons pas prendre ce risque. Nous en avons la possibilité, et c’est notre devoir.
    - Votre devoir à vous, grommela Elisabeth sans cesser de la fixer. C’est totalement stupide. On va tous y rester. Pourquoi vous n’y allez pas seule ?
    - Demandez-le à lui, répondit-elle en faisant un petit geste de la main en direction de son frère. Il s’obstine à vouloir m’accompagner.
    - Ce serait encore plus con de te laisser te faire bouffer par ces désaxés à cause de ta mégalomanie scientifique, grogna-t-il avant de remettre une flopée de haricots dans sa bouche.


    Elle le fusilla pour la deuxième fois du regard, mais ne releva pas. Rose en profita pour intervenir à son tour et enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie.

    - Vous voulez risquer d’exposer le monde extérieur à ça ? interrogea-t-elle en s’appuyant contre le rebord du comptoir.
    - Que veux-tu dire ?
    - Ces échantillons que vous voulez ramener, ils sont porteurs du truc qui transforme les gens en monstres, non ?


    Un tic nerveux tordit sa lèvre tandis qu’elle essuyait les dégâts. Elle ne se démonta pas et répliqua du tac-o-tac.

    - Ne va pas croire que je ne sais pas ce que je fais. Je crois être suffisamment expérimentée pour ne pas faire la même erreur que…

    Sa voix s’éteignit brusquement, en même temps que la lumière. Tout à coup, la salle se retrouva plongée dans le noir le plus complet.
    Un bruissement. Quelque chose s’agita.
    Il y eut une étincelle, un bruit de frottement caractéristique. Et, en quelques instants, une petite flamme sembla flotter dans les airs, laissant apparaître le visage de Shane au milieu des ténèbres.

    - Je crois que le système commence à déconner. On va peut-être devoir terminer aux bougies…

    … si bougies il y avait. Mais ça, ça n’était pas le plus gros des problèmes. S’il n’y avait plus de courant…
    Un nouveau crépitement de néon, et les ampoules se rallumaient. Tout oscilla quelques instants, et cela se stabilisa. Shane fixa longuement le lustre avant de se décider à remettre son briquet dans la poche arrière de son pantalon.

    - C’était quoi… ça ? bafouilla Cindy en se cramponnant au bar.
    - L’Ordinateur Central doit avoir du mal à gérer l’autonomie. Normalement, y a toujours quelqu’un pour valider les commandes et vérifier que tout roule, même s’il est totalement apte à se débrouiller seul. A croire que les machines deviennent capricieuses…
    - Vous croyez que ça va recommencer ?
    - Faut voir… peut-être par intervalles. Mais c’est prévu pour faire face aux imprévus, normalement. Même si le Central lâche, des réseaux de secours sont programmés pour prendre la relève et assurer l’électricité.
    - Pendant combien de temps ?


    Il tourna la tête vers Axel avant de soupirer.

    - Ca, j’en sais rien… une dizaine d’heures tout au plus.

    C’était court. Mais ça ne s’appelait pas réseau de secours pour rien. Les systèmes d’urgence étaient rarement associés au durable, et ça, la modernité ne l’avait en rien changé. Ne restait plus qu’à espérer que le tout ne lâche pas prématurément.
    Il racla pensivement le fond de son assiette vide. Alexandra saisit l’occasion.

    - Bon, déclara-t-elle sans même regarder sa montre. Il se fait tard… on aura une longue journée demain. Je pense qu’on devrait tous songer à aller se coucher.

    Elle n’attendit pas que les autres réagissent et se leva immédiatement, attrapant son assiette et ses couverts.

    - Vous n’avez qu’à mettre votre vaisselle dans l’évier de la pièce du fond, là-bas. »

    Histoire que ça fasse un minimum propre. Ce n’était pas parce qu’ils étaient en situation critique qu’ils ne devaient pas se cantonner aux petites missions du quotidien. Sa maniaquerie quasi-maladive ne pouvait lui permettre de tolérer un espace de vie mal rangé. Elle les quitta pour se rendre elle-même dans le lieu désigné et se débarrasser de ce qui l’encombrait. Petit à petit, chacun en fit de même. Mais certaines choses demeuraient à développer, et les regards rageurs que lançait furtivement Elisabeth à la jeune femme ne manquèrent pas de le leur rappeler.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 16 Nov 2009 - 20:32

    « C’est quoi, son problème ? souffla-t-elle à l’adresse de Shane, blottie entre les couvertures qu’ils avaient disposé au sol et contre les murs de sorte à aménager des sortes de lits de camp improvisés.

    Ce dernier, assis en face d’elle, esquissa un sourire amusé.

    - Ca… je crois que c’est le genre de chose qui nous dépasse tous.
    - Mais c’est injuste ! Pourquoi devrions-nous la suivre ? Vous avez vous-même dit que vous n’étiez pas d’accord, non ?
    - C’est vrai. Mais je crois qu’on a pas le choix.
    - On a toujours le choix, remarqua Raya, allongée à côté de son amie.
    - Si seulement c’était vrai…


    Il leva les yeux en direction d’une vieille photo noir et blanc de l’Empire State Building dominant New York de toute sa hauteur avant de les regarder de nouveau.

    - Elle est beaucoup trop têtue pour qu’on puisse essayer de la raisonner. Elle pense que c’est ce qu’elle doit faire… alors elle le fait. Ca a toujours été comme ça, je crois.
    - C’est pas pour autant que c’est la meilleure des solutions.
    - Je sais, oui… mais au moins c’en est une.
    - C’en est aussi une de foncer droit vers votre sortie miracle, grommela Elisabeth.
    - Pourquoi on ferait pas un vote ? La majorité l’emporte, suggéra Rose, qui, elle, se situait avec Cindy à l’extrémité droite du petit groupe.
    - Ca servirait à rien non plus. Elle irait quand même… et moi avec.


    Elisabeth soupira.

    - Ah, les hommes… toujours à vouloir jouer les héros… mois je dis une bonne droite dans la gueule pour remettre les idées en place et le tour est joué…
    - Lisaa-chan, c’est pas gentil ! protesta Tsuhiko sur sa gauche.
    - On s’en fout, Tsu’.


    Shane étouffa un petit rire nerveux.

    - C’est pas aussi simple que ça…
    - Pourquoi ça le serait pas ?


    Il se passa la main sur la nuque, s’étirant en arrière.

    - C’est quoi, vos boulots, à tous les deux ? demanda Axel qui, lui, était à l’extrême gauche, soit assis aux côtés de Tsuhiko.

    Shane le fixa pendant quelques instants.

    - Elle fait des recherches au Kingdom.
    - Et vous ? Et me ressortez pas le coup du top secret, hein. On peut tous crever d’une seconde à l’autre alors j’aimerais bien un peu de franchise dans tout ça.
    - Eh bien… on va dire que je suis une sorte de flic.
    - Pourquoi, une sorte ? fit-il en se redressant.
    - Vous n’arrêtez donc jamais avec vos questions ?
    - Nah.


    Son regard balaya rapidement la pièce avant qu’il ne reprenne, hésitant.

    - On est assez largués dans toute cette histoire, et vous avez l’air d’en savoir… beaucoup…
    - C’est louche, renchérit Tsuhiko.
    - Votre sœur a participé à l’élaboration de cette chose ? ajouta rapidement Elisabeth avec une pointe de rancœur dans la voix.
    - Et c’est quoi, exactement, ce truc ? termina Cindy en s’avançant à son tour.


    Dans un profond soupir de résignation, Shane se frotta pensivement les yeux d’une main. Il attendit quelques secondes que tout le monde se soit calmé avant de s’adosser un peu plus correctement contre le pied de chaise qui lui servait de dossier.

    - Premièrement… commença-t-il en se tournant vers Axel.

    Premièrement, quoi ? Par où fallait-il débuter ? Que fallait-il taire ? Jusqu’où aller ? Comment expliquer ? Et surtout… comment le dire à des gamins ? Devait-il leur parler comme à des adultes ? Y aller avec des pincettes ? Quelle pouvait bien être, bon sang, la bonne méthode ?
    Devait-il tout leur dire ?

    - Vous avez évidemment tous entendu parler de la Ralliah…

    Les yeux pétillants de curiosité, chacun des membres de la petite assemblée hocha la tête en silence, l’air grave. Il laissa s’écouler un bref laps de temps avant de reprendre :

    - Et vous savez aussi que le Kingdom Institute a, il y a quelques jours seulement, réussi à mettre au point un vaccin pour s’en protéger.

    Nouvelle approbation.

    - Le fait est que la Ralliah est quelque chose de terriblement dangereux. Je ne suis pas un scientifique et ne dispose donc que de connaissances très sommaires à ce sujet… mais c’est bien plus qu’une simple grippe. Et sans doute bien plus aussi que la pire des grippes. Pire que la peste dans le passé. Pire que n’importe quoi.
    - Le fléau, la Mort Rouge, on sait, ils l’ont suffisamment répété à la télé, souffla Elisabeth avec impatience.
    - Si vous voulez, continua-t-il sans y prêter attention. Vous connaissez aussi les symptômes de la Ralliah.
    - Une sorte d’état de rage, acquiesça Axel.
    - Tout comme vous savez que les vaccins sont créés à partir des souches des virus qu’ils traitent.
    - Des souches devenues inoffensives, non ? demanda Rose depuis son tas de couvertures.
    - C’est ça.
    - On doit comprendre que c’est la Ralliah qui court dans les rues ? intervint Tsuhiko avec réticence.
    - Pas vraiment, non, répondit-il avec un nouveau soupir.


    Il leva les yeux vers l’une des fenêtres barricadées de la pièce. Sembla guetter, quelques secondes. Puis se retourna enfin vers eux.

    - C’est pire.

    Les lampes crépitèrent de nouveau, un peu comme si, animées par une soudaine pulsion de sournoiserie extrême, elles avaient voulu renforcer le dramatique de ses déclarations. Ce n’était peut-être pas grand-chose. Deux simples mots. Mais à la façon dont il l’avait décrété, et au vu de l’inconfortable de la situation dans laquelle il se trouvait, ils firent l’effet d’une bombe atomique miniature au sein du groupe, soufflant d’un coup brutal tous leurs espoirs et leurs désirs, leurs idées, leurs convictions. Ne resta plus que la désillusion pour s’abattre en une pluie noire sur les restes de leur optimisme disparu.
    Au milieu de ces terres désertiques d’ambition, cependant, un esprit se releva.

    - Comment ça, pire ?

    Mécaniquement, les regards et attentions se tournèrent d’un seul bloc vers Raya, qui fixait quant à elle cet homme qui osait sous-entendre qu’ils étaient condamnés.
    Il sentit son corps frissonner lorsqu’il croisa le regard de la jeune fille. Ce fut comme s’il était fouillé de l’intérieur.

    - La Ralliah tue, c’est indéniable. Ceux qui en sont atteints sont certes dangereux et contagieux, mais leur état se dégrade bien trop vite pour qu’ils ne représentent un danger réellement durable. Dans le cas présent… vous avez vu les infos, quand ça a commencé ?

    Elle ne cilla pas, mais il comprit que c’était là sa façon de répondre par l’affirmative. Il se frotta instinctivement la nuque. Encore. Son malaise ne disparaissait pas.

    - Dans le cas présent, ils ne meurent pas.
    - Mais ils doivent bien mourir à un moment ou à un autre, non ?
    - Oh, sûrement. Arrachez-leur la tête et ils le seront bel et bien. Ils sont toujours humains. Il leur faut un cœur qui bat et un cerveau pour animer leurs muscles. Mais ils ignorent la douleur. On a essayé de leur tirer dessus. Si on ne touche pas la tête et donc le cerveau, ça ne marche pas.
    - Et le cœur, alors ? fit Tsuhiko, les sourcils froncés.
    - Ils sont trop imprévisibles et bougent trop vite pour que l’on parvienne à les toucher.
    - Un sniper pourrait bien réussir ?
    - Sans doute. Mais pour l’instant, il n’y en a pas eu.


    Et ce ne serait pas s’avancer que de dire qu’il n’y en aura sûrement jamais, se retint-il d’ajouter.

    - Donc c’est bien des zombies, continua le nippon.
    - Si tu veux, oui.
    - Et pourquoi ils nous en veulent ?
    - On n’en sait rien. Ca, c’est la Ralliah.
    - Mais c’est pas la Ralliah, non ?
    - C’en est une forme. En plus… concentré, apparemment. Avec beaucoup de problèmes en moins. Pas de fatigue, pas de douleur.
    - Ils peuvent mourir de faim ?
    - Essaye de rester ici suffisamment longtemps pour le voir, et tu me diras si c’est le cas, répondit-il avec sarcasme.


    L’intéressé se renfrogna brusquement, se laissant tomber en arrière. Axel, lui, se redressa encore un peu.

    - Et c’est le virus du vaccin qui fait ça, donc ?

    Le regard de Shane se perdit de nouveau en direction de la fenêtre. On y arrivait donc.

    - Vous vous souvenez du jour où vous avez visité le Kingdom ? demanda-t-il, l’air pensif.
    - Oui.
    - On vous est passés devant, quand vous étiez dans le hall.
    - Ouais. Votre sœur avait l’air remontée.
    - C’est… ça, oui. Justement.


    Sa voix s’éteignit tandis qu’il se plongeait dans une contemplation rêveuse de la barricade. C’est un discret raclement de gorge en provenance de Raya qui l’incita à reprendre.

    - C’était la raison de notre dispute. Et ça répond à ta question, fit-il à l’adresse d’Elisabeth. Ma sœur a participé aux recherches pour le vaccin. Ce jour-là, elle a découvert quelque chose qui lui a… disons déplu.
    - Et c’était quoi ?
    - Après avoir mis au point le vaccin, le Kingdom Institute s’est précipité. Il est allé trop vite dans sa démarche. Personne n’a pris le temps de vraiment tester le produit. Enfin… plusieurs scientifiques étaient quand même persuadés que c’était beaucoup trop rapide. Alex’ était de ceux-là.


    Il agita la main lorsque Cindy s’apprêta à parler, lui intimant de se taire.

    - Evidemment, personne ne les a écoutés. C’était là une source de profit énorme, et même si le Kingdom Institute est un établissement de prestige, d’autres laboratoires travaillaient eux aussi sur le vaccin. Comprenez qu’une pression d’ordre économique était exercée sur le bâtiment… et que les gens à sa tête n’étaient pas forcément plus préoccupés par la santé de la population que par la jolie liasse de billets qui les attendait au bout du chemin. Plus par soucis d’entretenir leur image que par précaution, ils ont effectué quelques tests concluants sur des animaux. En quelques jours seulement, les vaccins ont été approuvés et autorisés à la distribution. Immédiatement, tout le monde s’est précipité à l’institut pour recevoir sa dose… les malades en tête.
    - Je croyais qu’on pouvait pas se faire vacciner quand on était malade ?
    - Dans le cas présent, si. La Ralliah était bien trop puissante pour que l’on s’attarde sur ce genre de choses. Maintenant, on peut vraiment dire que c’était du travail bâclé, ajouta-t-il avec désarroi.
    - Et votre dispute ? reprit Elisabeth qui trépignait littéralement sur place à l’idée de tout savoir.
    - Ma sœur a discrètement effectué des tests sur des cellules humaines isolées – un procédé développé par le Kingdom Institute et utilisé couramment ici. Et il s’est avéré que les résultats n’étaient pas… bons. Voire même franchement étonnants.
    - Vous voulez dire quoi ?
    - Je veux dire qu’en contact avec des tissus humains, le virus modifié – et donc supposément inoffensif – contenu dans le vaccin réagissait. Dans le mauvais sens. Il mutait. Et devenait quelque chose qui n’avait jamais été vu jusque là. Totalement inédit.
    - Quoi, exactement ?
    - Ca, j’en sais rien, répondit-il en réprimant un rire nerveux. Même elle n’a pas voulu m’expliquer, sans doute parce que je risque de ne rien comprendre. Mais ce virus était très actif et se développait à une vitesse plus qu’impressionnante. De quoi se répandre entièrement dans un être humain en quelques heures à peine.
    - C’est ce qui s’est passé, marmonna Tsuhiko.
    - Exactement. Ce n’était peut-être qu’une erreur ou une exception. Mais tous les échantillons tests ont donné le même résultat.
    - C’est à cause de ça que vous vous êtes disputés, donc ?
    - Oui, si on veut. Elle a voulu prévenir les dirigeants mais personne ne l’a écoutée. En fait, ils ne l’ont même pas laissée entrer dans le bureau de Ramirez.
    - Ramirez ? demanda Rose.
    - Carlo Ramirez, oui. Le patron. Un businessman plutôt qu’un homme de science, si vous voulez tout savoir.
    - Et le Grand Manitou n’a pas voulu l’écouter ?
    - Non… et c’était plutôt bizarre, en fait. Elle s’est directement faite rabrouer à l’entrée.
    - Et le rapport avec vous ?
    - Je me faisais passer pour un scientifique. Elle m’a tout expliqué et a voulu que j’intervienne.
    - En tant que scientifique ?
    - En tant que flic. Mon niveau d’habilitation en tant que chercheur était bien moins élevé que le sien.
    - Et qu’avez-vous fait ?
    - J’ai refusé.


    Il y eut un moment de profond silence, durant lequel tous le dévisagèrent avec incompréhension. Il n’attendit pas qu’on lui pose de question pour s’expliquer.

    - C’était compromettre ma couverture. J’avais bien avancé dans mon enquête et ça aurait été idiot de tout perdre comme ça, si proche du but.
    - Mais… bredouilla Tsuhiko. Mais vous avez vu ce qu’il se passe maintenant ?
    - Je sais…
    - Et vous n’avez rien fait ? Vous ne l’avez pas écoutée et avez ignoré ce qu’elle vous a raconté ?
    - Je n’aurais peut-être rien pu faire… et je devais téléphoner à mon supérieur avant de prendre ce genre d’initiative.
    - Donc c’est à cause de vous que… ?


    Shane baissa les yeux.

    - En partie, peut-être. Mais il n’était même pas sûr qu’ils me laissent entrer malgré tout.
    - Si ! Vous êtes flic, ou un truc du genre, non ? Pourquoi ne vous auraient-ils pas laissé passer ?
    - Pourquoi n’ont-ils pas laissé entrer l’un de leurs meilleurs éléments alors que celui-ci avait une information de toute urgence à leur transmettre ? répliqua-t-il avec une animosité non dissimulée.
    - Mais… VOUS ETES FLIC ! s’exaspéra Tsuhiko. Prenez votre flingue et entrez de force pour vous faire entendre !!


    Il étouffa un grognement lorsque le coude d’Elisabeth vint s’écraser dans ses côtes.

    - Ne crie pas comme ça, Tsu’…
    - Mais… mais c’est à cause de lui, alors !
    - Peut-être, oui… mais ce n’est pas une raison pour rameuter tout le quartier.
    - Mais… Karl ? Vous l’oubliez, lui ? Si il avait fait son boulot, Karl n’aurait pas été…
    - Peut-être que si. C’était peu de temps avant qu’il ne se fasse vacciner, au final, remarqua Raya.
    - C’est justement parce que j’ai fait mon boulot qu’on en est là…


    Tsuhiko se retourna vers lui, une lueur de colère brillant au fond de son regard. Les mâchoires crispées, les poings serrés, il le détailla sans rien dire. La voix de Cindy brisa finalement le silence qui s’installait peu à peu.

    - Mais… il y a quelque chose que je ne comprends pas… pourquoi ça n’a pas eu d’effet sur les animaux ?
    - Parce que les animaux ne réagissent pas de la même façon que les Hommes aux traitements, déclara Elisabeth avec froideur. Il paraît que l’arsenic ne tue pas les chats. C’est pour ça que c’est profondément débile d’avoir des bêtes en laboratoire.


    Elle tâcha de garder son sang froid tout en levant les yeux vers Shane.

    - Pourquoi gardent-ils des animaux alors qu’ils peuvent expérimenter sur des tissus humains ?

    Son interlocuteur la dévisagea brièvement avant de hausser les épaules.

    - Ca, j’en ai aucune idée.
    - Ils sont… totalement CONS !


    Elle ne retint pas un juron lorsque ce fut au tour de Tsuhiko de lui donner un coup. Il ne broncha pas lorsqu’elle le fusilla du regard.
    Un coup d’oeil en direction de sa montre indiqua à Shane qu’il était près d’une heure du matin. Il s’accroupit lentement, ignorant le craquement sinistre de ses articulations en réponse à l’effort demandé.

    - Bon. Il est temps de dormir, je crois. On part dans quelques heures. Personnellement, je suis totalement mort.

    Il ponctua ses dires d’un profond bâillement.

    - Je vous conseille de vous coucher vous aussi et d’éviter de trop parler. De toute façon, je vais éteindre la lumière.

    Une expression de déception se peignit sur le visage de Rose.

    - D’accord…
    - Ouais. Bonne nuit, les jeunes, fit-il en leur adressant un vague sourire.
    - Bonne… nuit.


    Il se releva lentement et s’étira avec paresse tandis que tous s’enveloppaient un peu plus dans leurs draps. Faisant volte-face, il se dirigea d’un pas tranquille vers le bar et se saisit d’une bouteille d’eau.
    Le comptoir était resté propre. Il attrapa un verre sous ce dernier mais n’eut pas le temps de le remplir. Une présence derrière lui l’interpela, et il se retourna.

    - Vous êtes pas français, hein ? demanda Axel qui se tenait à ses côtés, appuyé contre l’un des tabourets.

    Il réfléchit quelques instants. Se versa de l’eau.

    - Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
    - Vous avez un accent. Et votre sœur aussi.
    - Vraiment ? sourit-il en rebouchant sa bouteille.
    - Ouais. C’est moins présent chez vous que chez elle, mais ça se remarque quand même.
    - Américain.
    - C’est vrai ? Cool ! Et d’où ça ?
    - San Francisco.
    - Excellent ! J’ai toujours voulu y aller.
    - C’est un endroit sympa à voir, c’est vrai, fit-il d’avaler quelques gorgées. Y a de beaux panoramas.
    - Votre sœur aussi est de là-bas ?
    - Elle vient de l’Arkansas.


    Et, voyant l’expression interrogative du lycéen, il termina rapidement son verre avant de rajouter :

    - Dans le Sud-Est.
    - C’est beau, là aussi ?
    - Pas mal non plus, ouais.


    Axel sembla hésiter.

    - J’aimerais bien aller aux Etats-Unis, un jour…
    - T’as tout le temps. T’en auras bien l’occasion, t’en fais pas.
    - Pour l’instant, ça me paraît mal barré… j’ai peut-être même la Ralliah, fit-il en désignant de l’index le bandage rudimentaire que lui avait apposé Alexandra à l’épaule un peu plus tôt dans la soirée.
    - Ca m’étonnerait quand même. T’as l’air en bonne santé, même si je me suis posé quelques questions au début.
    - Ah ? Je devrais déjà être transformé en mort-vivant ?


    Il repoussa délicatement la bouteille.

    - Le temps de propagation de l’infection est variable, mais je ne pense vraiment pas que tu sois malade.
    - Cool…
    - Très.
    - Oh, une dernière chose !
    - Qui est ?
    - Pourquoi vous étiez sous couverture, vous enquêtiez sur quoi ?
    - Ha…


    Il pivota d’un quart pour se retrouver face au jeune homme, le dévisageant avec amusement.

    - Tu es bien curieux…
    - Je sais, oui.
    - Ca peut t’attirer des ennuis.
    - Je le sais aussi.
    - Tu devrais aller te coucher.
    - Vous détournez le sujet…
    - C’est top-secret.
    - Eh, encore ?! s’exclama-t-il avec une grimace feignant le dégoût.
    - Hélas oui.
    - Mais vous pouvez bien le dire, non ? Pourquoi vous le cachez ?
    - Ca…


    Il décolla son dos du comptoir contre lequel il s’était appuyé.

    - Tu le sauras en temps voulu.

    Et, sans même laisser à son interlocuteur le temps de lui répondre, il s’éloigna d’un pas agile en direction de l’entrée. Se retourna une fois à côté du mur qui bordait l’entrée. Se posta à côté du petit interrupteur qui régulait l’éclairage du troquet.

    - Au lit. J’éteins la lumière dans exactement dix-sept secondes.

    Il y eut un instant de vide absolu durant lequel il ne pensa plus à rien. Il regarda sans même le voir Axel qui, lentement, quittait son poste pour rejoindre les autres qui discutaient à voix basse. Il entama finalement un décompte silencieux lorsque celui-ci fut allongé au entre deux tas de vieilles couvertures.

    Dix-sept.

    C’était une journée particulièrement longue qui s’annonçait. Il ne savait pas vraiment s’il devait l’appréhender avec angoisse ou non.

    Seize.

    Il pressa l’interrupteur. Instantanément, la salle se retrouva dans le noir. Seul un fin rai de lumière argentée qui parvenait à filtrer au milieu des barricades venait donner à ce lieu une once de fraîcheur – la fausse lune continuait de briller au milieu des milliers d’étoiles pixellisées, au-dessus de leurs têtes.

    Quinze.

    Il n’eut pas besoin d’allumer son briquet pour retrouver son chemin. La méthode Jerry portait ses fruits. Il ne heurta pas même une table, et regagna sans difficultés les deux lits de fortunes aménagés à l’écart des troupes. Alexandra y restait allongée, tendue, les yeux rivés vers un plafond dont elle ne distinguait rien.

    Quatorze.

    Il s’accroupit, tâtonna brièvement le sol avant de s’emparer d’un bout de plaid. Se coucha dans l’espace qui lui était réservé. Il sentait parfaitement la présence de sa sœur, à côté de lui.

    Treize.

    « Tu ferais un excellent père, j’en suis sûre, déclara-t-elle en se contorsionnant pour parvenir à lui faire face.
    - Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?
    - Allons, allons, ne fais pas semblant d’être rude.


    Douze.

    - Je ne fais rien.
    - Vraiment ?


    Onze.

    - En tout cas, ils ont l’air de te faire confiance. C’est bien.
    - Ils n’ont pas vraiment le choix, je crois.
    - Oh, si, ils l’ont.
    - Ils peuvent très bien nous suivre parce qu’ils savent que c’est là le meilleur moyen pour eux de ne pas se faire… bouffer…
    - Te suivre toi.


    Dix.

    - Nous suivre.
    - Oh, non…


    Neuf.

    Elle se retourna de nouveau, de sorte à se retrouver sur le dos.

    Huit.

    - Nous sommes deux, que je sache.
    - Ca, oui…


    Sept.

    Elle souffla bruyamment.

    - Je crois qu’ils ne m’aiment pas.
    - Tu es bien présomptueuse, remarqua-t-il en haussant un sourcil sarcastique.
    - Ne dis pas ça… tu sais très bien que c’est vrai.
    - Peut-être, oui… mais ce n’est pas pour autant qu’ils te jetteront dans la cage aux lions à la première occasion.


    Six.

    - Big Brother, hein ?
    - Tout à fait, répondit-il tandis qu’il joignait ses deux mains à l’arrière de sa tête de sorte à sentir autre chose qu’un parquet dur et crasseux sous son crâne.
    - C’est tout de suite beaucoup plus rassurant.
    - Je sais, oui.


    Cinq.

    Elle gesticula une fois de plus, lâcha un grognement irrité lorsqu’une douleur non négligeable lui traversa l’épaule. Merde. Faux mouvement.

    - Bonne nuit.

    Quatre.

    Faible sourire.

    - Bonne nuit. »

    Trois.

    Il hésita à se tourner lui aussi, mais renonça à cette idée. Le regard évasif, l’esprit vagabond, il attendit. Il attendit longtemps, sans doute, il attendit jusqu’à ce que les dernières voix en provenance du groupe de lycéens se soient estompées. Il attendit jusqu’à ce que son cerveau se déconnecte, jusqu’à ce que la mécanique de son être cesse de fonctionner. Le laisse entrer en état de veille.

    Deux.

    Il n’allait pas dormir, à proprement parler. Un peu comme on disait d’un chien qu’il ne sommeillait que d’un œil, il se savait pertinemment incapable de sombrer dans un coma noir en un moment pareil. Même s’il l’avait voulu, il en aurait été incapable. C’était l’Instinct, oui, ce même Instinct qui avait sans doute poussé ces jeunes jusque là, jusqu’aussi loin. Ce même Instinct qui l’empêchait de se reposer. Pour le moment. Ce même Instinct qui lui dictait de suivre sa sœur, quoi qu’il arrive. Ce même Instinct qui avait très certainement fait de lui ce qu’il était aujourd’hui.
    Un homme perdu dans l’adversité, qui continuait de s’accrocher. Pour des valeurs qu’il ne percevait pas, pour respecter un devoir qui lui était imposé. Qu’il s’imposait lui-même. Cet Instinct qui l’avait conduit jusque dans l’Arkansas, plusieurs années auparavant. Bien plus qu’une simple curiosité. Un ordre venant de l’intérieur. Quelque chose qu’il ne contrôlait pas.
    Lui-même.

    Il attendit jusqu’à ce que dehors, les lumières crépitent de nouveau. Il était bien trop loin d’elles pour s’en apercevoir.
    Il attendit jusqu’à ce qu’un bruit de course frénétique résonne devant leur boutique, pour finalement disparaître au loin. Il attendit jusqu’à ce que l’écho qui succédait aux pas n’existe plus.
    Il attendit, encore.
    Et il n’attendit plus.

    Un.
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Mira
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 20 Nov 2009 - 23:07

Ah, j'avais pas vu que tu avais continué, honte à moi! Bref, j'ai profité de mon temps libre pour tout lire, et franchement... Ce sont des personnages vraiment intéressant, la suite est impeccable...

OMG j'adore I love you Au risque de me répéter, radoter, ou je ne sais quoi, je ne te le dis une énième fois, ton texte fait parti des meilleurs que j'ai jamais lu, sinon le meilleur, de tous les forums jamais fréquentés, et dieu sait que j'en ai vu. J'exagère à peine =3 Parce que j'ai eut ma longue réflexion philosophique du vendredi soir, samedi matin, et même si tu n'as pas le style parfaitement évolué et sans défaut que d'autres ont, et que c'est très loin d'être parfait certes, c'est vraiment accrocheur, comme histoire =3 J'ai l'impression d'en faire un peu trop mais soit, quand j'aime, j'aime vraiment, hein. Il faut que je l'imprime, j'en ferais un mini bouquin que je relirais tranquillement dans mon lit - rien de meilleur xD.

Ensuite, pour aller dans le moins passionné, j'ai vu quelques fautes et et quelques bêtises (lui à la place de elle, ce genre de choses, que de inattention je pense.) Je pense aussi que tes parties de dialogues sont un poil trop nombreuses, ou un poil trop longues, faut voir.
Sur ce, toutes mes félicitations =D
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Quindam
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Sam 21 Nov 2009 - 0:52

HUHU J'ai tout enregistrer sur mon PC. Pour imprimer, je vais faire ça à l'école. Ma mère me tue si j'imprime 101 page de texte sur notre petite imprimante x)
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Sam 21 Nov 2009 - 13:01

    Merci beaucoup ! =)

    ... désolée si ma réponse est pas super argumentée et détaillée, mais mon cerveau flotte au milieu d'une mare de microbes et ça me flingue totalement. Rhube.

    Mira : Des fautes d'inattention, tu dis ? Peut-être, oui - argh. Il faisait plus d'une quinzaine de pages et au bout d'un moment, la relecture... étape difficile @_@
    En tout cas, si t'as le temps et l'occasion, n'hésite pas à me dire où elles sont 8D
    ... enfin je corrigerai tout quand l'histoire entière sera terminée et que je passerai à l'arrangement final avant de faire lire... à mon père, hahaha. Pardon pour l'interlude "mavie".
    Pour les dialogues... y a des chances, oui. Je crois que j'ai tendance à ne pas en faire assez, enfin plus généralement c'est peut-être ce qui me pose le plus de problèmes, et là qu'ils sont au calme et qu'ils peuvent blablater... je me retrouve dans la mouise. Je tâcherai d'en prendre compte pour plus tard.

    Merci encore. Ca fait vraiment plaisir de voir des lectrices acharnées x3

    Heiky : bonne chance pour t'y retrouver =p
    De mon côté ça en fait 131... je dois écrire en gros. J'espère que ça te plaira.
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Loly Pop
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 24 Nov 2009 - 11:06

Holalalala, j'avoue, je n'ai lu que quelques chapitres, les premiers u_u
*honte*
Pourtant c'est pas l'envie qui me manque!
Donc voilà 143 pages à imprimer What a Face
Je vais réduire un peu la police sinon ça va pas le faire xDD
Bien ça fait 104.
(ahem...)

EDIT:
jvaispaaasimprimer, ne faisons pas de folie...
J'ai dis à ma mère
"j'aimerai bien imprimer un truc mais c'est superextra grand..."
"c'est à dire?"
"beauuuucoup de pages"
"combien?"
"beauuuucoup"
"mais beaucoup c'est 5 ou c'est 10?"
...
"je vais pas imprimer en faite What a Face"
*sooort*
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 24 Nov 2009 - 11:47

    Le mieux est d'attendre qu'il soit publié en un milliard d'exemplaires et donc entièrement revu et corrigé pour l'avoir sur papier 8D
    C'est beau de rêver xD

    J'ai bien envie de commencer le 17ème, mais je dois faire deux colorisations importantes avant... je vais déjà terminer celle que j'ai en cours et je verrai bien. Ca fait un moment que je pense à écrire le prologue, mais je me suis dit que finalement, je le ferai à la fin. Je sortirai le dernier chapitre, l'épilogue et le prologue en même temps. Comme ça, si vous voulez vous faire durer le suspense qui tue jusqu'au bout, vous pourrez le lire avant d'entamer la dernière ligne droite. Wouhou.
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Loly Pop
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 24 Nov 2009 - 12:09

Mais je peux pas attennnnnndre
Comme ça je pourrai dire "oui oui moi je l'ai lu en avant-première Cool"
Je vais le lire en direct et puis zut
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.oO Lady Diana Oo.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 2 Déc 2009 - 16:08

Waah, je viens de voir que t'avais mis la suite.
La fin est ... poignante. Avec le compte avec rebours là, le suspense est à son comble.
La suite, pitiéééé.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 15 Déc 2009 - 20:33

    Merci ! Bon, c'était pas prévu que je la fasse aussi tôt, mais le chapitre devait être court - il l'est - et je voulais attendre demain aprem' pour me lancer dans un truc, donc bon... en deux soirées et c'était fait.

    Comme je disais sur mon dA où je poste aussi les chapitres, si certains passages peuvent être plus longuets que d'autres, je peux vous promettre une chose : la fin ne devrait pas vous décevoir. En tout cas, je l'adore, moi xD
    Et elle sera servie en pack avec un prologue - comme ça vous pourrez toujours vous faire durer le suspense en lisant le prologue avant d'attaquer le dernier chap' - et un épilogue. Enfin, y a encore du temps avant ça, même si ça continue lentement de se rapprocher... on y croit, wouhou.
    Comme dit aussi sur dA, je sais pas encore comment je vais faire pour le prochain chapitre, j'hésite entre un truc sûrement très court avec une chute et un suspense à la fin ou un truc plus long englobant aussi la suite. On avisera en temps voulu.

    Bref, sur ce, je vous souhaite une bonne lecture =p
    EDIT : OhMonJeff ça tient carrément sur un post x_x
    C'est moi où ça écrit vraiment gros en Georgia, maintenant ?


    -----

    Chapitre 17 : Six pieds sous terre.




    « C’est… dégueulasse. »

    E
    t en effet, ça l’était. Disons que ce n’était pas dégoûtant à proprement parler, non, c’aurait peut-être même pu être bon, en d’autres circonstances. Mais pour être honnête, là, en cet instant, ça la rebutait carrément.

    « Tu devrais manger, tu sais, déclara Alexandra sur un ton grave tout en désignant le morceau de rôti d’un signe de tête.
    - Pas ça, pas le matin ! grimaça Cindy.
    - Allons, t’as jamais mangé des œufs au bacon au p’tit dej’ ? souleva Tsuhiko en la dévisageant étrangement.
    - Nooooon !!
    - T’as tort, pourtant. C’est super bon, avec quelques saucisses. Une touche de poivre et deux pincées de sel, et tu débutes la journée avec brio, ajouta-t-il en terminant d’enfourner le dernier morceau de viande de son assiette dans sa bouche.
    - Je mange pas le matin.


    Il y eut un instant pendant lequel il resta pétrifié d’horreur, sa mastication totalement bloquée. Elle se sentit rougir sous le regard effaré qu’il lui adressait. C’est un soupir de Shane qui brisa le silence.

    - Ah, les femelles…
    - Et ça veut dire quoi, ça ? répliqua sa sœur en levant les yeux vers lui.
    - Ca veut dire ce que ça veut dire, marmonna-t-il avec un sourire amusé.
    - Ca veut dire qu’on a… pas de brosse à dents, grommela Raya en venant se vautrer sur l’un des tabourets libres du bar.
    - J’avais déjà remarqué hier soir, ajouta Elisabeth qui la rejoignait. C’est… pas cool.
    - Je serais vous, je m’inquièterai de nos amis qui gambadent dans les rues plutôt que de me soucier d’hygiène dentaire, leur fit-il remarquer.
    - Vous pouvez essayer de boire du coca, il paraît que ça détartre les chiottes à mort, suggéra Axel qui avait déjà terminé son repas depuis une bonne dizaine de minutes.
    - Je tiens à mes dents, moi, lui répondit Raya.
    - Et moi je tiens à ma vie, youpi…
    - Comment est-ce que vous pouvez parler comme ça d’aussi bon matin ?


    Rose plissa douloureusement les yeux, peinant encore à y voir quelque chose. En tâtonnant devant elle, elle réussit enfin à attraper son verre d’eau et le vida d’un coup net avant de le reposer, ne manquant pas de le faire tomber par terre par la même occasion. Oh, non. Rose Strawberry n’aimait pas se lever tôt.

    Cela ferait bientôt une demi-heure qu’elle avait été tirée de son sommeil par Shane en personne – cela s’était donc dans un premier temps plutôt bien annoncé -, et elle ne supportait toujours pas l’idée d’avoir été réveillée avant même cinq heures du matin – cela s’était tout de suite beaucoup moins bien annoncé. Non, c’était un fait : une jeune fille en pleine croissance – comme elle – n’avait pas le droit d’être arrachée à son lit d’aussi bonne heure. Et le pire, c’était qu’elle n’aurait même pas le temps de râler, ce matin-là. Les consignes avaient été claires : on levait le camp à cinq heures dix-sept. Il était exactement cinq heures huit. Si une seule phrase avait pu résumer son mode de pensée en l’état actuel des choses – dans l’optique où elle eut pu penser quoi que ce soit, car honnêtement ce n’était pas sûr du tout -, il n’y aurait pas eu à la chercher bien loin : Rose était, pour ainsi dire, dans une merde noire. Elle en avait carrément oublié sa phobie de l’exposition solaire et sa réticence plus que conséquente à se faire voir démaquillée. C’était franchement moche.
    Elle avait la tête des mauvais jours. Elle avait à vrai dire la même tête que chaque fois qu’il était cinq heures huit du matin, et ce n’était pas beau à voir. Pas beau du tout.

    - Elle a raison, acquiesça Alexandra en finissant à son tour son assiette. Terminez de manger et de vous préparer, nous n’allons pas tarder à y aller. Plus tôt on sera partis… et mieux ce sera.
    - Plus tôt on sera rentrés, quoi, dit Axel avec un haussement d’épaules.
    - C’est… optimiste, mais vrai, oui, répondit-elle. »


    Et elle s’abstint de dire que ce n’était hélas qu’une hypothèse.

    Il était cinq heures et vingt-deux minutes quand tous se regroupèrent devant la porte de sortie, qui avait été dégagée pour l’occasion. A cinq heures vingt-trois, Shane terminait consciencieusement de refermer le rideau de fer derrière eux, sans vraiment savoir pourquoi il se donnait cette peine.


    L’atmosphère était frisquette, en cette sombre matinée. L’heure à laquelle le soleil était programmé pour se lever était encore loin et les étoiles continuaient de briller dans le ciel, inlassablement. S’ils n’avaient été coincés au milieu de ce petit dédalle d’immeubles crasseux, s’ils n’avaient pas eu leur champ de vision encombré par tous ces pans de murs usés par le temps, ils auraient peut-être pu voir qu’à l’horizon, le ciel s’éclaircissait, un peu. Ce n’était pas grand-chose, mais ça aurait pu être réconfortant.
    C’est peut-être mon dernier jour en ce bas-monde et je ne pourrai même pas voir l’aube pointer, auraient-ils pu songer.
    Il n’y avait pas de brise pour venir s’engouffrer dans leurs cheveux, pas un souffle pour leur effleurer la peau. Pas un bruit pour venir rompre ce néant auditif dans lequel ils s’étaient retrouvés plongés.
    Ils avançaient en file indienne, sombres silhouettes se découpant sous le halo pâle et tremblotant de quelques lampadaires rescapés de la dernière panne système, et ils étaient seuls dans l’adversité. De fines voûtes vaporeuses s’étiraient devant leur visage au rythme saccadé de leur respiration, disparaissant bien vite dans les airs sans même demander leur reste. Ils étaient seuls dans l’adversité, oui, mais pour eux, cette solitude valait bien mieux que la pire des compagnies.
    Ils s’étaient résignés à croire en eux, croire en ces adultes qui s’imposaient comme leur seule chance de salut. Si les débuts avaient été difficiles, si les avis étaient partagés, ils avaient compris qu’ils ne pourraient faire autrement. A défaut d’être avec des gens qu’ils connaissaient parfaitement, ils se trouvaient au moins avec deux quasi-inconnus aptes à leur offrir cette chose ô combien désirable que l’on nommait Survie. Ils n’avaient même pas eu l’idée de leur demander quelle était exactement cette issue miracle qu’ils leurs promettaient : ils s’en étaient entièrement remis à eux, et cela avait été instinctif. Il restait des accrocs, mais ils avaient le sentiment que ce n’était pas une mauvaise chose, et qu’il aurait été stupide de tenter un périple seuls. Peut-être était-ce l’arme que portait l’homme à sa ceinture, peut-être était-ce la figure rassurante de deux personnes qui semblaient savoir ce qu’elles faisaient, peut-être était-ce une transposition parentale – on avait toujours plus confiance en quelqu’un de plus expérimenté -, ou peut-être était-ce la peur, tout simplement. Cela n’empêchait qu’ils ne posaient plus de questions. Il y en aurait sans doute plus tard, oui. Mais aujourd’hui ils suivaient, gardaient la cadence et ne prononçaient pas un mot. C’était à peine s’ils jetaient quelques regards hasardeux sur ce qui les entourait, c’était à peine s’ils dressaient l’oreille de temps à autre pour guetter, juste au cas où. Non, c’était en fait comme s’ils avaient été coupés du monde – ce qui était un peu le cas, mais plus précisément du monde extérieur, de Nausicaa et de ses ruelles humides, de ses virus et de ses habitants enragés, de Nausicaa, et de sa folie. A présent, il n’y avait plus que le groupe, et les deux. Leur petite meute progressait à pas feutrés, chacun calquant son geste dans celui de l’autre, comme si toute la troupe n’avait été qu’une série d’automates dont la mécanique leur imposait d’enchaîner les mêmes mouvements, au même endroit, au même moment. Ils ne réfléchissaient même plus. C’était à présent le corps qui avait pris le pas sur l’esprit, et c’était l’Instinct qui dominait. Cet Instinct qui les avait conduits jusque là, cet Instinct qui leur avait fait comprendre, avant même que tout cela ne débute, qu’il y aurait certainement une issue tragique. Cet Instinct qui leur disait maintenant que ceux qui devaient réfléchir n’étaient plus des gamins tout juste âgés de dix-sept ans, et encore. Non. C’était à ceux qui pouvaient les sauver de prendre la peine de penser. Eux étaient l’armée et ce couple en amont, leurs généraux. Ne leur restait plus qu’à obéir aveuglément et se jeter à corps perdu dans la bataille.
    Ils étaient prêts à faire ce sacrifice.
    Ils avaient déjà connu ce goût amer qu’occasionnait la perte d’un être cher.
    Ils avaient compris que c’était là quelque chose qui les dépassait et qu’ils devaient abandonner derrière eux. Ils ne pouvaient pas pleurer, pas maintenant. Et dire que tout ça n’était parti que d’un mauvais pressentiment.

    Le chemin leur semblait étrangement familier, à présent. Ils ne regardaient pas la route, mais ils avaient comme une impression de déjà vu tandis qu’ils allaient parmi les venelles. Peut-être parce que tout ça s’était déjà passé quelques heures auparavant. C’était certes dans le sens inverse, mais cela se rejoignait. Ils ne furent même pas surpris lorsque leur tribu quitta la promiscuité des bâtiments pour atteindre une voie à peine plus large. Ils retrouvèrent la plaque d’égout qu’ils avaient délaissé la veille, et retournèrent six pieds sous terre.

    Il fallait voir le bon côté des choses – il fallait toujours leur trouver un bon côté - : si certaines personnes étaient prêtes à donner de l’argent pour visiter des catacombes et autres lieux pouvant attiser les craintes les plus claustrophobes de quelques uns, eux avaient le droit à une visite gratuite – et double, qui plus est – des fantastiques égouts de Nausicaa. Ils avaient de quoi faire des jaloux.
    Il semblait par ailleurs que leur organisme se soit bien vite résigné aux conditions qui s’offraient à lui : les crampes et la fatigue étaient toujours là, certes, mais c’était à peine si la puanteur qui emplissait les couloirs sinueux les incommodait. Cela revenait presque à une simple promenade matinale, histoire de se dégourdir les jambes, de se réveiller ou plus simplement de rallier son lieu de travail, scolaire ou non. Avec une petite pointe d’inquiétude au fond du cœur en guise de bonus. On se serait cru dans un bon vieux Survival Horror comme seuls les japonais savaient les faire – et ce, pour la plus grande fierté de leur collègue nippon. A mesure que le temps passait, les langues avaient fini par se délier, et quelques bribes de conversation étaient apparues. Il n’y avait que Shane, devant eux, qui ne pipait mot, trop occupé à s’aveugler en décryptant l’amas de traits et d’annotations qui figuraient sur leur plan, à la simple lumière de sa lampe torche. Après quelques interventions s’étant le plus souvent soldées par un grommellement incompréhensible accompagné d’un petit hochement de tête de la part de son frère, Alexandra avait abandonné l’idée de savoir comment il s’en sortait pour se tourner vers le groupe de jeunes. Elle avait été surprise – et ce, de manière plutôt agréable – en constatant que le climat dans cette zone-là n’était peut-pas si hostile à son égard qu’elle l’avait d’abord pensé. Elle n’avait pas compris pourquoi, mais avait supposé que leur guide y était très certainement pour quelque chose. Elle ne l’avait bien sûr pas manifesté ouvertement, mais elle avait été soudainement très reconnaissante envers cet homme qui avait fait irruption dans sa vie, quelques années plus tôt, et qui semblait depuis tout faire pour y mettre son grain de sel quelque soit la situation.

    « Vous en avez pour longtemps, une fois là-bas ?

    Elle mit quelques instants avant de comprendre que c’était en fait à elle que l’on s’adressait. Elle finit néanmoins par se retourner en direction de Cindy, qui la fixait impassiblement.

    - C’est très variable, répondit-elle après un bref raclement de gorge.
    - Vous auriez une fourchette de temps ?
    - Ou un couteau, ça marche aussi, éclata brusquement Tsuhiko qui ne pouvait jamais résister à l’envie de décocher l’un de ses si subtils jeux de mots quand il en avait l’occasion.


    Elle eut un sourire amusé, sourire qui, pour une fois, ne disparut pas.

    - Pas même une cuillère… tout dépend de la facilité avec laquelle nous réussiront à y entrer, à nous y déplacer, et à y trouver ce que nous cherchons.

    Enfin, que je cherche, précisa-t-elle silencieusement, mais personne ne souleva sa remarque.

    - Vous savez où chercher ? s’enquit un Axel fermement décidé à ne plus rester sur le banc de touche et à participer à la conversation.
    - Je crois que oui, globalement… hésita-t-elle.
    - Là où on a été ? enchaîna Rose avec rapidité.
    - Oui et non… disons qu’il y a quelques éléments flous sur lesquels il va falloir se pencher une fois là-bas.
    - Vous ne voulez pas simplement prendre un échantillon des vaccins ?
    - C’est ça, oui.
    - Et il y a du flou là-dedans ?
    - Peut-être.


    Axel fronça pensivement les sourcils, triturant machinalement le tissu des poches de son jean dans lesquelles il avait fourré ses mains. Il ne voyait pas vraiment en quoi cela pouvait s’avérer difficile – mais peut-être était-ce là encore l’une de ces choses qui paraissaient de prime abord terriblement simplistes mais s’avéraient en fait être de véritables casse-têtes où s’emmêlaient dilemmes, droits juridiques et autres bonnes mœurs que l’on se bornait à respecter. En attendant, c’étaient ses paroles à elle qu’il trouvait floues.
    Il se sentit tout de suite terriblement con, et excessivement frustré à cette idée.

    - On devrait déboucher directement au Kingdom ? interrogea Elisabeth dans une émergence intellectuelle imprévue.
    - Normalement, oui, si j’ai bien compris ce que Shane m’a dit… ces couloirs devraient nous mener juste derrière le bâtiment. Au moins, on ne sera pas trop exposés quand on sortira, la bouche d’égout est juste à côté d’un petit hangar de stockage. On pourra passer par l’entrée du personnel, normalement. Comme ça, le risque de faire une mauvaise rencontre sera moins grand…
    - Vous dites ça comme si c’était la chose la plus banale que vous ayez jamais eu à faire.
    - Oh, rassure-toi, je suis tout aussi terrorisée que toi… c’est juste qu’à force de vivre au milieu de chercheurs chevronnés, on finit par avoir l’air détaché de tout.


    La fin de sa phrase sembla se perdre dans les ténèbres, tandis qu’elle méditait ses dires avec surprise. C’était bien la première fois qu’elle faisait preuve d’une telle faiblesse… et elle ne savait pas si elle devait trouver ça désagréable ou non.

    - Doit-on vous rappeler que vous n’êtes absolument pas obligée de nous mettre tous en danger et qu’il nous est encore possible de dégager directement de ce trou à cons ?

    Un nouveau sourire éclaircit les traits tirés par la fatigue de la jeune chercheuse.

    - Ne t’en fais pas pour ça… de toute façon, nous sommes tout de même obligés de passer par là. La sortie de secours est dans cette direction.
    - Vous en êtes sûre ?
    - Parfaitement.
    - Dommage…


    Tsuhiko garda un petit ricanement pour lui, et délaissa les deux femmes des yeux pour laisser son regard se perdre devant lui. Leurs relations semblaient toujours assez conflictuelles – même lui qui n’était pas expert en la matière sentait une tension clairement palpable naître entre elles lorsqu’elles discutaient -, mais il lui semblait qu’il y avait du progrès. Peut-être qu’un jour, elles pourraient même prendre un apéritif ensemble et rire de tout cela. C’était peu probable, mais toujours envisageable. Cette histoire leur avait bien prouvé que tout était possible dans le monde contemporain, que ce soit en mal, ou en bien. En attendant, il avait fini par apprécier le fait que son amie mette de côté ses idées et ses valeurs pour tenter de s’intéresser au personnage de la jeune scientifique. C’était quelqu’un d’appréciable, selon lui, malgré sa carapace froide comme la glace sans doute forgée au cours de longues années d’études en solitaire – ce n’était là encore qu’une interprétation personnelle, mais cette fille correspondait bien à l’idée qu’il se faisait de la travailleuse acharnée et recluse sur elle-même comme on en parlait quelques fois. Il l’aimait bien, oui. Et il se demandait même s’il n’en allait pas de même pour Elisabeth.
    Il n’eut pas le temps de mieux réfléchir à cette hypothèse qu’une présence juste à côté de lui attira son attention et le sortit de ses pensées. Rose l’avait rejoint d’un pas rapide.

    - Tu… crois qu’on va en rencontrer, là-bas ?
    - De quoi ? Des zombies ?
    - Euh… ouais…
    - Mmmmh…


    La réponse lui semblait évidente, mais il avait pourtant du mal à l’accepter. Il fallait cependant se résigner à la dure réalité qui était la leur. Plus vite cela serait fait, et plus vite ils pourraient progresser.

    - Je pense qu’on n’y échappera pas, soupira-t-il avec une pointe d’amertume dans la voix. Après tout, c’est là-bas qu’ont lieu les vaccinations.
    - Mais il faut plusieurs heures avant qu’ils soient… zombifiés, si j’ai bien compris, non ? Les vaccinés rentrent chez eux et ne deviennent pas agressifs tout de suite, pourtant ?
    - Bah… je sais pas. Y avait des malades atteints de la Ralliah qui attendaient aussi. Peut-être que ça réagit différemment sur eux ?


    Et il eut un frisson à l’idée d’une horde de mutants surpuissants à la force décuplée par les symptômes combinés de la Mort Rouge et de sa variante. Il se promit de ne plus regarder de film d’horreur avant au moins un mois ou deux.
    Rose, elle, hésita à se coller un peu plus à lui, mais préféra ne pas tenter le Diable et se contenta de baisser les yeux.

    - J’espère que ça va bien se passer…
    - Ouais, moi aussi. Enfin, on a un flingue, c’est déjà ça.
    - Et les munitions qui vont avec ?
    - Hum.


    Nouveau blanc, nouveau regard sceptique, nouvelle hésitation. Nouvelle gène désagréable, et nouvelle improvisation.

    - Je suppose que oui, il a l’air de savoir ce qu’il fait.
    - Oui. T’as raison.


    Et puis, c’était Shane. Ce type qu’elle connaissait à peine et qui ne lui accordait presque aucune attention. Ce type qui lui donnait l’impression d’être un messie descendu sur Terre dans le seul et unique but de les protéger. Ce type sur lequel elle avait sans doute flashé comme un pauvre gamine en rut, et qui lui laissait penser que oui, ils pouvaient le faire, qu’ils en étaient capables. Ce type en qui elle avait une foi absolue.

    - De toute façon, on est arrivés trop loin pour se faire entuber comme des merdes à deux doigts de la ligne d’arrivée. Bordel.
    - Maison close, mon cher, maison close, chantonna Axel qui s’était discrètement rapproché de son compère durant la discussion.
    - Ah ça oui. Putain de maison close de merde, renchérit ce dernier avec rage. Ce que ça fait du bien d’être grossier de temps en temps… hah !
    - Hah Hah !
    - HA HA HA !!
    - HA…
    - Chier…
    - … quoi ?


    Axel se stoppa net dans son élan tandis que le silence se faisait de nouveau parmi l’assemblée. Il s’arrêta, et tourna la tête en direction de Shane, debout à quelques mètres de lui.

    - On a un problème, reprit ce dernier.

    Ils ne lui posèrent pas de question, tout comme ils ne le dévisagèrent que quelques instants. Ils eurent tous le même réflexe, au même moment. Ils pivotèrent d’un seul et même mouvement, et regardèrent en face.

    Shane se tenait en tête de groupe, dressé de toute sa hauteur, contemplant cette même adversité qu’ils avaient fini par apprendre à côtoyer, et qui en arrivait à ne même plus les surprendre.
    Autour d’eux, rien n’avait changé. Les murs étaient toujours sales et continuaient de suinter. Les canalisations continuaient de s’agiter par moments, secouant avec rage les moisissures qui s’obstinaient à vouloir s’accrocher à elles sans y être invitées. L’eau, dans les quelques flaques qui parsemaient le sol, stagnait toujours, tout comme la petite rivière artificielle n’avait de cesse de courir vers l’inconnu, disparaissant dans un trou béant, sur leur gauche. Derrière, du noir. En haut, à droite, à gauche, par terre, du noir. Et devant… un coup dur.
    Ce n’était plus un chemin qui s’étalait à leurs pieds, ce n’était plus une issue.
    Face à eux, face à Shane, il y avait autre chose.
    Face à eux se dressait un mur seulement traversé de seulement quelques tuyaux à l’allure presque rutilante, en comparaison de ce qu’ils avaient pris l’habitude de voir ici jusqu’en cet instant.

    Ils avaient suivi le plan à la trace, et pourtant, ils en étaient là.
    C’était tout simplement un joli cul-de-sac.

    - C’est… dégueulasse, souffla Cindy avec animosité. »

    Et oui, en effet, ça l’était.
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Mira
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 16 Déc 2009 - 17:32

*O* C'est addictif, tu sais ? XD Ca a beau être court, ya rien de meilleur que quelques bons petits paragraphes. Bref, c'est toujours un plaisir de lire ça...

A quand la suite ? What a Face *sors* Tu vas finir par être harcelée, fais attention xD
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 16 Déc 2009 - 18:35

    Merci ^^

    Contente que t'aies pas trouvé ça chiant, j'ai toujours un petit moment d'appréhension quand je termine un chapitre =p
    La suite, hm... ça dépend. Il faut que l'envie de continuer arrive, je préfère attendre d'être inspirée pour pas pondre un truc bâclé. Enfin, ça devrait arriver pendant les vacances.
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Mira
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 16 Déc 2009 - 18:59

Je ne veux pas te presser non plus, vu la vitesse à laquelle j'écris moi, ce ne serait pas correct ^^ Je peux attendre aussi longtemps que nécessaire xD
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 16 Déc 2009 - 19:20

    Vaut mieux pas trop attendre non plus, parce que l'année - scolaire - prochaine, si " tout se passe bien ", j'aurais très certainement plus du tout le temps d'écrire... argh xD
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ]

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Black. [ Histoire complète ]

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