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Black. [ Histoire complète ]

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Black. [ Histoire complète ]

Hax
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MessageSujet: Black. [ Histoire complète ] Dim 19 Oct 2008 - 14:00

    EDIT IMPORTANT.
    Un ami m'a dégotté un site de publication. Donc, je vous annonce que vous pouvez à présent acheter Black en bouquin ou en version téléchargeable. J'ai fixé un prix aussi bas que possible - j'ai 1€ de revenu personnel sur le livre - dans la mesure où c'est quand même pas du grand art. Sachez que la version achetable présente un texte corrigé. La correction est minime - globalement le chapitre 1 est celui qui a subi le plus de modifications parce que je trouve l'original vraiment à chier XD - et vous ne perdrez donc rien à vous contenter de la version qui suit. Néanmoins... vous pouvez donc acheter si vous appréciez vraiment l'histoire et estimez que ça vaut la peine de dépenser un peu d'argent pour elle. Voici donc le bouton, clickez dessus et vous verrez bien...
    Support independent publishing: Buy this book on Lulu.


    [Non, il n'y a aucun rapport avec les chevaux.
    J'ai commencé Black vers Octobre ou Novembre dernier. Le chapitre 2 n'a été écrit que cet été x3
    Edit tardif : bon, ça fait deux ans maintenant... pour être clair, j'ai débuté l'écriture de cette histoire en milieu de seconde, et actuellement, je suis en terminale.
    Edit encore plus tardif : et maintenant en prépa //pan// ]

    Une petite précision : comme dit juste au-dessus, les premiers chapitres datent assez. Je pense que je pourrais y apporter un certain nombre de corrections - j'avais arrangé quelques trucs parce que je m'ennuyais - mais j'ai pour l'instant pas vraiment la foi de le faire. Si je réussis à terminer Black, je reviendrai sur tous les chapitres. En gros, je pense que les derniers parus sont mieux que les premiers, quoi. Evolution oblige.
    Deuxième précision post-terminage : bon. A présent que j'ai réussi à tout boucler, je vous annonce qu'il peut y avoir quelques petites incohérences entre le début et la fin de la fic'. Je travaille là-dessus actuellement.
    La troisième c'est la bonne : j'ai enfin une correction complète, une version finale. Le truc, c'est qu'avec le balisage, et autres, je me vois mal tout uploader... dans l'immédiat, je dois faire lire ça à quelques personnes, je verrai bien ensuite. Ma vie. Yeah.







Black

Shade.




      Prologue.


    A
    ujourd'hui, il faisait beau – comme toujours. Aujourd'hui, c'était sous un soleil de pixels et de plomb que le monde d'en bas grouillait.
    A l'ombre des néons et des lumières, la fourmilière s'activait.
    Il y avait les travailleurs qui passaient en file indienne, attachée-caisse en main, se frayant un chemin au milieu de la masse, fendant la foule avec habileté.
    Il y avait les promeneurs qui traînaient la patte entre deux allées, mus par un but indistinct que sans doute eux seuls connaissaient.
    Il y avait les mères de famille, les nounous, avec leurs gamins. Il y avait les vieux qui circulaient avec paresse dans un concert de craquements d'os, leur casquette sur la tête, leur avenir derrière eux. Il y avait les débauchés, qui quémandaient à manger, leur pancarte à la main. Eux, personne ne les voyait.
    Oui, il y avait du monde.
    Et il y avait, au milieu de tout cela, un Gros Bonhomme Sombre.
    Tout de noir vêtu, il longeait les murs, frôlait de peu les gouttières – ne les touchait jamais. Se coulant dans les rues, félin, il filait contre le vent. Ignorant le crissement de pneus qui accompagna un ralentissement brutal – et les injures qui l'accompagnaient -, il coupa soudainement peuple et route, passa de l'autre côté.
    A partir de là, l'espace fut dégagé.
    Il accéléra sur le parking. Les voitures se succédèrent.
    Il monta les marches, mains dans les poches.
    Sur son passage, les hautes portes de verre s'ouvrirent sur un concert de mélodies et de cris, un flot de paroles. Les haut-parleurs crachaient leurs promesses au visage de qui voulait les entendre – personne ne les écoutait. Alors, dépassant un caddie bourré de sachets de papier et sa femme de compagnie, il s'engouffra dans le centre commercial.
    Sa cigarette jetée, il disparut.

    A l'entrée du haut bâtiment de ciment et d'acier, une vieille mégère, tractes en main, arpentait la zone, tentait vainement d'attirer l'attention, se débattait dans l'indifférence la plus totale, et annonçait, de sa voix éraillée par les âges, que bientôt, eh bien, tout ceci prendrait fin.






Chapitre 1 : Où la joie se frotte au désespoir.




    Il est des histoires que l’on croirait sortant d’un film tant elles peuvent sembler folles. De la romance inattendue entre deux êtres que tout paraît opposer au quiproquo anodin entraînant ses protagonistes dans une folle aventure, ces histoires que l’on pourrait qualifier de « niaises » ou « absurdes » subsistent néanmoins. Ainsi un groupe de lycéens vécut ce qui fut sûrement l’expérience la plus traumatisante de leur vie. Et il y avait de quoi.

    Six heures. Le réveil sonne, arrachant Tsuhiko à son sommeil. Maudissant cet objet dépourvu de toute forme d’intelligence l’ayant forcé à quitter les doux bras de Morphée, le jeune homme d’origine nippone aplatit violemment sa main sur son compagnon toujours prêt à lui rappeler qu’il était l’heure de se lever, arrêtant ainsi le piaillement éreintant dudit faux ami. C’est donc la mort dans l’âme que l'adolescent quitta sa chambre et abandonna définitivement ses rêves pour la matinée, avant de se rendre dans la cuisine pour avaler ce qui serait sans nul doute « un petit déjeuner d’anthologie. »
    Ayant rapidement engloutit onigiri et autres plats de son pays, il se hâta d’aller dans la salle de bain pour prendre une douche - et par la même occasion se réveiller complètement.
    Une heure plus tard il était fin prêt. Il se plaça devant une glace, rajustant une dernière fois l’une de ses mèches rebelles - « effet de style tout simplement trop subtil pour que tu puisses le comprendre », voilà ce qu’il répondait à ceux qui lui demandaient pourquoi il s’acharnait à se rendre au lycée avec une coiffure aussi excentrique. On voyait bien qu’ils n’avaient jamais vu Tokyo. Et à bien y réfléchir mais il n’osait se l’avouer, Tsuhiko non plus n’était jamais allé au Japon, étant né en France six ans après que ses parents aient décidé de s’installer dans l’hexagone et, finalement, d’y rester définitivement. Sa crinière de jais enfin domptée, il darda ses beaux yeux noirs - atout majeur lorsqu’il s’agissait de soutirer aux filles les réponses aux devoirs de mathématiques les plus complexes - sur une petite boîte en ébène posée à côté de lui. Il avait failli oublier la touche finale à sa panoplie clinquante. Il retira délicatement le couvercle et attrapa un pendentif en argent trônant dans le petit coffret. Une croix richement décorée qu’il avait un jour trouvée dans une boutique et sur laquelle il avait immédiatement flashé. Attachant l’objet à son cou, il jeta un dernier regard à son reflet, et une fois de plus ne put que soupirer devant sa grande beauté. Tsuhiko Yamanaka était narcissique, et c’était tout en son honneur car qui aurait pu rester stoïque face à quelqu’un pourvu d’un physique comme le sien ? Grand, mince, les traits fins, le regard un tantinet rêveur, il en était sur : il était l’homme parfait.


    Cela faisait près d’une demi-heure qu’elle attendait sur le trottoir. Elisabeth Leroy - Dieu qu’elle détestait ce nom de famille, si banal, si fréquent… - avait toujours eu tendance à être en avance, voire même trop. Cette jeune fille à l’allure masculine, souvent critiquée par les lolitas de l’établissement à cause de cela, était dans la même classe que Tsuhiko - classe qui, soit dit en passant, partait aujourd’hui pour un voyage scolaire. Emmitouflée dans son manteau, un léger nuage de vapeur se formant devant sa bouche, elle poireautait dignement comme à son habitude, ses longs cheveux bouclés retombant nonchalamment sur ses épaules en deux cascades dorées. Se demandant comment diable il pouvait faire aussi froid par une matinée de printemps, elle s’obstinait à donner des coups de pieds dans un morceau de plastique émergeant au milieu du béton, les mains fourrées dans ses poches.

    « T’es toujours en avance.

    Elle fut sortie de sa rêverie par la voix de Tsuhiko, qui s’était discrètement glissé à ses côtés sans qu’elle ne s’en aperçoive.

    - Ta gueule.
    - Oh oh, ravi de te voir moi aussi, répliqua-t-il sur ce ton charmeur qui parvenait à faire craquer toutes les demoiselles à l’exception son amie, pour son plus grand désarroi.
    - Me parle pas comme ça, tu sais que ça marche pas sur moi.
    - Ah, toujours aussi agréable. Allons allons, qu’est-ce qui t’arrive pour que tu sois d’aussi mauvaise humeur ?
    - Rien. J’aime pas me lever tôt, c’est tout.
    - C’est de notoriété publique que tu n’es pas du matin.


    Il ne put retenir un bâillement.

    - Et moi non plus d’ailleurs.

    Voyant qu’elle ne répondait pas, il reprit.

    - Alors sinon, t’es prête pour le grand voyage ?
    - Grand voyage mon œil. On ne fait qu’aller à Nausicaa.
    - Nausicaa, Nausicaaaaaaa ! Nous voilààà !
    - Ferme-la !
    - Quelle rabat-joie. Nausicaa tout de même !
    - Tiens, en voilà d’autres qui arrivent. Va donc les voir et fiche-moi la paix.
    - Désolé mais je n’ai absolument pas envie de t’abandonner là à ton triste sort. Je reste ! »


    Elisabeth soupira. Ah, comment faisait-il pour être aussi actif dès le matin ? Et en plus elle allait sans doute avoir à supporter sa compagnie toute la journée. Nombre de filles auraient donné cher pour se retrouver à sa place. Et bien pourquoi n’allait-il pas les voir ? Mystère.

    Une fille brune les rejoignit bientôt, posant ses yeux émeraude un peu partout autour d’eux, regardant qui était déjà là. Elle était suivie de près par deux autres garçons : l’un, d’une taille légèrement inférieure à la moyenne, avait les cheveux châtains et les yeux marron, l’autre, plus grand, arborait une fière teinture d’un rouge vif et ses yeux étaient aussi noirs que les vêtements qu’il portait.

    « Salut à vous les gens ! dit ce dernier.
    - Axel, tu me sembles bien joyeux aujourd’hui, dit Elisabeth. Salut à vous aussi, Raya, Karl.
    - ‘Low, dit Raya, d’une voix dépourvue de toute joie.
    - Salut, ajouta Karl.
    - Mes amis, vous êtes aussi joyeux que ce triste zombie qui me tenait compagnie en attendant votre venue ! s’exclama Tsuhiko, donnant une tape dans le dos d’Axel, son acolyte de toujours.
    - Ta gueule.
    - Lisa, voyons, un peu de tenue tout de même. Une fille ne devrait pas tenir ce genre de propos !
    - Lâche-la, Tsu, soupira Raya en allant rejoindre son amie.
    - Vous faites la paire toutes les deux, aussi déprimantes l’une que l’autre. Sinon Karl, que nous racontes-tu de beau, t’es pas bien bavard aujourd’hui !
    - Barf, mes parents se sont encore disputés hier, la m***e quoi. Je commence à en avoir sérieusement marre de leurs querelles à la noix, ils me prennent le chou à un point inimaginable.
    - Pfeuh tu parles, t’inquiète ça s’arrêtera bientôt, ils vont divorcer et puis tout rentrera dans l’ordre, affirma Axel. J’ai connu ça moi aussi tu sais… »


    Leur conversation fut rapidement interrompue par l’arrivée du bus. Les professeurs accompagnant les jeunes gens dans leur sortie commençaient à faire l’appel, aussi durent-ils rejoindre le reste de la classe.
    Puis tous montèrent dans l’autocar après avoir déposé leurs sacs dans la soute, et ils partirent. Evidemment Tsuhiko s’était mis à côté d’Elisabeth, pour son plus grand malheur. Derrière eux se trouvaient Karl et Axel, Raya quant à elle s’était mise dans la rangée de droite, juste à côté d’eux. La troupe s’était placée vers l’arrière du car dans le but d’esquiver le fan club de Tsuhiko qui tentait toujours de s’imposer auprès d’eux. Ils avaient réussi sur ce coup-là, car toutes les places autour d’eux étaient déjà prises et ainsi ils demeuraient hors d’atteinte de ce que Raya appelait : « La menace pouff’. » Ils partirent donc tous pour Nausicaa, impatients d’atteindre la fameuse ville.

    Nausicaa faisait partie des nombreuses cités sous-marines qui avaient été créées à partir de 2008. Une grande avancée technologique qui avait révolutionné le monde.
    Mais de toutes ces villes Nausicaa était la plus connue. Positionnée au milieu de la mer méditerranée, c’était là notamment que des chercheurs menaient de nombreuses études sur des choses aussi diverses que variées. On racontait notamment qu’ils étaient sur le point de trouver le remède à une maladie apparue il y a peu qui faisait des ravages : la Ralliah. Le virus de la Ralliah avait d’abord été découvert chez les singes, notamment les babouins et les gorilles. Puis l’on s’aperçut que d’autres espèces animales pouvaient s’avérer en être porteurs, comme les oiseaux et les bovidés. Et un jour des cas humains furent recensés. Tout d’abord peu nombreux, les hommes et les femmes atteints de la Ralliah, « Mort rouge » comme on l’appelait, avaient atteint un nombre de plus en plus conséquent jusqu’à ce qu’un habitant sur 10 soit contaminé.
    Les symptômes de cette maladie ressemblaient tout d’abord à ceux d’un banal rhume : mal de gorge, toux, fatigue, nez bouché. Puis le sujet commençait à avoir de la fièvre et sa température montait à une allure vertigineuse, les malades faisant parfois des crises de folie assez dangereuses, leur comportement ressemblant alors plus à celui d’un animal enragé qu’autre chose. Et enfin les cellules de leur cerveau s’autodétruisaient, ce qui les conduisait à une mort certaine.
    Mais heureusement pour nos héros la France n’était pas encore trop touchée (et cela tenait du miracle, car tous les pays alentours étaient infestés de malades.) Personne cependant n’avait encore découvert comment le virus se transmettait. Toujours est-il qu’il fallait trouver une solution, et vite.

    Cependant l’heure n’était pas à la réflexion pour la classe de première S. Pour l’instant nos amis étaient surtout occupés à regarder distraitement la mer qui s’étendait à perte de vue autour d’eux. La seule façon de pénétrer dans la cité sous-marine étant de prendre un gigantesque ascenseur descendant directement dans les profondeurs abyssales, le bus se trouvait actuellement à bord d’un ferry les conduisant à la station B-31, plate-forme flottante d’où l’on pouvait descendre pour Nausicaa. Cela faisait à présent environ 3 heures qu’ils avaient délaissé la terre ferme pour naviguer à un bon rythme. Ils arriveraient dans environ 15 minutes, aussi les élèves, qui avaient bien entendu quitté le véhicule, devaient à présent retourner à l’intérieur.

    « Nous y sommes bientôt ! Nous y sommes bientôt !! clamait Axel.
    - Nausicaa, nous voilà !!! lança Tsuhiko.

    Raya et Elisabeth s’échangèrent un regard exaspéré. Ces deux-là, avec leur entrain et leur dynamisme naturel, formaient vraiment un duo de joyeux lurons. Un peu trop d’ailleurs, au goût des deux jeunes filles.
    - Tu causes vraiment pas beaucoup aujourd’hui, Karl… finit par dire Raya.
    - Ben… Disons que je sais pas… J’ai un étrange sentiment.
    - Allons tu sais, que pourrait-il se passer ? Les murs protecteurs englobant la ville sont connus pour leur solidité ! Du titane je te dis, du titane ! affirma Tsuhiko en attrapant le jeune homme par l’épaule.
    - Et comment ! Transparent pour que l’on puisse admirer la faune et la flore sous-marines, dur comme du granit, la sécurité est assurée ! renchérit Axel.
    - Peut être… J’en sais rien… C’est étrange tout de même. Je n’ai jamais ressenti ça auparavant.
    - T’as le trac ? Non, je sais ! Tu t’es trouvée une petite copine ? Ou alors tu comptes lui déclarer ta flamme ? Allez, qui c’est ? Avoue !
    - Ta gueule, Axel.
    - Oooh, Lisa-chan, tu n’es pas très gentille avec ce pauvre Axel. Serait-ce toi, la conquête de notre petit allemand ?
    - Tsuhiko… grommela la jeune fille aux cheveux d’or.
    - Lalalalalaaaaaaaaa… Il l’aime, elle l’aime, la vie est belle !


    A présent les deux compères chantonnaient leur petit air inventé à tue-tête en sautillant à leurs côtés. Raya se rapprocha d’Elisabeth et de Karl, qui ruminaient dans leur coin.

    - Ah ces deux-là…
    - Quels abrutis ! rugit Elisabeth.
    - Tu l’as dit. Mais ne t’en fais pas, Karl. Le seul risque qu’on encoure à venir ici, c’est de virer schizophrène à force de trop les fréquenter. »


    Et elle les désigna du pouce tandis qu’ils étaient occupés à tenter de coller un chewing-gum sur la robe de l’une des innombrables supportrices du grand « Tsuhiko-sama ».

    Ils retournèrent tous s’asseoir dans le bus, et enfin la station fut en vue. Suite à l’excitation montante de Tsuhiko, Elisabeth s’était discrètement glissée à côté de son amie. Certes le jeune nippon avait bien protesté, mais des cris répétés et perçants les interrompirent.

    « AAAAH ! MAIS QUI A MIS UN CHEWING-GUM SUR MA ROBE ??!!

    Eclats de rire de la part des deux coupables, qui se calmèrent néanmoins sous le regard assassin que leur lança Mrs. Santiag, leur professeur d’Italien.

    - Cindy Rosbel ! Je vous prie de vous calmer un peu ! Et ça vaut aussi pour vous deux là-bas !

    Silence total. Alors le ferry arriva enfin à bon port, et le bus redémarra.

    - Bien, c’est mieux ainsi ! Observez avec attention le paysage, nous allons descendre pour Nausicaa ! »


    Acclamations des élèves, puis ils pénétrèrent enfin dans le grand ascenseur, qui entama finalement sa descente, les entraînant avec lui dans l’immensité bleue où se trouvait, à quelques kilomètres de profondeur, la célèbre ville sous-marine. C’était dans l’euphorie que débutait cette aventure qui allait bientôt devenir cauchemardesque…



Dernière édition par Shade le Mer 27 Juil 2011 - 9:52, édité 24 fois
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Dim 19 Oct 2008 - 14:00

Chapitre 2 : Welcome to Nausicaa





    Tout d’abord ils ne virent que du bleu. L’ascenseur de verre continuait de descendre inexorablement, plongeant dans les ténèbres abyssales, se fondant dans l’ombre, toujours plus loin, toujours plus profond. Autour d’eux se dévoilait peu à peu un monde nouveau, bien différent de celui qu’ils avaient l’habitude de côtoyer. Des bancs de poissons nageaient par-ci par-là, plus ou moins gros, certains plus ternes que les autres. Au fur et à mesure de leur progression les êtres qu’ils croisaient devenaient de plus en plus effrayants : les quelques dauphins qu’ils avaient eu la joie de voir avaient laissé place à des créatures dentues et difformes.

    « Aaaah ! Un monstre ! piailla Rose, l’une des « pouff’ » que redoutait tant Raya.
    - Où ça ?! Mooontreuh ! hurla Axel en se collant à la vitre, manquant au passage d’écraser la jeune fille. »


    Raya soupira. Mais bon sang, daignerait-il un jour bien vouloir s’acheter un cerveau ? Elle ferma les yeux. D’aussi loin qu’elle le connaissait, il avait toujours été comme ça. Têtu, casse-cou, excentrique. Et cela semblait même s’être empiré après la séparation de ses parents.
    Elle le connaissait depuis l’école primaire, où elle avait aussi fait la connaissance d’Elisabeth, de Tsuhiko et de Karl. Ils s’étaient tous retrouvés dans la même classe en CM1, et à partir de là ne s’étaient plus quittés – ce qui au vu des années passées et du système scolaire en place à cette époque tenait plus du miracle qu’autre chose.
    Elle se souvenait encore de sa rencontre avec le jeune homme. C’était le jour de la rentrée scolaire, qui alors était le pire événement de l’année selon elle. Raya avait toujours eu un tempérament assez solitaire, n’aimant guère la compagnie des autres, qu’elle trouvait trop « différents ». Pourquoi riaient-ils, pourquoi courraient-ils toujours, de partout, de toutes parts, en avant, en arrière ? A quoi bon dépenser inutilement son énergie, puis tomber, se faire mal. Se relever, reprendre sa course, et chuter de nouveau. Tout cela… Elle ne le comprenait pas à l’époque. Mais il lui avait ouvert les yeux. Ce fameux jour où il lui avait adressé la parole, elle avait compris que celle qui n’était pas comme les autres, c’était elle. Mais que malgré sa différence, il existait des gens qui pouvaient l’accepter.

    Elle avait alors neuf ans. Le premier jour d’école s’était enfin terminé, et elle marchait, ses yeux fixant le sol sans même le voir, ailleurs, comme toujours. Raya n’écoutait jamais en classe, elle rêvait. Et évidemment ses résultats scolaires étaient assez faibles, trop faibles. S’étant habituée à subir les foudres de ses parents pour ses résultats scolaires plus que médiocres, elle ne bronchait même plus lorsqu’ils lui vociféraient mille et une injures. Le crépuscule projetait autour d’elle des reflets orangés, donnant aux nombreux immeubles qui l’entouraient des teintes rougeoyantes, étirant les ombres en des formes allongées et abstraites, masses informes qui semblaient fuir, fuir encore et toujours vers le lointain, s’éloignant autant qu’elles le pouvaient de cette immense boule lumineuse et brûlante qui chaque soir leur donnait la chasse, trompetant un air muet qu’elle seule semblait être capable d’entendre. Les troncs métalliques et décharnés des poteaux électriques défilaient à allure régulière de part et d’autre de la jeune fille qui continuait sans broncher sa marche, à l’image d’un condamné résolu au pire se dirigeant vers la salle où tout prendrait fin, là où on lui ôterait la vie et où le noir reviendrait – car il revient toujours ! – et l’engloutirait. On naît au milieu des ténèbres, et il est impossible de leur réchapper. Là où l’on redevient poussière, l’ombre s’empare de nouveau de nous et se repaît de notre chair avec délectation.

    Tu ne peux pas m’échapper. Fuis tant que tu le pourras. Tu ne peux pas m’échapper.



    Mais tout cela était bien loin de son esprit à ce moment-là – peut-être ? Car après tout, peu pouvaient se vanter de savoir exactement ce à quoi pouvait penser une jeune fille comme Raya, 9 ans révolus, ses longs cheveux bruns et raides s’étirant de tous côtés de son visage si fin, ses longues mèches dissimulant alors ses grands yeux verts et résignés – et elle marchait. Des milliers de questions sans importance ne se bousculaient pas dans sa tête. Non, maman, je ne veux pas savoir pourquoi. De toute façon, la réponse aurait toujours été la même : parce que. Bien sûr, elle n’était pas dupe, et savait pertinemment que toutes ces questions que posent les enfants n’avaient pas de sens réel et que leurs réponses appartenaient à un tout désigné, une entité quelconque, quelque chose qui était comme cela, ainsi, et c’était tout. Il n’y avait pas à discuter. Elle ne demandait pas. Elle attendait. Et c’était dans sa torpeur continuelle, son mutisme total qu’elle rentrait chez elle. Là, une fois la porte franchie, sa mère lui demanderait comment cela s’était passé, elle lui bafouillerait quelques phrases quasi-inaudibles et irait dans sa chambre, et là elle s’allongerait sur son lit, contemplant silencieusement le plafond de la petite salle, et elle demeurerait ainsi, inerte, attendant. Comme toujours. Obéissant depuis son plus jeune âge à un traintrain quotidien et routinier, elle n’imaginait même pas qu’il eut pu se passer autre chose que ce à quoi elle s’attendait. Elle n’avait pas vu le petit garçon brun qui trottinait derrière elle, zigzaguant entre les poubelles, cartons et autres déchets jonchant le sol gris de la rue, l’observant attentivement, se cachant pour qu’elle ne s’aperçoive pas de sa présence. Non, elle était dans sa bulle, à l’écart du monde extérieur. Bien sûr, cette absence de conscience avait d’abord inquiété ses géniteurs qui soupçonnaient leur fille d’être atteinte d’une possible maladie mentale. Dégénérescence du système nerveux ? Malformation cérébrale ? Ils avaient fait passer à la fillette un nombre incalculable d’examens, l’avaient envoyée chez plusieurs psychologues, la trimballant de part et d’autres de la ville – et plus loin encore – comme une vulgaire poupée de chiffon. Cela n’avait fait qu’empirer la chose, conduisant leur petite descendance dans un tunnel abrupt et sans bout, la faisant chuter dans les méandres de son subconscient. Elle avait fini par s’isoler totalement. Et eux, ils ne pouvaient le supporter.

    Le garçon, lui, ne faisait que la suivre. Le bruit de ses pas était amorti par les semelles à coussins d’air de ses baskets haute qualité, et il la détaillait, elle. La sorcière, le fantôme.
    Les paroles de son ami se répercutaient encore dans sa tête, et il ne pouvait s’empêcher de se remémorer inlassablement la conversation qu’ils avaient eu ensemble juste avant de se séparer à la sortie de l’école :

    « Eh, t’as vu, la sorcière s’en va !

    Surpris, il s’était alors arrêté de courir, le ballon en mousse toujours en main.

    - Sorcière ?
    - Ben ouais, Axel ! La sorcière ?


    Edward Bachman. 9 ans, élève de CE2 à l’école Rousseau, dans une grande métropole située quelque part en France, près de la mer Méditerranée. Ed, Eddie. Lui était un battant, un morveux plein de ressource, gamin ayant en lui l’âme d’un chef qui se démarquait tout de suite des autres petits moutons pour en devenir le tyran bienfaiteur. C’est moi qui décide et pas vous, parce que je suis Edward Bachman et qu’il en est ainsi. Voilà ce que nous disait le jeune garçon au travers de son corps, de ses expressions butées, de sa capacité à prendre le dessus et de sa voix nasillarde qui cependant résonnait aux oreilles des autres bambins comme celle d’un général de grande envergure s'adressant à ses troupes fidèles et dévouées.
    Eddie n’était qu’un sale nabot trop gâté par ses parents, celui qui avait toujours le dernier jouet nouvelle génération et des vêtements haut de marque. Eddie était le maître incontesté de la petite récréation, celui qui dictait sa loi et décidait de qui était respectable et qui ne l’était pas. Et Ed avait aujourd’hui décidé de faire de Raya sa nouvelle tête de Turc.

    - Qu’est-ce que tu veux dire ?
    - Ben, t’as pas vu ? C’est une sorcière !


    Silence consternant de la part de son interlocuteur. Magnifique reprise de Bachman :

    - Elle est BI-ZARRE !

    Quel homme. Il avait toujours su s’exprimer dans un langage clair et pourtant raffiné. Son être-même luisait l’intelligence et en illuminait les alentours, faisant baigner ses fidèles esclaves dans les rayons bienfaiteurs d’un esprit vif et calculateur.
    Expression d’incompréhension de la part du jeune Axel.

    - Non, je vois pas.
    - Mais Axeeeelleuh !


    Quoi ? Il voulait quoi ? Qu’il se mette à lui baiser les mains en l’implorant de s’excuser, pardon maître mais mon petit esprit embrumé ne parvient pas à saisir toutes les subtilités de votre langage si parfait, si…

    - Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
    - Elle joue pas. »


    S’étaient suivies de nombreuses explications sans queue ni tête que le garçonnet avait écoutées sans broncher, attendant patiemment que le morveux ait fini de déblatérer à une vitesse alarmante ce flot de paroles insensées qui semblait s’écouler hors de sa bouche. « Comme si un barrage avait cédé à l’intérieur de lui » avait-il songé. Oui, Axel voyait bien que Raya, elle jouait pas au foot avec eux, elle braillait pas avec les autres filles. Mais était-ce une raison ? A croire que oui. Enfin, selon Sa Majesté Bachman. Alors bon, si lui il le disait, il fallait bien qu’il aille voir de quoi il s’agissait, après tout.
    Et voilà où il en était, en ce premier septembre 2005. Il suivait la sorcière. Juste pour voir. Mais il commençait à se lasser de ce petit jeu, et finalement, sur ce qui s’apparenta à un coup de sang, il la dépassa rapidement avant de se planter devant elle, la toisant durement.

    Raya s’arrêta, surprise. Ses yeux s’ouvrirent en grand avant de retrouver leur taille normale, et elle regarda celui qui à présent lui bloquait le chemin.

    « Que…
    - POURQUOI ?!


    Elle écarquilla de nouveau les yeux. Pourquoi ?

    - Parce que. »

    Une expression désespérée se peignit sur le visage du jeune garçon. S’il y avait bien une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’était visiblement une réponse de ce genre…


    Mais à présent ceci appartenait au passé et elle ne voyait pas l’utilité de se remémorer de tels évènements, aussi bienfaiteurs soient-ils, en de telles circonstances. Et de toute façon, des cris d’émerveillement la tirèrent de sa rêverie… à croire qu’au fond d’eux, ses camarades n’avaient encore que 9 ans pour beugler de la sorte.
    Elle se redressa, s’étant légèrement avachie sur son siège, pour regarder à son tour par la fenêtre. Et il fallait dire qu’il y avait de quoi crier, car ce qu’ils avaient à présent l’occasion de voir était un spectacle époustouflant, ce genre de scène qu’on a sans doute l’occasion de voir qu’une seule fois dans sa vie et encore.

    C’était là. Des milliers et des milliers de lumières s’étendaient devant eux, le tout bien abrité sous une sorte de bulle gigantesque. Du bleu, du jaune, du blanc, du rouge, du vert… De partout, ça brillait, ça luisait. Et plus ils s’approchaient, plus ils voyaient, plus cela se distinguait et se formait, les formes s’affinaient et Nausicaa prenait vie devant eux. Des immeubles immenses, sombres et impressionnants, majestueux, imposants. Ils se dressaient tous aussi hauts les uns que les autres, gratte-ciels poussant ainsi au milieu du rien qu’offrait la mer, colosses de ciment et d’acier qui étendaient vers le ciel leurs antennes et leurs têtes carrées et anguleuses. Ca grossissait, s’étalait et progressait. Là, au milieu, comme encerclé par toutes ces tours, un gigantesque dôme s’ancrait dans le sol, son toit lumineux reflétant mille et une couleurs apaisantes bien que pourvues d’une joie indéfinissable. De part et d’autre des voitures, volantes ou non, circulaient, menaient leur petite vie paisible en une multitude de petits points lumineux qui s’agitaient de toutes parts. Des routes, des établissements lumineux… On se serait cru à Las Vegas, en mieux. Cela contrastait tellement avec l’univers au creux duquel la ville se trouvait… Ici, ces êtres monstrueux qui peuplaient les eaux étaient à présent semblables à de joyeux clowns, bêtes de foire qui ne seraient là que pour embellir encore plus la cité sous-marine. Là, près de l’endroit où aboutissait l’ascenseur, on pouvait voir une rangée de grandes lettres lumineuses, lettres se suivant et formant une phrase universelle, que tout le monde pouvait comprendre et ce quelle que soit son origine…

    « Welcome To Nausicaa. »

    Un poids vint brusquement la sortir de sa contemplation. Quelque chose s’appuyait contre elle…

    « Eh ben, ça c’est du grand art, lança joyeusement Axel, lui faisant un petit clin d’œil amical. Car oui, c’était bien lui qui avait choisi de se coller à elles histoire de profiter un peu de la vue qu’offrait leur portion de vitre.
    - Ils n’ont pas peur des factures d’électricité, lâcha-t-elle d’un ton morne.


    Il esquissa un léger sourire.

    - Tu ne vois décidément que le mauvais côté des choses.
    - Je sais. Tu me l’as déjà dit.
    - Bien, je suppose qu’on ne peut rien y faire, et ce ne seront pas ces nombreuses années à tenter de t’éduquer convenablement qui changeront la donne, soupira-t-il.


    Et avant qu’elle ne puisse répliquer, la voix d’Elisabeth vint l’interrompre :

    - Mais dis-moi, toi, ne te gêne pas surtout ! Pousse ton gros derrière de là !

    Axel disparut soudainement de sa vue, tiré en arrière par la jeune blonde qui, dans un élan se voulant protecteur, le renvoya valdinguer un peu plus loin. Esclaffement de la part de notre compère japonais, qui finit par clamer :

    - Ouais, Triple Axel fait un vol plané !
    - N’abuse pas, Petit Pétale de Rose, où il risque de t’arriver la même chose…
    - Ooh, Lisaaa-chan montre les dents, j’en tremble de peur.

    Elle faillit répliquer mais s’abstint. De toute façon, cela ne servait absolument à rien d’avoir ce genre de conversation avec lui. N’avait pas de fin. Etait totalement stupide, et épuisant. Mais de toute façon, un son strident suivi d’un tremblement leur indiqua qu’ils arrivaient au bout du chemin. Et ne résistant pas à la tentation, le jeune japonais rajouta d’un ton presque sérieux :

    - Houston… On touche le fond. »

    S’ils avaient su…



Dernière édition par Shade le Mer 27 Mai 2009 - 9:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 28 Jan 2009 - 21:20

J'aime énormément ton histoire (:
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Dim 8 Mar 2009 - 20:27

    Merci, c'est sympa de commenter ^_^
    Finalement, la suite. Plus court que le dernier, m'enfin.

Chapitre 3 : Avant la tempête.




    La porte de verre s’ouvrit silencieusement, dévoilant finalement aux élèves le nouveau monde dans lequel ils pénétraient. Et au flot d’exclamations des lycéens se joignit finalement le tumulte de la vie urbaine. A croire que la vie sous l’eau n’était pas aussi silencieuse que l’on pouvait se l’imaginer. Quelques coups de klaxon, les pas qui résonnent, les voix qui s’entremêlent… mais malgré tout, c’était plus là une sorte de berceuse qu’un vacarme assourdissant, et il était facile de se laisser aller au doux rythme de cette étrange mélodie. Mais ils n’avaient pas le temps de s’attarder là-dessus. Il leur fallait y aller. Ils auraient bien le temps d’admirer le paysage en chemin.

    « Que tout le monde se réunisse, suivez-moi ! »


    La voix de leur professeur principal, Mr. Darraut, maître dans l’art de l’hypnotisme, homme dont la capacité à vous ensommeiller lorsqu’il discourait au sujet de tangentes et d’asymptotes était tout bonnement ahurissante, se détacha tant bien que mal de tous ces bruits nouveaux et curieux. Et tandis que le groupe se resserrait un peu plus…

    « Et où veut-il qu’on aille, franchement ?
    - Je n’en sais rien, soupira Elisabeth, qu’Axel avait rejoint – quoi qu’il ne se fut pas réellement éloigné d’elle.
    - Les professeurs sont des habitués des discours inutiles, lâcha Raya d’une voix tout aussi morne que d’habitude.
    - C’est pour ça que je ne les écoute pas ! beugla finalement Axel avant de s’en aller d’un pas triomphant en direction d’un petit présentoir posté non loin d’eux. Eh bien, il a la côte, ce centre de recherche !


    Et il se retourna vers elles, brandissant avec fougue un petit prospectus sur lequel on pouvait sans difficultés lire les lettres KI, abréviation symbolique de Kingdom Institute.

    - Quels cons. Ils ont dû donner un nom anglais à leur centre de recherches histoire de se la jouer. C’est lamentable d’avoir à en arriver là, tout de même.
    - Hey, Rayaa-chan, tu abuses un peu tout de même, ça en jette ! »


    La jeune fille se retourna vers Tsuhiko, qui se tenait à présent aux côtés de Karl. Karl qui, lui, semblait totalement ailleurs. Mais ce n’était pas vraiment étonnant, venant de sa part.


    Karl Rider, 16 ans, 43 semaines, 7 heures et 3 minutes. Né de parents aux origines allemandes, venus s’installer il y a de cela plusieurs années dans le Sud de la France dans le but de changer de vie. Adieu, nuages gris annonceurs de pluies diluviennes, et bonjour, soleil radieux et côte d’azur. L’industrialisation de masse avait réduit l’Allemagne à une immense exploitation polluée, où cancers et maladies mortelles et malignes pullulaient. Allemagne, premier pays Européen où la Ralliah avait fait son apparition. Allemagne, état aujourd’hui privé de la moitié de ses habitants pour cause de maladie. Allemagne, zone de décadence que l’on considère comme totalement condamnée. Allemagne, terre désertée par ceux qui peuvent encore partir.
    Karl avait toujours été considéré comme un enfant précoce. Obtenant d’excellents résultats à l’école, et ce pour le minimum d’efforts, il avait rapidement fait la fierté de ses parents, qui étaient plus qu’heureux de voir en leur adorable rejeton un futur grand homme d’affaires. La gloire qu’ils n’avaient jamais eue. L’illusion avait duré un temps, et finalement, s’était brisée. Lassé de tout, son sérieux s’était envolé et c’est à peine s’il écoutait en cours. Karl en avait assez. Plutôt bien intégré dans le groupe relativement hétérogène que formait sa classe, Karl avait sombré dans une sorte de décadence juvénile. C’était en quelque sorte une crise d’adolescence… chez l’enfant. Cherchant sans cesse à remettre en question le monde, Karl était devenu un simple élève turbulent, comme il était facile d’en voir. Et, s’étant rangé du côté des anti-Bachman – qui existaient bel et bien, quoi qu’ils fussent peu nombreux – il avait finalement fait la connaissance de ceux qui étaient aujourd’hui ses meilleurs amis. Peut-être bien le groupe le plus soudé du lycée. Raya, Axel, Elisabeth, Tsuhiko. Et lui. De jeunes rebelles s’opposant au joug du terrible tyran des primaires. Cette résistance avait donné naissance à des liens auxquels il tenait beaucoup, et ce même s’il ne le montrait pas réellement. Et même si ses notes n’étaient pas redevenues excellentes – à croire qu’au final la précocité s’en était allée, et qu’il avait finalement atteint ce stade où celui qui brille dans le domaine scolaire se range dans la masse et obtient des résultats normaux – ses résultats avaient connu une hausse. Tout le monde était content.
    Et les rêves d’un glorieux avenir persistaient malgré tout.


    La masse vivante que formaient les élèves se mit finalement en marche. Il était temps d’y aller.
    Pliant rapidement le prospectus avant de le mettre dans l’une des innombrables poches que comportait son pantalon, Axel rejoignit la petite troupe, qui déjà s’éloignait sans lui.

    « Mais attendez-moi, bande d’ingrats ! »

    Regard consterné de la part d’Elisabeth. Sourire conciliant venant de Tsuhiko. Et c’était parti pour une marche d’enfer. Néanmoins…

    « Et… nos bagages ?

    Raya se retourna vers lui, dardant sur lui ses yeux aux reflets d’émeraude qui lui donnaient l’étrange impression d’être sondé de l’intérieur.

    - Si tu écoutais parfois ce qu’on te dit… elle poussa un profond soupir, préférant enchaîner directement sur les faits. Ils nous les amènent.

    Une expression sceptique se peignit sur le visage d’Axel. Ils les amenaient ?

    - C’est… fortement problématique.

    Il reprit, suite au regard interrogatif de son amie.

    - Fragile.
    - De quoi ?


    Et un hurlement les coupa.

    - TU L’AS PRISE ! beugla finalement Tsuhiko, qui malgré son air détaché, suivait parfaitement la conversation.
    - Qu’est-ce qu’il a pris ? dit sèchement Elisabeth, qui à son tour se manifestait.


    Et le sourire malicieux qui étirait à présent les lèvres des deux compères voulait tout dire. Elle leur lança un regard profondément exaspéré.

    - La D-Generation, souffla Tsuhiko, ses yeux se remplissant d’un éclat admiratif.
    - Pauvre con, lâcha-t-elle.
    - Je ne suis pas sûre qu’il y ait des télés dans les chambres… grommela Raya.
    - Et nous ne savons même pas comment nous allons être logés, rajouta Karl, qui, en voyant la réaction qu’eut Axel, regretta bien vite d’être intervenu dans leur discussion.
    - AHA ! Avoue-le, que tu l’aimes ! Tu prends toujours sa défense ! Petit coquin, va…
    - C’est un amour sans bornes que voilà, mon cher…
    - Tsu…
    - Mais quoi ? »

    Et la chansonnette reprit, lassante, tonitruante. Encore. Sous les regards effarés des trois autres adolescents, qui ne cherchaient même plus à les raisonner. Il ne restait plus qu’à espérer que ces deux là ne se retrouveraient pas dans la même chambre, car sinon, le séjour risquait réellement de virer au cauchemar pour leurs possibles colocataires. Mieux valait ne pas y penser.

    Ils débouchèrent finalement sur une grande rue particulièrement illuminée. Délaissant leur chemin dallé qui serpentait dans un gazon parfaitement entretenu, ils s’enfonçaient à présent dans la vraie Nausicaa. Celle qui vous chamboule tant elle est active. C’était comme si la ville respirait, avec ce flot continu de passants, de véhicules. Comme si elle vous regardait au moyen de tous ces spots lumineux, de tous ces écrans géants. Ils longèrent l’avenue, circulant sur le large trottoir. Passèrent devant des boutiques de tous types, allant du magasin de vêtements luxueux à l’échoppe High-Tech, en passant par la grande librairie papeterie, le centre commercial, ou encore le domaine des amateurs de revues et films de charme, qui ne manqua pas d’attiser la curiosité des plus puérils d’entre eux. Et c’était ça, l’avenir de l’humanité ?
    Et peu à peu les zones d’achats laissaient place au divertissement. Théâtres, scènes, grandes salles, cinémas. Les projections des tous nouveaux films, les représentations des derniers spectacles sortis. Les gens entraient, sortaient. Passaient, indifférents, comme s’ils avaient toujours vécu dans une telle agitation, agitation parfaitement organisée. Il n’y avait là pas une seule once de brouillon. Tout allait bon train, et la machine Nausicaa continuait son petit bout de chemin. Pas un seul grain de sable pour se coincer dans l’engrenage.

    « Ca me donnerait presque envie de chanter ! s’exclama finalement Tsuhiko.
    - Ou même de danser… renchérit son comparse en lui adressant un regard en coin.
    - Et cette sortie s’ancra dans l’Histoire comme la première comédie musicale réaliste…
    - … avec à la vedette, les deux jeunes hommes les plus sexy de leur génération ! »


    Un klaxon hurla. Une sirène retentit. A quelques croisements de rue de leur position, un accrochage avait eu lieu. Plus loin, dans une ruelle sombre, un homme s’affalait au sol, trop ivre pour faire un pas de plus. A quelques kilomètres de là, dans un petit appartement, un vieillard s’éteignait. Tandis que dans un hôpital, pour la onzième fois ce jour-là, un enfant naissait.
    Et un peu plus loin encore, dans un grand bâtiment de verre reconnu comme l’un des plus grands centres de recherche du monde, un chercheur sortait en courant d’une salle d’analyses, brandissant avec fierté une feuille, hurlant à ses confrères que ça y est, c’était finalement arrivé.
    Ce jour-là, en cet instant même, un vaccin contre la Ralliah venait d’être trouvé.

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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 9 Mar 2009 - 19:34

Chapitre 4 : Kelly l’Ingrate.




    « Debout là-dedans, on se réveille ! »

    Grognement de mécontentement, souffle de protestation.
    Le bruissement du drap qui se plie et se déplie, qui se frotte, qu’on écrase. Le tissu qui glisse le long de la peau, qui est tiré brusquement par-dessus un visage.
    Grognement de mécontentement.
    Le martèlement du poing contre la porte. Et la voix s’élève de nouveau, plus forte. On sent une pointe d’exaspération dans le ton de l’homme, le mâle viril, la brute qui frappe, frappe et frappe encore. Dans un râle suffocant, il s’égosille. La patience n’a jamais été la principale qualité du mâle.

    « C’EST L’HEURE ! »

    Et de l’autre côté, on grogne toujours. La bête se terre dans son trou, la bête demeure dans les ténèbres. Elle ne bouge pas. Elle attend. Elle ignore.

    « DEBOUT !!!! »

    Et la porte s’ouvre brusquement, elle claque en se rabattant contre le mur. Elle laisse pénétrer dans la chambre un flot de lumière, tandis que la silhouette de l’homme se dessine dans l’encadrement de ladite porte. L’homme qui vient, et attend lui aussi. L’homme qui affronte la bête. Les ténèbres sont dissipées. Et la bête hurle.

    « TA GUEULE ! »


    C’est dans un triste état que Raya, Elisabeth et Karl virent arriver leurs deux autres amis. Les traits tirés, les yeux cernés, le regard vide. La bête avait été vaincue.

    « Il nous a collés… grommela le jeune homme à la crinière flamboyante qui se vautra avec grâce sur la chaise qu’il venait brusquement de tirer.
    - Pardon ?


    Raya haussa un sourcil, sa tasse de café toujours en main. Axel coula un regard harassé vers l’adolescente, regard dont les iris aux reflets d’ébène reflétaient toute la rancœur qui habitait alors son âme.

    - Tsu’ et moi sommes collés quatre heures.


    Toussotement moqueur en provenance d’Elisabeth, qui, suite au coup d’œil haineux que lui lancèrent les deux principaux intéressés, fit mine de mâchouiller innocemment sa tartine.

    - Et comment compte-t-il vous les faire passer, ces quatre heures ? Vous allez nettoyer les toilettes ?

    Ce fut cette fois-ci au tour de Tsuhiko de répondre. Le jeune nippon tourna la tête vers Karl, qui, à l’inverse de ses confrères, laissait devant lui une table vide et dépourvue de toute trace de nourriture.

    - Quand on rentrera. On est quand même pas à l’armée, même si ce gros barge est tout aussi dégénéré que les commandants de cinquième divi…
    - C’EST MEME PAS DE NOTRE FAUTE ! l’interrompit Axel dans un beuglement – le mugissement de la bête qui se relève dans un élan de protestation.
    - Je sais.


    Raya but une dernière gorgée de son café – ce dernier avait fini par refroidir, et aussi noir fut-il, il ne put que lui soutirer une grimace de dégoût.

    - Ce n’est jamais de votre faute, lâcha Elisabeth d’un ton morne, sa tartine envolée.
    - Mais c’est lui !
    - Je sais, répéta Raya sur le même ton que précédemment.


    Elle jeta un coup d’œil à Karl, qui observait d’un air dépité la carafe de lait trônant un peu plus loin. Les mésaventures des deux comparses ne l’intéressaient plus – elle avait assez donné, en plusieurs années. Savoir pourquoi ils avaient écopé d’une telle punition la laissait totalement indifférente. Le fait que le dernier représentant de la gente masculine de leur groupe affiche une expression pareille attisait néanmoins sa curiosité : si elle avait l’habitude de fréquenter un Karl distant, il semblait ce jour-là s’être carrément enfermé dans une bulle de titane parfaitement insonorisée et coupée du monde extérieur – le monde vivant, leur monde à eux. Un changement de sujet s’imposait donc. Ainsi, les deux autres abrutis la fermeraient un peu, et le jeune allemand aurait une chance de revenir sur Terre.

    - Aujourd’hui, on visite le K.I.

    Elle ne put qu’esquisser un léger sourire suite à son habile transition. Sa façon de passer du coq à l’âne était, selon elle, tout à fait admirable. Ils n’y verraient que du feu.

    - Ca fait deux jours qu’on est arrivés, et ils nous emmènent déjà là-bas ? Et on va faire quoi, après ? s’interrogea Elisabeth.
    - A peine arrivés et on a déjà droit à l’attraction principale… grommela Axel.


    Karl ne réagissait pas. Mais il semblait écouter. C’était déjà ça.
    Elle détourna son attention du jeune homme pour se focaliser de nouveau sur les deux derniers arrivants, installés en face d’elle. Elle s’était, à vrai dire, attendue à ce qu’ils se remettent à brailler comme des gamins hyperactifs à l’idée de se rendre dans un tel endroit. Mais non. Ils semblaient toujours aussi dépités. A croire que ce jour-là, quelque chose n’allait pas.

    - Ce sera toujours mieux qu’hier. Sortie pédagogique en vue d’observer les roches sous-marines. Je me suis rarement aussi emmerdée, c’était carrément soporifique, lâcha-t-elle.
    - Darraut a trouvé son maître, soupira Tsuhiko.


    Quelque chose illumina soudainement son regard. Il venait visiblement de penser à quelque chose – pour une fois.

    - Eh… Tu crois qu’ils ont des échantillons de la Ralliah là-bas ?
    - Il paraît qu’ils ont trouvé un vaccin.
    - Ooooooh, Lisaa-chan se tient au courant…
    - Pauvre con, c’est passé aux infos hier. Tu regardes jamais la télé ?


    Et le regard complice que son interlocuteur jeta à Axel lui suffit à comprendre.

    - Non, pardon. D-Generation, reprit-elle.
    - ON A LA TELE DANS LES CHAMBRES, HAHA !
    - Grand bien t’en fasse.

    Elle se tourna vers Raya qui se trouvait à côté d’elle – et accessoirement, Karl, positionné à la droite de cette dernière. Au moins, avec celle-ci, voire ces deux derniers si le jeune homme se sentait apte à converser, elle était sûre d’avoir une discussion à peu près sérieuse.

    - Il paraît qu’ils en sont déjà à la phase de lancement. Ils commencent à vacciner des gens.
    - Déjà ? Ils devraient pas, avant de partir au quart de tour comme ça, commencer par s’assurer une fois de plus que tout est bon ?
    - Le temps presse, l’épidémie progresse à une vitesse affolante.
    - C’est pas très prudent, marmonna Axel, la tête soutenue par l’une de ses mains, mâchonnant d’un air sceptique une petite cuiller en plastique.


    Elisabeth se tourna à nouveau vers lui.

    - Je te l’accorde. Cela ne me dit rien qui vaille…
    - J’ai un mauvais pressentiment. »


    Le silence s’abattit sur la table. Tous se tournèrent vers celui qui venait de prendre, à nouveau, la parole. Karl leva les yeux, le regard las. Et pourtant, on distinguait au fond de ses prunelles une note d’anxiété. Il se passa quelques secondes pendant lesquelles le temps sembla comme arrêté. La bulle de Karl s’était agrandie, et elle englobait à présent tout le petit groupe. Quelque chose d’étrange se produisait. Et puis finalement, il remua les lèvres. Ses paroles étaient faibles, sa voix quasi-inaudible. Et pourtant, sa phrase sembla résonner dans toute la pièce. Ils ne détachèrent pas les yeux de leur ami.

    « J’ai un mauvais pressentiment. »

    Et le temps se remit en marche.



    Il était environ dix heures quand ils prirent le départ. Tout le monde était prêt, les filles s’étaient joliment enduites la figure de mixtures en tous genres – mais dans le monde réel, on appelait ça du maquillage, et pour information ces savants artifices visaient à les embellir… ou à dissimuler leur laideur, selon le point de vue d’Elisabeth – et les garçons avaient endossé leurs plus belles tenues, leurs plus jolis jeans. Ce n’était pas dans un endroit quelconque qu’ils se rendaient. Ils se devaient d’être présentables. On n’allait pas dans un lieu d’une telle envergure en étant sapé comme un gueux. C’était un centre de recherche. L’hygiène était de mise.
    Une demi-heure plus tard, ils étaient dans la cour du Kingdom Institute.

    Un gazon tondu à la perfection – on aurait cru du synthétique tant il semblait vert et bien fourni – où se dressaient, encadrant le chemin dallé en deux rangées parfaitement parallèles, des arbres espacés de manière équilibrée et harmonieuse. Sur la droite se trouvait un étang, bordé de quelques saules pleureurs. A gauche, ils virent un petit bois. Mais ils n’eurent pas le temps de s’attarder plus longtemps sur ce qui les entourait. Déjà les professeurs pressaient les quelques trente-six élèves qui composaient la classe. La tension qui étirait leurs traits ne passa pas inaperçue aux yeux de Raya. Elle suivit le regard de Mrs. Santiag. Et là, tassés dans le grand hall de verre qui servait d’accueil pour tous les visiteurs, elle les vit.
    Ils étaient des humains, ça, elle n’en doutait pas – ça se voyait, ainsi qu’on aime le dire, « comme le nez au milieu de la figure ». Mais quelque chose n’allait pas chez eux. Ils se pressaient en une masse compacte et informe. Ils jetaient des regards anxieux autour d’eux. Leurs traits étaient déformés par quelque chose qui ressemblait à…

    « De la folie.

    Raya leva les yeux vers Karl, qui marchait à ses côtés.

    - C’est de la folie. »

    Elle eut un bref hochement de tête en signe d’acquiescement. A présent, tous les élèves regardaient dans la même direction. Et au milieu de toute cette foule, elle discerna les malades.
    Raya McNegan n’avait jamais été sensible. Le malheur des autres, la misère humaine… il aurait été impossible de dire si tout cela lui passait au-dessus de la tête, ou si au contraire, c’était elle qui s’était élevée à un stade où ce genre de choses ne l’atteignait plus. Mais là, et c’était tellement inhabituel qu’elle en fut soudainement terrifiée, quelque chose perça la solide carapace qu’elle s’était fabriquée. Son cœur se serra. Sa respiration s’intensifia. Elle sentit une vague froide monter en elle.

    « Ca va ? T’es pâle. »


    Et en effet, elle l’était. Elle jeta un coup d’œil furtif à Karl, qui la dévisageait d’un air inquiet. Elle ne put que bredouiller quelque chose. La tête lui tournait. Elle se sentit vaciller. Elle ne voulait plus parler. Elle ne pouvait plus. Et tandis qu’un brouhaha sans précédent l’englobait, elle réussit au prix d’un effort surhumain à détourner son attention et à se concentrer… sur le sol. Elle ne devait surtout pas regarder de nouveau dans leur direction.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 9 Mar 2009 - 19:35

    Ils avaient la peau violacée. C’était la première chose de notable chez eux. Rouge-violacée. Pas comme celle de quelqu’un qui boit trop, non. C’était différent. C’était écœurant. Ca lui faisait penser à la peste – même si elle n’avait jamais vu personne qui en fut atteint, et elle trouvait que c’était très bien comme ça. Ils avaient… des croûtes. Des croûtes, partout. Sur le visage, sur les bras, sur les mains. Elle devinait les plaies suppurantes sous leurs habits. Certains semblaient perdre leurs cheveux par poignées. Il lui semblait que leurs yeux étaient infectés. Leurs yeux… ils étaient injectés de sang. La pupille horriblement réfractée, elle avait cru voir, chez certains, un liquide jaunâtre qui en dégoulinait. Ils semblaient essoufflés, les narines dilatées. Elle pouvait imaginer le souffle chaud et putride qui se dégageait de leur bouche. Leurs ongles… jaunes, blancs. Voire même inexistants. Nombre d’entre eux étaient pliés en deux, voutés par une douleur qu’il était presque possible de ressentir à la simple vue de ces êtres brisés, de ces corps pourrissant alors même qu’ils étaient toujours brûlants de vie. Ils suaient. Sans doute un effet de la fièvre. Leurs oreilles semblaient partir en morceaux. Et c’étaient des gencives noires qui bordaient des dents d’un jaune répugnant.

    Raya se passa la main sur le visage, tentant de faire disparaître de son esprit l’image de ces êtres tourmentés. C’était à présent dans un silence de mort que le groupe avançait. Pas un seul des jeunes adolescents ne riait. Plus personne ne parlait. De nouveau, le temps semblait se jouer d’eux. Cette simple vision avait ôté aux plus puérils l’envie de rire. Et c’était en un cortège funèbre que tous se dirigeaient alors vers le comptoir derrière lequel les attendait une jeune et jolie blonde au sourire diaboliquement artificiel. Le synthétisme incarné.

    « Bien le bonjour, je vous souhaite la bienvenue dans le Kingdom Institute ! »

    Elisabeth ne put retenir un soupir d’affliction. Le ton parfaitement vide cette secrétaire la dégoûtait. Elle n’était là qu’une Barbie grandeur nature qui vous embobinait avec ses dents rayonnant de blancheur. Elle aurait été parfaite dans une publicité pour dentifrice.


    On pouvait compter dans le monde deux principaux types de blondes, et cela n’était basé sur absolument aucun préjugé ou idée totalement infondée. La première, que nous pourrons associer à la jeune femme qui se trouvait actuellement face à eux, et la blonde du type Elisabeth. Ces deux catégories engrangeant elles-mêmes plusieurs sous-groupes. Du côté de l’hôtesse, on voyait plus la fausse blonde écervelée. Peut-être que cette gentille dame avait été – ou était toujours – une étudiante studieuse et capable de faire preuve de capacités de réflexion poussées. Une blonde intelligente. Une vraie blonde.
    Mais à présent, la seule chose qu’il était possible de discerner au-delà des deux billes grises qui lui servaient d’yeux, c’était le vide. Le néant, un vide profond et stérile, une absence de toute chose engendrée par la société superficielle dans laquelle l’Humain évoluait à présent. Une société superficielle engendrée par l’Humain. C’était triste, mais cette jeune femme en était le fruit, la représentation, le modèle idéal. Elle avait fait les frais du monde de l’image. Peut-être aussi avait-elle jadis été une fille aux cheveux d’un noir de jais, à la tignasse d’un rouge flamboyant ou aux reflets capillaires châtains, tout simplement. Et que par la suite, happée comme nombre de ses congénères par le Monstre Mode, elle s’était dénaturée et avait détruit ce qu’elle était. Petit à petit. On commence par les cheveux, pour suivre le groupe. On rigole comme une écervelée, on glousse… on rechigne à manger l’agneau que vos parents vous mettent dans l’assiette. On refuse le cannibalisme.

    Elisabeth secoua la tête. Cannibalisme ? Depuis quand ses pensées dérivaient-elles à ce point ?

    Dans la catégorie d’Elisabeth, que nous ne nous abaisserons pas à qualifier de « plus rare » - il faut croire en l’espèce humaine et espérer que ces personnes-là semblent minoritaires de par leur discrétion – on retrouvait les exclues. Un mot peut-être rébarbatif et poussé, mais c’était hélas bien le cas. Elles refusaient de se plier à la cadence et renvoyaient tout simplement bouler – et ce avec la plus grande classe, bien que cette même classe fut surtout considérée par les autres blondes comme de la stupidité, stupidité assez ironique en considérant le niveau intellectuel démesurément bas dont certaines étaient affublées – le Monstre Mode. Les individualistes. Les Vraies Blondes qui n’avaient pas tourné Blondes Superficielles. Maîtresses de leurs pensées et de leurs idées, affrontant avec courage les hordes de fanatiques moulés de la société. Qualifiées de moches, de bizarres, de moches encore, mais après tout, pourquoi s’arrêter là-dessus ? Une lumière au bout du tunnel pour ces filles-là. Une simple pensée, faible, pas franchement recherchée, mais qui, à bien y réfléchir, suffisait à vous redonner une excellente estime de vous-même et à vous rendre fière de votre statut d'exclue.

    « Moi, au moins, j’ai un cerveau. »

    « Excuse-moi ?


    Elisabeth retomba brusquement sur Terre. Bienvenue dans le Monde, jeune blonde.

    - Hein ?
    - Tu as un cerveau, tu dis ? lui demanda Axel, l’air sceptique.


    Elle se contenta de le dévisager, le regard vide. C’était là un problème majeur chez elle. Le fil de sa réflexion, aussi aiguisé fut-il, avait toujours eu tendance, au cours de ses pensées, à prendre une mauvaise tournure et à s’écarter du sujet présent. C’était une forme d’ouverture d’esprit, mais elle en avait totalement oublié l’instant présent et le monde qui l’entourait. Tout ça à cause d’une… jeune hôtesse au sourire parfaitement mesuré et aux dents démesurément blanches. Une sorte de grimace étira alors les lèvres du jeune homme. Et à vrai dire, cela ressemblait plutôt à un sourire. Pas franchement semblable à celui de Miss l’Hôtesse, totalement divergent. Le genre de rictus qu’il affichait quand il venait de trouver une bonne vanne absolument dénuée de tout intérêt et de sens profond. Il ouvrit finalement la bouche.

    - HEY TSU’ , TU SAIS QUOI ?!


    Regard interrogateur de la part de son âme sœur humoristique. Elisabeth ne put que noter que malgré la proximité de ce dernier – il se trouvait juste derrière – il n’avait pu résister à l’envie de brailler, couvrant par la même occasion la voix de leur professeur qui s’affairait à discuter avec Mademoiselle l’Hôtesse tout en regardant avec un air émerveillé au-delà des sombres profondeurs de son décolleté. Et Axel de reprendre :

    - LISAAAA ELLE A UN CERVEAU !!


    Moue cette fois-ci surprise de la part de Tsuhiko. A croire que même lui qui semblait toujours être en contact avec les ondes cérébrales de son comparse ne s’y était pas attendu. Mais Tsuhiko avait du répondant, et était passé maître dans l’art de l’improvisation. En une fraction de seconde, l’information parvint à son cerveau. Son diabolique cerveau qui sut immédiatement quoi faire au vu de l’état actuel des choses. L’expression qu’il affichait alors s’accentua profondément. Ses lèvres s’étirèrent à leur tour en un sourire assez semblable à celui qu’arborait Axel quelques instants auparavant. Et puis finalement, il parla.

    - NOOOOOOOON…. C’EST VRAI ?! »


    Ce qui était merveilleux avec ces deux là, c’était le fait qu’ils soient toujours aussi bien accordés. Et ce phénomène allait jusqu’à les faire hurler alors qu’ils étaient l’un à côté de l’autre.
    Elisabeth ignora comme à son habitude les deux adolescents qui s’esclaffaient avec la plus grande discrétion et baissa une fois de plus les yeux vers Raya. Son éternel refuge, sa parade ultime face aux blagues foireuses. Cette dernière lui lança le traditionnel regard complice, celui qui lui disait clairement qu’elle n’avait pas à faire attention à ces deux là. Elisabeth eut un petit sourire, mais un goût amer lui emplissait la bouche. Si elle avait toujours adoré cette entente qu’il y avait entre elles, cette fois-ci l’état dans lequel semblait se trouver l’autre jeune fille ôta au geste toute sa saveur. Elle le cachait bien, certes. Mais Raya n’était pas bien du tout. Et cette vision fit bientôt germer en elle un sentiment de malaise. Cependant, quelque chose lui arracha soudainement cette pensée. Quelqu’un riait à ses côtés.
    Levant la tête, elle constata avec effarement que cette personne s’avérait en fait être Karl. Et ce détail n’avait pas non plus échappé à Raya – même Tsuhiko et Axel s’étaient arrêtés de glousser pour le détailler avec suspicion. Le poids des regards arrêta bien vite le jeune homme dans son geste, et il les regarda d’un air innocent.

    « Il faut bien rire de temps en temps.
    - Et c’est ça qui te fait marrer ? interrogea Elisabeth.
    - On dit que les meilleures blagues sont les plus nulles.


    Les deux adolescentes s’échangèrent un regard. A croire que le monde ne tournait vraiment plus rond depuis qu’ils étaient là.

    - Eh bien dans ce cas, elles doivent être d’un niveau extrêmement élevées. Moi, ça ne me fait pas rire.

    Et il leur adressa un sourire rieur, comme il était rare d’en voir chez lui.

    - Je dois donc moi aussi avoir un niveau hors du commun. »

    Et comme c’était souvent le cas, leur discussion fut interrompue par Mr. Darraut qui, ayant finalement réussi à détourner les yeux du décolleté de l’hôtesse, les sommait de le rejoindre pour qu’ils prennent Le Grand Ascenseur. Les élèves se mirent en marche tel un seul homme, et tous marchèrent en bavardant en direction de leur professeur. Le Grand Ascenseur, comme son nom le laissait entendre, était tellement gigantesque qu’ils pouvaient tous aisément rentrer à l’intérieur. C’était ça, la Nouvelle Technologie.

    Les portes se refermèrent. A la torpeur qui avait accompagné la vision de ces malades et de ces gens qui s’entassaient dans le hall succédaient à présent les discussions des lycéens, qui ignoraient avec brio les brimades de leurs enseignants. Le visage du dernier des contaminés disparut derrière un ciel artificiel d’un bleu parfait. Ils s’élevaient alors dans les hauteurs du Kingdom Institute, atteignant les gigantesques tours de verre qui se dressaient au-dessus d’eux, semblant les toiser de toute leur hauteur. Des colosses de verre.

    « Qui étaient tous ces gens ? demanda finalement Cindy, qui se trouvait à côté de Mrs. Santiag.
    - Ils viennent pour se faire vacciner.
    - Même ceux qui sont déjà malades ? On ne peut pas, normalement… non ?


    Melina Santiag leva les yeux vers la jeune fille.

    - Tu n’as jamais été malade comme ça.


    Et elle reprit, suite à l’incompréhension que manifestait le visage de son interlocutrice :

    - Ils sont prêts à tout pour guérir. »


    L’ascenseur ralentit finalement, laissant aux élèves le loisir d’admirer le panorama qui s’offrait à eux. Quelques murmures admiratifs retentirent dans le groupe. Il s’arrêta. Ses portes s’ouvrirent dans le plus grand silence sur un long couloir lumineux où s’afféraient divers hommes et femmes en tenues dont la couleur variait du blanc au bleu.

    « Ils ont espoir. »


    Melina releva la tête. La troupe se mit en marche.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 10 Mar 2009 - 18:30

Pire que magnifique. J'adore ton style, comment tu écris etc.. J'adoore tout !
Cette histoire est fantastique <3
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 21 Avr 2009 - 17:37

WOw, très beau texte. Le vocabulaire est varié, bien employé.
Les phrases font juste la longueur qu'il faut.
Rien a dire. Et c'est dire le nombre de livres que j'ai lu.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 29 Avr 2009 - 8:46

    Merci beaucoup, vraiment =)
    Yeah, deux lectrices, ça monte xD
    Bref. Cinquième chapitre. A la base il devait être plus long et s'étendre sur toute la visite du KI. Du coup, le chapitre 6 pourra être assez court, je verrais bien. En espérant que ça vous plaise toujours autant.


    Chapitre 5 : Boules de poils et tremblements.




    Le moins que l’on pouvait dire… c’est que c’était blanc. Très blanc. Trop blanc. Et ce, même Rose Strawberry, jeune lycéenne à l’hygiène se voulant irréprochable se devait de le reconnaître. Ca sentait l’aseptisé à plein nez, ça éblouissait de propreté. Et ça mettait terriblement mal à l’aise. Elle posa avec une once d’hésitation son pied sur le sol. C’était tellement luisant… si elle salissait une telle merveille, elle s’en voudrait à vie et le marteau de la honte s’abattrait avec fracas sur son crâne. Ne laissant derrière son passage qu’un simple tas de débris. Oh, tu vois cette chose répandue par terre ? C’était Rose ! C’est dur, je sais. Si jeune, et pourtant. Oh mon dieu. Je crois que tu viens de marcher dessus.
    Et le plus intéressant… c’est que ça ne glissait absolument pas. C’était du parquet lubrifié, en plus beau, plus clean, et sans le risque de se casser la gueule. Ils étaient forts, ces scientifiques. Mais elle, si elle aurait dû se trouver dans son élément, dans ce temple du White Spirit et du détergent, elle n’avait, étrangement, qu’une seule envie : déguerpir d’ici au plus vite, et ne jamais revenir. Et un simple coup d’œil en direction de ceux qui marchaient à ses côtés suffit à lui faire comprendre qu’elle n’était pas la seule dans ce cas. Cela aurait dû la soulager. Mais ce ne fut pas le cas.

    La gorge serrée, elle observa sans ciller Claude Darraut se démarquer du groupe – mais au pincement de lèvres qu’elle débusqua sur son visage lorsqu’il leur adressa un bref coup d’œil avant d’accélérer l’allure elle comprit que cela ne l’enchantait pas vraiment – et s’avancer vers un homme en blouse blanche qui s’affairait à… modifier la position des stylos qui dépassaient de la poche de sa blouse – si, vous savez, cette poche qu’ils ont tous, au niveau de la poitrine, et le plus souvent légèrement décalée sur le côté gauche – de telle sorte à ce qu’ils se trouvent dans un alignement parfaitement droit. Que chaque stylo soit exactement parallèle aux autres, au femtomètre près. Et à ce qu’ils forment un merveilleux dégradé de couleurs chaudes, allant du jaune au rouge dans l’harmonie la plus totale. Cette simple vision lui fit froid dans le dos. Serrant les dents, elle ralentit, laissant les autres la dépasser. Et son dos se heurta à quelqu’un.

    « BWAAAAH ! MAIS FAIS GAFFE QUAND TU MARCHES ! CHAUFFEUSE DU DIMANCHE !


    Tous les regards se tournèrent brusquement vers eux. Si Darraut ne se retourna pas, elle constata clairement que sa main venait de se crisper, agrippant en un geste mécanique le morceau de manche qui était à sa portée. C’était un tic nerveux chez lui. Un phénomène observable à chaque fois que quelque chose le dérangeait. Profondément.

    - Non mais franchement, Axel… ta gueule…

    Elle sentit son cœur s’affoler, une sueur froide monter en elle. Et merde.

    - Mais c’est elle qui sait pas se comporter normalement en société !
    - Shhhhhhhhhhhht ! »


    Regard assassin lancé par les yeux globuleux de Melina Santiag. C’était le coup de grâce. Axel s’enferma dans un mutisme effrayant. Et Rose sombra dans une torpeur tout aussi glaciale que l’atmosphère qui régnait dans le ô combien renommé Kingdom Institute. Il y eut un nouvel éclat de voix, moins tonitruant, cette fois-ci. Plus distant. Et une jeune femme passa à côté d’eux d’un pas rapide et agacé, sans un mot, sans un regard pour eux. Elle disparut dans l’ascenseur. Quelques instants plus tard, ce fut un homme qui les dépassa, affichant un air tout aussi frustré que celui qui avait assombri le visage de celle qu’il semblait suivre – ou poursuivre. Il les ignora tout aussi royalement. Et Rose fut fascinée par la façon qu’avaient ses beaux cheveux noirs de rester dans un alignement non pas carré et terne comme on aurait pu s’y attendre venant d’un homme travaillant ici, mais plutôt merveilleusement esthétique tout en restant dérangé et sauvage. La façon dont ses deux yeux d’un bleu nocturne lui donnèrent l’impression, quand elle les entraperçut, de sombrer dans les abysses qu’ils avaient traversés, quelques jours auparavant, pour arriver ici. Cette lueur d’indépendance que lui conféraient son air un brin fatigué et la classe de sa démarche haute et déterminée. Il était à l’opposé de ce qu’elle s’attendait à trouver ici, à l’opposé de ce qu’elle trouvait, tout simplement, ici. Et la blouse lui allait bien. Elle se mordilla brusquement la lèvre, et maudit les portes de cet ascenseur qui arrachaient à sa vue un tel modèle de perfection masculine – selon elle tout du moins. La mort dans l’âme, elle se résigna à revenir à la réalité. A se concentrer de nouveau sur la raison de leur présence ici. Priant de toutes ses forces pour qu’il revienne, son beau brun un brin rebelle. Avec sa crinière de jais et…

    « J’en ai déjà marre. »

    Et vlan. Cette fois-ci, c’est la massue de la rage qui la frappa de plein fouet. Rose jeta un regard à Cindy qui marchait à ses côtés. Et moi, j’en ai marre de toi. Par pitié, Cindy jolie, grandis un peu. Ce raisonnement, il était bon quand on était encore en primaire, au collège. A croire que tu n’évolues réellement pas. Quoi que. Si grandir s’apparente à flasher sur beaucoup plus vieux que soi, peut-être est-il préférable de demeurer à jamais dans l’ignorance et la stupidité.
    Rose lui adressa un petit sourire en coin. Le genre de chose simple qui marchait à tous les coups. Couplé à une moue ridicule, et c’était dans la poche. Depuis quand était-elle comme ça ? Elle avait commencé à traîner avec Cindy à son arrivée au lycée. Une bande de filles rieuses comme on en croise souvent, dont les principales activités se résument à se tartiner de gloss, à faire les boutiques dans une l’épique et perpétuelle quête d’un nouveau bout de tissu à se mettre sur le dos, à glousser comme des dindons, à parler de mecs, à critiquer, à vanter, idolâtrer, brailler. Une bande d’adolescentes, tout simplement. Au tout début, elle avait adoré. Elle s’amusait vraiment, tout comme elles, elles s’amusaient vraiment. Et puis, les mois passant, il semblait que son organisme avait décidé d’évoluer. Oh, oui, tous les organismes évoluent, et notamment au court de cette période de leur vie où les jeunes Bipèdes apprennent peu à peu à passer du stade de « gamin » au stade « d’adulte ». Son esprit se développait. C’était bien, non ? Sans doute. Le seul problème était que leurs esprits à elles, et tout particulièrement celui de Miss Cindy je-suis-le-principal-centre-d’attention-et-les-autres-ne-sont-là-que-pour-me-mettre-en-valeur-car-je-suis-un-vrai-cliché-ambulant-et-je-le-vaux-bien semblaient désespérément coincés à la case départ. Et elle, qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Si les filles avec qui elle avait l’habitude de traîner lui semblaient de plus en plus simples d’esprit, elles demeuraient ses amies. Et le propre des amis, aussi niaise que cette idée puisse paraître, c’était qu’on les aimait pour ce qu’ils étaient, et qu’on ne les laissait pas tomber. Normalement. Sauf qu’elles finissaient par lui taper sur le système. Ce qu’elles étaient la harassait. Elle était très bonne comédienne. Elle feintait à la perfection leurs pauvres esprits bornés. Elles ne voyaient rien, et elle, elle leur souriait comme avant. Des fois, une petite remarque quand à son manque de réactivité lui permettait de voir qu’elle ne suivait pas le bon chemin. Elle s’était toujours prédestinée à être journaliste – eh non, pas de vétérinaire ni de mannequin – mais peut-être aurait-elle pu percer en tant qu’actrice. Le seul problème était que cette voie-là ne l’attirait absolument pas. Pendant une bonne partie de l’année, Rose avait cherché un moyen d’échapper à tout cela. De nouvelles amies ? Mais qui, hein ? C’était bien difficile de s’intégrer à un groupe maintenant que les liens étaient solidement tissés. Les meutes se suffisaient à elles-mêmes et étaient fermées à autrui. Désolée, Strawberry. Mais sur ce coup-là, tu t’es bien faite gruger. C’est navrant pour toi, mais tu n’avais qu’à mieux choisir avec qui tu souhaitais traîner… ou alors, tu aurais du cesser de muter. Parce que c’est ce que t’es, hein ? Une mutante. Y a pas d’autre mot. Tu dois pas être normale, à en suivre leur raisonnement à elles, pour être devenue comme ça. Dégénérescence du chromosome 12. Une inversion entre thymine et cytosine, allèle défectueuse, et ça y est. Une maladie mentale mineure que tu parviens à cacher. Toi, pauvre adolescente persécutée par le monde, jeune rose innocente au milieu d’un champ de pissenlits, tu n’as pas la chance d’être atteinte du syndrome caché du mouton. Maudite sois-tu.
    Ce qui la dégoutait le plus dans tout ça, c’était eux. Cette bande d’amis qu’elles avaient tant aimé critiquer. La divinité Tsuhiko et sa troupe de fidèles. Ils étaient tous censés la rebuter. Alors pourquoi elle, elle les enviait ? Qu’est-ce qui faisait qu’elle mourrait d’envie d’être avec eux, de déconner avec eux, de partager leurs histoires supposées être débiles, de sourire aux réflexions de Tsuhiko, d’Axel, de grommeler avec Raya, Elisabeth, et demeurer passive mais pourtant bien présente, comme Karl ? Pourquoi donc ? Au tout début, elle avait pensé que ce phénomène étrange était dû au fait que, comme toutes les filles du lycée, elle était conçue pour tomber amoureuse de Tsuhiko, pour lui vouer un véritable culte. Mais chez les autres groupies, ce désir de les rejoindre ne se manifestait pas, au contraire, elles semblaient vouloir rallier le jeune japonais à leur cause et non rejoindre la sienne. Enfoiré de chromosome 12. Tu m’as tuée, sur ce coup-là.


    « Bien, taisez-vous donc !

    Darraut 2, le Retour. Les élèves s’arrêtèrent. Et, accessoirement, n’eurent pas à se taire, étant donné qu’ils n’avaient pas dit un seul mot depuis leur arrivée dans le long couloir de K.I. & Cie. Si le sol avait été vert, on aurait pu croire qu’au bout de tout ceci, il y avait une chaise électrique qui les attendait avec impatience – elle avait toujours pensé qu’il devait être particulièrement lucratif de griller les neurones de jeunes lycéens dans la fleur de l’âge. Cindy toujours à ses côtés, elle décida de se ranger dans la masse et de prêter toute son attention à ce merveilleux pédagogue qu’était leur professeur de mathématiques.

    - Tout d’abord je vous présente Monsieur Stéphane Longius, chercheur du Kingdom Institute, qui va nous accompagner durant cette visite. »

    Un silence de mort remplaça les applaudissements que semblait attendre leur interlocuteur. Et comme s’ils n’avaient été qu’un seul et même bloc, une entité unie, les yeux se posèrent tous sur l’homme qui leur était désigné.
    Le plus surprenant fut qu’il était en presque tout la représentation même de la vision typée que l’on peut se faire d’un scientifique – voire même d’un savant fou. De taille moyenne, légèrement vouté. Si son crâne n’était pas dégarni et grisonnant, ses cheveux noirs, coupés courts et visiblement gras étaient plaqués sur sa tête en une forme plate et luisante de gel – enfin, ils espéraient que cette chose qui les collait entre eux était spécialement conçue pour, et non due à un quelconque excès de sébum ou autre chose du genre. De grosses lunettes aux montures épaisses et noires, des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites et bordés de poches indiquant un manque de sommeil flagrant – ou une démence à toute épreuve. Une peau abimée, des traits tirés. Des dents tordues et légèrement jaunies. Une morphologie étrange, de telle sorte que l’on était incapables de dire s’il était du type gringalet ou robuste, sous ses vêtements horriblement conformes au règlement. Et d’ailleurs, cet être étrange et terne et sa blouse rutilante formaient un contraste surprenant. La première pensée qui lui vint à l’esprit était qu’ils engageaient vraiment n’importe qui, dans un tel établissement. Et pourtant, il collait parfaitement à la vision que l’on se faisait de l’emploi. Elle savait qu’elle ne pouvait juger. Mais ce type ne la rassurait pas du tout.

    « On se croirait dans Frankenstein, ou un truc du genre… chuchota Tsuhiko à l’oreille d’Elisabeth. Celle-ci se retourna vers lui, haussant un sourcil.
    - Tu as vu Frankenstein ? lui demanda-t-elle, visiblement perplexe.
    - Non. »


    La réplique fit sourire Rose, qui se contenta de regarder de nouveau Mr. Longius qui expliquait d’une voix pataude quelles recherches étaient faites dans le bâtiment de verre.

    « Le Kingdom Institute est un établissement prestigieux où sont menées de nombreuses recherches. Nous sommes notamment connus dans le monde entier pour avoir trouvé de nombreux remèdes comme un traitement visant à la suppression totale des syndromes des maladies de Parkinson et de Alzheimer, pour les plus connues…
    - Et ce au détriment de milliers de vies animales, grommela Elisabeth.
    - … mais aussi la Chorée de Huntington, pour laquelle nous sommes actuellement en train d’expérimenter un traitement qui offre des résultats plus que brillants !


    Murmures dans la foule. La majorité d’entre eux, si ce n’est la totalité, ne devait même pas comprendre de quoi il s’agissait. Mais il avait l’air très convainquant dans ses propos, c’était sans doute l’essentiel. Raya s’approcha d’Elisabeth, son visage dépeignant un ennui encore plus profond que celui qui l’habitait en temps normal.

    - Il a répété deux fois le mot traitement en une phrase.

    Sourire amusé de la part d’Axel.

    - Allons, Raya, c’est un scientifique, pas un littéraire…
    - Nos chercheurs de talent ont, par ailleurs, élaboré de nombreux vaccins !
    - Quelle belle propagande qu’il fait là…


    Karl interrompit sa phrase pour désigner les autres d’un bref coup de tête.

    - A voir leurs expressions admiratives, ça a l’air de faire effet.
    - Regarde, même Darraut est sous le charme, chuchota Raya en leur indiquant le professeur.
    - Attends, tout ce dont il a jamais rêvé… je suis sûr que ça hante ses nuits, ces trucs-là.
    - Monsieur Taylord. Deux heures de plus. Et pour que vous ne vous sentiez pas trop seul, votre ami Yamanaka vous accompagnera, siffla soudainement Darraut qui n’avait pas bougé de sa place. Axel fit une grimace, sentant les attentions dériver de Longius pour se poser sur lui.
    - Tyran… chuchota-t-il.
    - Taisez-vous ! grinça Santiag qui s’était discrètement rapprochée d’eux pendant qu’ils parlaient. Et ça vaut aussi pour vous, jeunes filles, ajouta-t-elle à l’adresse des deux amies.
    - Oh, Karl, je crois qu’elle pense que tu es une…
    - Tsuhiko, arrêtez vos âneries et écoutez, ou ce sera une semaine entière de travaux forcés pour vous une fois de retour !


    Et le regard rageur qu’elle leur lança suffit à les faire taire pour de bon. Une fois de plus, la force contraignait les faibles à se plier aux règles sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Longius se racla brièvement la gorge avant de reprendre son discours patriotique, un brin agacé.

    - Ainsi, nos travaux servent aujourd’hui à prévenir de nombreux cancers… et cette maladie qui fit tant parler d’elle il y a de ça quelques années.

    Il marqua un blanc, semblant faire durer le suspense de façon idiote.

    - Le SIDA.


Dernière édition par Shade le Dim 31 Mai 2009 - 18:43, édité 1 fois
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 29 Avr 2009 - 8:52

    Nouveaux chuchotements dans la foule. Darraut se mit soudainement à applaudir. C’était indéniable, il exultait. Et cette admiration qu’il s’acharnait à dégager de tout son être eut l’air de remplumer un peu plus celui qui était alors le centre de toute son attention. Un sourire étira les lèvres de Longius, dévoilant un peu plus ses dents tordues – et soutirant une moue répugnée à Cindy –, il se frotta les mains. Signe qu’on en venait au plus croustillant de l’histoire. Roulement de tambours. Les spots sont dirigés sur lui.

    - Et comme vous le savez peut-être, nous avons depuis peu une nouvelle maladie à ajouter à ce somptueux tableau de chasse ! »


    La Ralliah. Ralliah qui décime, Ralliah qui fait peur, qui détruit. Le nouveau fléau de ce monde. Annoncé par certains comme le châtiment divin, perçu par d’autres comme la plus grosse pandémie jamais connue en ce monde. La Ralliah qui mettait fin à toute chose. La Ralliah… à laquelle on venait de mettre fin. Ou plutôt, à laquelle on était sur le point de mettre fin. Le malheur disparaîtrait, et la vie reprendrait son cours. On retomberait dans une période de félicité.

    « Jusqu’à ce que de nouveau, le Mal revienne sur Terre.
    - Hein ?


    Rose reporta son attention sur Cindy qui la regardait, interloquée. Elle secoua la tête.

    - Non. Rien. »

    Et elle se retourna.

    « Bien ! Je pense avoir passé suffisamment de temps comme ça à vous ennuyer…

    Il toussota légèrement.

    - Nous allons maintenant passer à la partie la plus intéressante du programme ! La visite.

    Et se racla de nouveau la gorge. Derrière les épais verres de ses lunettes, son regard s’assombrit.

    - Suite à quoi vous aurez le droit à une petite surprise.

    Il jeta un regard en coin à Darraut, qui, toujours aussi admiratif, hocha la tête. Satisfait de voir qu’il avait réussi à attiser la curiosité de tous, il termina son discours. Et à son rictus désordonné se rajouta un étrange sentiment de mal être qui s’empara du groupe de lycéens.

    - Vous aurez l’immense honneur de faire partie de la première vague de civils à avoir le droit d’être vaccinés ! »

    Profond silence dans l’assemblée. Le calme qui précède la tempête. Tempête qui ne mit d’ailleurs pas longtemps à arriver, car bientôt de nombreux murmures s’élevèrent parmi les élèves, murmurent qui se muèrent rapidement en plusieurs conversations éclatantes. Et, au ton employé, pas franchement enthousiastes à l’idée de se faire piquer comme ça, au dépourvu.

    « Quoi ? lâcha finalement Axel, qui pour une fois ne beuglait pas.
    - Ils sont fous ? interrogea Karl.
    - C’est bien trop tôt… murmura Raya.


    Tsuhiko et Elisabeth, eux, demeuraient silencieux.

    - Et nos parents ? Il faut une autorisation de leur part, un truc comme ça, non ?

    Ils regardèrent Axel, dépités. Ce devait être une bonne nouvelle, normalement. Ils allaient être les premiers à se voir offrir – gratuitement – une immunité contre l’actuelle plus grosse menace envers l’humanité. Et pourtant. Il y avait quelque chose qui clochait, qui ne leur plaisait pas. Trop brutal. Ils auraient voulu avoir le temps. Ils pouvaient très bien faire le vaccin une fois rentrés chez eux, la France n’étant pas extrêmement touchée par la maladie. Mais ce n’était pas le cas. Et ils savaient qu’ils n’avaient même pas le droit de refuser.

    - Je l’avais dit…

    Cette fois-ci, ce fut vers Karl qu’ils se retournèrent.

    - De quoi ?
    - Que j’avais un mauvais pressentiment. »




    A la cohue engendrée par l’annonce du Scientifique succéda l’agitation qui animait tout groupe de lycéens en pleine visite d’un établissement. Ils avaient rapidement enchaîné sur la visite des locaux. A croire qu’on ne leur laissait pas le temps de délibérer sur le sujet.
    Au bout de ce long couloir encadré d’immenses baies vitrées se trouvait un nouveau guichet, tenu par une jeune femme qui ressemblait de manière étrange à celle qu’ils avaient vu en bas. Ce même guichet se trouvait à l’intersection de deux autres couloirs. Si celui de gauche, sinueux et interminable, était bordé sur son côté droit d’une multitude de portes aussi blanches que la peinture qui recouvrait les murs, celui de droite était plus court. Ils s’engagèrent dans ce dernier, formant une masse ordonnée et silencieuse. Tournèrent à l’angle une fois arrivés au bout. Et débouchèrent… à l’entrée d’un gigantesque hall où allaient et venaient de nombreux hommes et femmes. Certains d’entre eux étaient suivis par un ou des groupes de personnes, malades ou non. Le but de leur venue était plus qu’évident : ils venaient se faire vacciner. C’était avec fascination qu’ils contemplaient ainsi cette énorme fourmilière, encore bordée de vitres qui laissaient à loisir un soleil fictif en illuminer les moindres recoins.

    « Mais comment ce bâtiment peut-il abriter un tel endroit ? Je veux bien qu’il soit grand, mais quand même…
    - On en a vu que l’entrée, Tsu’.
    - Mais on est dans la tour !


    Elisabeth se tut, perplexe. Cet endroit était véritablement hors du commun.

    - La tour borde le bâtiment. Elle doit tout simplement conduire aux étages supérieurs.
    - Nous ne sommes pas passés par la tour.


    Ils regardèrent Raya, qui continuait de fixer le hall sans ciller.

    - Enfin, ce n’est pas la Grande Tour.
    - Tu vas me dire que le Grand Ascenseur n’appartient pas à la Grande Tour ?


    Tsuhiko paraissait estomaqué. Elle se décida enfin à lui accorder un peu plus d’attention, arrachant à son regard cette vue qui attirait tant.

    - Faut croire que non.
    - Et comment tu sais ça, toi ?
    - Je le sais, c’est tout. »


    Il haussa un sourcil. Autant l’avouer, il comprenait de moins en moins. Et même s’il ne s’en apercevait pas, ses amis étaient dans le même cas que lui.

    On finit par leur faire quitter le lieu, les entraînant dans de nouveaux couloirs qui donnaient au Kingdom Institute l’allure d’un véritable labyrinthe. Finalement, les murs laissèrent place à de nouvelles vitres qui permettaient de voir l’intérieur des salles les entourant. Il était bien sûr hors de question qu’ils entrent directement dedans. C’aurait été une pure folie.

    Première salle. Spacieuse, pas trop encombrée. Personne à l’intérieur. De nombreuses fioles disposées de façon minutieuse sur de grandes étagères alignées le long des parois. Au milieu, une longue table d’environ quatre mètres sur deux. Trois microscopes.

    « Voici, pour débuter, la salle où sont rangés tous nos traitements potentiels et à l’essai. Les microscopes que vous pouvez voir nous servent à évaluer les effets de ces mêmes traitements sur les virus traités. Avant que vous ne pensiez que notre système de sécurité laisse à désirer, sachez que tout ce qui est présent ici n’est absolument pas apte à contaminer qui que ce soit, dans l’optique d’une malencontreuse et impossible erreur de notre part. Ce sont par ailleurs les maladies les moins dangereuses. Le rhume y est notamment traité, pour vous donner un exemple.


    Axel se rapprocha discrètement de Karl, qui observait d’un air détaché l’espace présenté.

    - Le rhume ? Ils sont pas un peu cons, sérieusement ?
    - C’est toujours bon à prendre. Combien de fois par an sommes-nous obligés de subir ça ?
    - Peut-être, oui. Mais c’est possible de se vacciner contre ça ? Ca a pas plein de souches différentes, un truc du genre ?
    - L’Homme se prend pour Dieu. Il n’y a pas à chercher plus loin. »


    Seconde salle. De nouvelles étagères sur les côtés. Des meubles avec des tiroirs. Un lavabo dans un coin. En son centre, une table d’opération. Longius ne fit aucun commentaire. Elisabeth serra les dents.
    Troisième salle, raccordée à la seconde. Des cages de partout, de différentes tailles. Abritant des animaux allant du rat au chien. Si la plus grosse majorité d’entre eux semblait totalement abattue, dans un état proche de la léthargie, elle remarqua que dans un coin situé un peu plus à l’écart, sur la droite, rats, chats et surtout chiens semblaient étrangement agités. Un Beagle aboya avec une rage horrifiante sur leur passage. Son cou était rasé. Il y eut une fois de plus des murmures. Elisabeth écumait.

    « C’est horrible… murmura Raya.
    - Horrible, tu dis ? C’est TOTALEMENT CON OUI.


    Tous se tournèrent vers elle. Raya lui donna un petit coup d’épaule.

    - Calme-toi.
    - Comment veux-tu que je me calme FACE A CA ?!
    - Mademoiselle Leroy !


    Elisabeth se retourna vers Darraut, se retenant de justesse de lui hurler dessus. Et le regard qu’elle lui lança le dissuada de participer à la bataille et le fit se retourner vers Longius, qui continuait son explication.

    - Ici sont stockés les cobayes qui nous servent à tester nos traitements…
    - Stockés. Stockés. Ecoute-le, ce gros fils de pute. Il en parle comme s’ils n’étaient que de vulgaires objets… de la marchandise, de la merde !


    Tsuhiko et Axel se lancèrent un même regard, préférant se taire sur ce coup-là.

    - Tu ne peux rien y faire, Lisa.
    - Et pourquoi ? Pourquoi, hein ? En quel honneur leur font-ils ça ?!
    - Pour sauver des gens !


    Elisabeth s’arrêta brusquement, se retournant vers Cindy. Cette grosse traînée de Cindy. Cette incapable. Cette abrutie. Elle inspira profondément, son teint passant peu à peu du pâle à l’écarlate.

    - Et ?
    - Et quoi ?
    - Ben vas-y. Développe. Continue, je t’écoute. Crache ta sagesse démoniaque à la gueule des impies, tu veux ?!


    Cindy écarquilla les yeux, offensée. Si elle avait toujours connu de nombreux différents avec Elisabeth, c’était bien la première fois qu’elle la voyait dans un tel état. Mais elle ne se démonta pas. Elisabeth n’était qu’une imbécile, de son point de vue. Et elle raisonnait selon le fait qu’elle avait toujours raison, et qu’en conséquence elle se devait de prêcher la bonne parole qui était sienne en public pour que justice soit faite. Vous, humbles disciples, soyez illuminés par la Connaissance Divine de Cindy Rosbel.

    - Bah, ce sont que des animaux.
    - Et ?
    - Et on s’en fout des animaux. C’est mignon, mais c’est tout. C’est bête – elle sourit légèrement en comprenant l’étendue cosmique du jeu de mots qu’elle venait de faire, mais qui ne sembla pas atteindre le reste du commun des mortels. Grâce à eux, ils sauvent des humains.
    - Mais c’est pas vrai. Tu es encore plus conne que ce que je pensais. Tes parents assument bien ?


    Cindy s’apprêta à répondre, mais Elisabeth lui coupa immédiatement la parole.

    - Et ?! Et c’est tout, peut-être ? Mais dis-moi, espèce de petite péripatéticienne de mes deux ovaires, EN QUEL HONNEUR COMPTERIONS-NOUS PLUS, NOUS, PUTAINS D’HUMAINS DE MERDE, QU’EUX ?! QUI EST LE CON QUI A DIT QUE LA VIE D’UNE FOURMI AVAIT MOINS D’IMPORTANCE QUE CELLE D’UN HOMME, HEIN ?! QUI CA ?!! TOI, PEUT-ETRE ?! TOI, GRANDE PRETRESSE DE LA CONNERIE, TRAINEE EN PUISSANCE, ECERVELEE A LA CON DONT LE QI NE DOIT MEME PAS DEPASSER LES DEUX ET DEMI ?!
    - Lisa…
    - TA GUEULE, TSU’ !


    Elle enrageait. Elle était folle. Elle avait les larmes aux yeux. Tous la regardaient à présent. Santiag était muette, Rose interloquée. Tsuhiko, Axel, Karl restaient de marbre, indécis. Raya semblait désespérée. Longius lui adressait un regard empli de la méprise de celui qui se fout de ce genre de choses, parce que « c’est pour la Science ». Et Darraut lui hurlait de se taire. Elle n’entendait plus rien. Plus rien, si ce n’est les aboiements étouffés de ce chien, aboiements à peine audibles. Les vitres étaient insonorisées. Comme ça, on ne les entendait pas, quand ils hurlaient de douleur.
    Elle inspira profondément. Et désigna d’un bref signe de tête la pièce d’à côté, devant laquelle ils s’étaient arrêtés. Cette même pièce qu’elle avait tant redouté de voir, cette pièce qui la mettait hors d’elle, cette pièce qui représentait à la perfection tout ce qu’elle haïssait chez l’humain. Cette pièce maudite.

    - ECOUTE-MOI. Tu vois, ce chien, là, celui qui aboie ? C’est un Beagle. Et tu sais quoi ? Les Beagles, les Scientifiques, ils les aiment bien. Pas parce qu’ils sont mignons, non. Pour la simple et bonne raison qu’ils sont qualifiés comme étant des chiens qui ne mordent pas. Le Beagle, c’est cool. Tu le piques, tu le frappes, tu lui ouvres le bide et trifouille dans ses boyaux sans anesthésie, il te dit rien, ou presque. Et si par malheur il ose sortir de cette catégorie pacifiste qu’on lui attribue d’office, eh bien, on peut toujours le remplacer. On le bute, on l’éclate contre un mur, après tout, CE N’EST QU’UN TAS DE VIANDE, UN VULGAIRE STEAK, UN ANIMAL. Et toi, t’as pas une gueule de steak peut-être ? Pourquoi à eux on leur infligerait ça, et pas à toi ? Pourquoi aurait-on le droit de détruire leurs vies à eux, et pas à nous ? Un chien, c’est mignon, c’est gentil, c’est bien. Un humain c’est rempli de vices, un humain c’est méchant. Un bébé, c’est moche, ça pue, ça sert à rien, ça braille, c’est répugnant. Alors pourquoi donc privilégierait-on le chien, dans ce cas-là ? Le rat ? Pourquoi ne nous contenterions-nous pas de mener nos expériences DE MERDE sur les humains, étant donné que tout ça, c’est pour nous sauver NOUS, nous qui sommes soi-disant la race supérieure ? Mon cul, ouais. On est que des cons. Ce ne sont que des cons. ET CE TYPE…

    Elle marqua un arrêt. Elle tremblait. Elle se retourna finalement vers Longius, qui l’observaient à présent avec dédain. Et un léger sourire en coin. Ca ne lui faisait rien, à lui. Il s’en foutait, lui. Ce type…

    - ET CE TYPE, LA, N’EST QU’UN CONNARD. UN REBUT. DES GARS COMME LUI… IL FAUDRAIT LES IMMOLER SUR DES PLACES PUBLIQUES ! »

    Et elle finit par éclater en sanglot. La simple vision de ces êtres qu’on réduisait à la servitude avec pour seul motif qu’ils n’étaient pas de la même race – elle, elle voyait ça comme du racisme, mais n’en était-ce pas, après tout ? – lui déchirait le cœur. Si Elisabeth n’avait jamais été sensible… ça, ça la détruisait totalement. La simple idée de ces animaux endurant le pire pour la simple bêtise humaine suffisait à ce que son âme se brise. Et s’éparpille au gré du vent. Ils n’avaient pas le droit de subir ça.

    Et eux… eux, ça les atterrait tout autant de voir leur amie dans un tel état.

    La réaction fut immédiate. Les vociférations de Mr. Darraut redoublèrent d’intensité – ils découvrirent alors que les capacités que lui offraient ses cordes vocales était absolument hors du commun – tandis que Mrs. Santiag la prenait par les épaules pour l’amener hors de la vue des autres. Elle se laissa faire, n’opposa aucune résistance. Elle n’était plus vraiment là. Cindy demeurait immobile, les yeux légèrement exorbités. Silencieuse, alors que le bruissement des discussions qui venait de reprendre autour d’elle s’intensifiait.

    « Le chien s’est tu.

    Axel s’approcha de Raya.

    - Qu’est-ce que t’as dit ?

    Elle se retourna vers lui. Si son visage ne reflétait rien, son esprit, lui, était désemparé. Et en proie à une profonde confusion.

    - Le chien s’est tu. »

    Axel tourna la tête en direction de la Troisième salle. Et en effet, le Beagle n’aboyait plus. Il les regardait, silencieux. Tremblant. Il détourna le regard. Désolé, petit. Mais du haut de mes 17 ans, je ne peux rien pour pallier à ta détresse, si ce n’est maudire ceux qui t’ont fait ça en silence. Les maudire, oui.
    La visite venait tout juste de débuter, et ils n’étaient déjà plus que quatre.


Dernière édition par Shade le Dim 31 Mai 2009 - 20:49, édité 2 fois
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Mira
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 29 Avr 2009 - 12:30

Pas deux, trois xD Je suis ça depuis un petit moment déjà, mais n'ayant rien à en dire... Expliquons nous : c'est extrêmement bien écrit. Je ne vois aucun problème majeur, aucune incohérence... Que du bon, quoi. Tu as un style absolumment génial, ya une ironie dans ce que tu écris... Superbe xD

Je m'identifie pas mal à Elisabeth, vu que j'ai exactement la même façon de voir les choses, a quelques détails près... D'ailleurs, j'apprécie beaucoup ton travail sur les personnages, ils ont pas mal de profondeur.

Bref, j'aime vraiment beaucoup, je lirais la suite avec plaisir =)
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Dim 3 Mai 2009 - 14:21

    Le fanclub s'agrandit =p
    Merci beaucoup. J'en venais presque à me dire que personne - enfin, quasiment personne - n'y prêtait attention x3
    Faudrait quand même que j'essaie de me varier, y a des termes qui reviennent très souvent dans ce que j'écris, et encore, j'essaye de les espacer de sorte à ce que ça soit pas visible. Bref. Normalement ça devrait enfin s'activer à partir du prochain chapitre, mais comme les vacances sont terminées, il risque de mettre du temps à venir.


    Chapitre 6 : La Science.



    « Je vais la voir, lâcha brusquement Raya, qui fit mine de se diriger vers la sortie.
    - Hey, attends !


    Axel la rejoignit rapidement, délaissant ses deux autres compagnons qui continuaient de suivre sans aucun entrain la visite des locaux.

    - Tu peux pas y aller.

    Elle le dévisagea d’un air sceptique, ce qui, pour une personne aussi peu expressive qu’elle, tenait presque du miracle.

    - Cela fait une demi-heure qu’elle et Santiag sont parties.
    - Elles ont dû rentrer. Tu comptes retourner à l’hôtel toute seule ? T’es même pas sûre qu’ils te laisseront sortir.
    - Mais je ne peux pas rester ici sans rien faire, à continuer de suivre l’autre con comme si de rien n’était.


    Axel plissa légèrement les yeux. L’autre con ? C’était bien la première fois, depuis qu’il la fréquentait, qu’il l’entendait s’exprimer ainsi. Elle devait être véritablement en colère, et c’était plutôt surprenant. A force de la voir aussi stoïque et imperturbable, il en était presque arrivé, au fil des années, à la considérer comme une sorte d’humain surclassé, la représentante peut-être unique d’une espèce à part qu’il ne pouvait comprendre, et ce même s’il était, sans aucun doute, celui qui la cernait le mieux. Il devinait ses pensées, ses idées, plus facilement qu’Elisabeth. Il avait même réussi, par un jour de grande pluie, à lui arracher un faible sourire au prix d’une blague particulièrement recherchée – mais pas pour autant intelligente. L’exploit avait été tel qu’il l’avait hurlé à tue-tête et à qui voulait l’entendre pendant presque deux heures. S’il était de nouveau passé pour un crétin fini aux yeux des autres, il avait gardé de ce jour-là un excellent souvenir, et sentait toujours une once de fierté monter en lui lorsqu’il se rappelait l’évènement. Axel Taylord. Celui qui avait réussi à amuser Raya McNegan. Il y avait de quoi se vanter, en même temps.

    - Ce serait stupide de tenter de te barrer. Tu ferais que t’attirer des ennuis.
    - C’est rare de te voir aussi sérieux, répondit-elle, un faible sourire au coin des lèvres.


    Un faible sourire, oui. Il venait de réaliser la chose pour la deuxième fois. En ce jour miraculé où, s’il pleuvait, il n’en savait strictement rien. Il se promit de téléphoner à sa mère en rentrant à l’hôtel pour lui demander comment était le temps, chez eux. Et, enhardi par le miracle, il se jura de recommencer, en espérant que cette fois-ci, ce serait dans des conditions plus louables.

    - Faut pas croire.

    Elle ne lui répondit pas. Son regard était de nouveau vide, bas, mais il perçut la tristesse et la déception – peut-être mêlées à une pointe de rage – qui l’habitaient. Il amorça un geste de la main en sa direction, mais se ravisa. Il ne lui aurait servi à rien de la prendre par l’épaule pour la ramener auprès du groupe, il savait qu’elle le suivrait sans faire d’histoires. Et puis, ce n’était pas le genre de choses que l’on faisait avec Raya.

    - TAYLORD, MCNEGAN, AU PIED !

    Gloussements parmi les élèves. Il leva les yeux vers Darraut qui les fusillait du regard, s’étant arrêté tandis que Longius continuait inexorablement de citer les fonctionnalités de tel ou tel appareil et de résumer d’une façon pas franchement explicite quelles recherches étaient menées, quelles expériences étaient pratiquées dans telle ou telle salle en déambulant dans le couloir.

    - Quel enfoiré, ce type…

    Il grommela quelques imperceptibles injures. L’éthique était bien rude et la hiérarchie aussi. La chimère de son poing venant se fracasser dans le nez de Claude Darraut appartiendrait sans doute à jamais au domaine de l’inaccessible. Et c’était bien dommage.

    - Allez, ramène-toi, on la retrouvera après. Santiag doit être avec elle, y a pas de raison pour que ça aille mal. Au vu de la tête qu’elle tirait, elle n’avait pas du tout l’air opposée aux propos de Lisa.
    - Et lui, ça l’a fait rire.
    - De quoi ? l’interrogea-t-il, quittant finalement leur professeur de mathématiques des yeux pour la regarder de nouveau.
    - Longius. Il rigolait. Non, il jubilait carrément. Je l’ai vu. Ca l’éclatait de la voir dans cet état. Il est pas normal. On peut se moquer des gens, je le sais. Mais lui, il est pas normal.


    Et, face au mutisme qui s’emparait soudainement d’Axel, elle reprit :

    - Je le hais.
    - DEUX HEURES DE PLUS !


    Axel releva brusquement la tête vers Darraut, qui continuait de rester planté à quelques mètres d’eux. Sentant la colère influer en lui, il prit une brève inspiration dans le but de se calmer.

    - MAIS C’EST BON, PUTAIN, ON ARRIVE. »

    Sans un mot de plus, ils s’en retournèrent aux côtés des autres élèves qui avaient déjà bien progressé, ignorant royalement le professeur pour se joindre de nouveau à Tsuhiko et Karl qui discutaient avec monotonie.

    « Elle voulait la rejoindre ? » interrogea Tsuhiko lorsqu’Axel se fut de nouveau posté à sa gauche.

    Il se contenta d’acquiescer d’un petit signe de tête à la question de son ami. Ses pensées étaient ailleurs. Elle avait dit qu’elle le haïssait. Or, en temps normal, Raya ne haïssait pas les gens. Décidément, cet homme le rebutait un peu plus à chaque instant.

    Longius s’arrêta. Les lycéens en firent de même, levant finalement les yeux vers le Scientifique. De nouveau, un horrible rictus déformait avec brio ses traits déjà relativement disgracieux. Une lueur de fierté brillant au fond de son regard, il s’éclaircit brièvement la gorge.

    « Et voici le clou du spectacle !

    Regards interrogateurs chez les élèves, attitude béate pour Darraut. Stéphane Longius leva la main et désigna d’un ample geste une lourde porte métallique derrière lui. A côté de cette dernière, fixé au mur, un petit boitier de sécurité. Et le logo « biohazard » affiché juste au-dessus de la poignée laissait clairement comprendre ce qu’ils allaient trouver au-delà de cette sécurité draconienne.

    - Derrière-moi se trouvent les laboratoires spécialisés dans l’étude de la Ralliah. Comme vous pouvez le constater, nous ne lésinons pas sur la sécurité et tout risque de contamination est évité. Vous allez à présent pénétrer dans un espace top-secret. C’est une chance qui n’est pas accordée à tout le monde…

    Tsuhiko se serra contre Karl.

    - Top secret, hein ?
    - Il essaye de nous motiver. Il veut attirer notre attention.
    - Ca a l’air de marcher. Ce type est un maître de la manipulation psychologique sur ados, regarde les autres, ils ont l’air ravis à l’idée de pénétrer dans l’Antre du Diable.
    - Je crois que celui qui marche le plus, c’est Darraut.
    - Ouais… au moins, ce voyage en aura réjoui un.
    - Tu n’étais pas réjoui, toi, avant qu’on parte ? l’interrogea Karl avec un haussement de sourcils.


    Tsuhiko se tut. Sur ce coup-là, il marquait un point.

    - Okay, okay, mais je voyais pas la chose comme ça.
    - Tsu’, c’est un voyage scolaire, pas une colonie de vacances.
    - J’aime pas les colonies de vacances.


    Soupir de Karl.

    - Tu vois ce que je veux dire.
    - Ouais, ouais, je déconne, répondit Tsuhiko en souriant. Mais…
    - Mais ?
    - Mais y a un truc qui me plaît pas dans le coin. Autant quand on est arrivés en ville ça allait, mais maintenant je suis impatient d’être de retour chez moi.
    - Même si cela signifie de retourner en cours ?
    - Ouais.


    Ce fut autour de Karl de marquer un blanc. Il parcourut les alentours du regard. Tous deux pensaient exactement à la même chose.

    - Moi aussi.
    - Est-ce vraiment juste de nous faire entrer là-dedans ? les interrompit Raya, qui se rapprochait d’eux à son tour.
    - Je n’en suis pas vraiment sûr, lui répondit Karl en se retournant vers elle.
    - Moi, en tout cas, je m’en passerais volontiers, rajouta Axel qui avait décidé de se joindre à leur conversation.
    - Finalement, on devrait peut-être tous se barrer. On prétexte que c’est pour aller voir Lisa-chan, finit par dire Tsuhiko, perplexe.
    - Ce ne serait pas qu’un prétexte, grommela Raya.
    - Non, non, bien sûr que non.
    - Je pense que c’est une bonne idée.


    Axel leva les yeux vers Karl.

    - Si toi, tu penses que c’est juste, alors on peut tenter le coup.

    Il se reçut un léger coup de coude dans les côtes de la part de Raya.

    - Eh, tout à l’heure c’était différent, tu sais. Tu pouvais pas partir toute seule comme ça. Là, on est ok pour te suivre.
    - Et les heures de colle ? Je crois que vous êtes déjà blindés, Tsu’ et toi.
    - Une de plus, une de moins, on est pas à ça prêt. Hein, Sushi ?
    - Ouais.
    - On pourrait même tenter de prendre le premier bus venu pour revenir sur la terre ferme. Je dois avouer que j’ai de plus en plus l’impression d’étouffer, ici.
    - L’air frais me manque aussi… marmonna Karl.
    - Bon. Arrêtons de bavasser. On se barre ?


    Ils se tournèrent tous vers Tsuhiko.

    - Oui, on se…
    - Bien ! Je cesse de nouveau de discourir pour vous laisser continuer la visite.


    Tous levèrent les yeux vers Longius, qui s’écartait pour composer discrètement le code permettant le déverrouillage de la porte. Et tandis qu’une sueur froide montait en eux, l’accès à la zone placée sous haute surveillance se libérait.

    - Et merde, grogna Tsuhiko.
    - On a plus le temps. »


    Et c’est sur cette phrase d’Axel qu’ils pénétrèrent dans ce qui avait été défini par l’un d’entre eux, un peu plus tôt, comme l’Antre du Diable. Surnom qui était sans doute attribué à juste titre. Mais ça, ils ne pouvaient le savoir.

    La Porte des Enfers franchie, les lieux étaient sensiblement identiques à ceux qu’ils venaient de quitter, à l’exception près que c’était encore plus blanc, plus reluisant, et moins peuplé. C’est à peine s’ils croisèrent un homme en blouse qui disparut rapidement derrière une autre porte gardienne. Il fallait pour accéder aux salles passer au préalable par un bac de décontamination. Les conditions étaient les mêmes pour en sortir. Mais eux se contentaient de rester dans les couloirs et d’écouter encore et encore les récits de leur accompagnateur. L’agencement des pièces était le même, et ils passèrent devant une réplique de la troisième salle. Ce qu’ils y virent ne fit qu’accentuer leur désir de quitter les lieux au plus vite. Les symptômes chez les animaux étaient relativement semblables à ceux qui touchaient les humains. Leurs oreilles semblaient partir en lambeaux, leurs yeux coulaient. Néanmoins, ils étaient en période de rémission et c’était visible. Tous étaient calmes, le plus souvent prostrés dans un coin de la minuscule cage qui leur servait de lieu de vie.

    « Et que deviendront-ils, après ? interrogea Tsuhiko.
    - Je suppose qu’ils serviront à tester de nouvelles maladies, répondit Karl d’un ton atterré.
    - A moins qu’ils ne les tuent. Ils sont pétés de thune, ça doit pas être une grosse perte pour eux d’en racheter, ajouta Axel.
    - En tout cas, ça m’étonnerait qu’ils leur offrent une retraite.
    - Je suis heureuse qu’Elisabeth ne soit pas là pour voir ça, murmura Raya.


    Axel baissa les yeux vers elle.

    - Oui. »

    Le claquement rythmé et frénétique de talons martelant le carrelage attira finalement leur attention. Ils furent soudainement dépassés par une nouvelle jeune femme aux cheveux bruns dont les traits tirés exprimaient une certaine anxiété. Cette dernière ne prêta pas attention au groupe d’élèves – a croire qu’il n’y avait que Longius qui était capable de les voir, vu le peu de réactivité dont les employaient des lieux faisaient preuve à leur égard, mais peut-être était-ce tout simplement dû au fait qu’ils avaient mieux à faire que de s’occuper d’une bande de clampins dans leur genre – et se dirigea vers celui qui les accompagnait.

    « Stéphane, puis-je vous parler ?

    Longius leva les yeux vers les élèves, qui le contemplaient avec curiosité, puis baissa de nouveau le regard dans sa direction.

    - C’est très important, ajouta-t-elle, visiblement très tendue.

    Longius hocha légèrement la tête avant de se retourner vers eux, tentant de masquer la gène qui le gagnait sous un autre de ses sourires répugnants.

    - Si vous voulez bien m’excuser quelques instants… »

    Et sans un mot de plus, il les abandonna pour s’éloigner avec la nouvelle venue et pénétrer en sa compagnie dans l’une des salles qui les attendaient un peu plus loin. Laissant Darraut planté au milieu du couloir comme un drapeau serait abandonné au milieu d’une vaste étendue désertique… sur la lune.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Dim 3 Mai 2009 - 14:21


    « C’est pas que je voudrais remuer le couteau dans la plaie, loin de là…

    Tous levèrent les yeux vers Tsuhiko.

    - Mais là, j’ai vraiment l’impression qu’y a un problème, quoi.
    - Tu n’es pas le seul, si ça peut te rassurer, ajouta Karl.


    Axel les dévisagea l’un après l’autre, puis observa quelques instants la porte qui les avait laissés disparaitre. Ils auraient parfaitement pu s’éloigner de sorte à ne pas pouvoir être entendus. Mais non, ils étaient allés dans une salle, avaient carrément quitté le couloir. Ca ne pouvait pas être bénin. Mais lui n’en tenait plus. Cette mauvaise ambiance le déroutait. Et le seul moyen qu’il avait à sa disposition pour y pallier était de faire le con. Comme d’habitude. Il finit par pousser un profond soupir exaspéré.

    - Ah, c’est bon, allez, on se croirait dans un film d’horreur à petit budget. Que pourrait-il nous arriver ?

    Raya hésita un instant.

    - Le virus de la Ralliah est stocké ici. Il y a même des contaminés en bas.
    - Et tu as peur d’être contaminée ?


    Il fronça les sourcils. Et merde. Ils étaient passés juste à côté des malades en venant, en avaient croisé d’autres en traversant le second hall. Ce n’était pas prudent du tout, au vu de la capacité du virus à se propager dans l’air avec une vitesse foudroyante. Peut-être étaient-ils déjà contaminés. Et personne n’avait pensé à ça ?

    - Ils comptent nous vacciner, intervint Karl qui semblait avoir deviné à quoi pensait son ami. Ils n’ont pas dû juger utile de nous écarter du danger.

    Sauf que quelque chose clochait.

    - On doit pas être malades quand on se fait vacciner, murmura Raya. L’organisme ne doit pas être affaibli.

    Un silence de mort s’abattit sur la troupe. Tous demeuraient perplexes, et un vent glacial semblait souffler sur eux, les gelant littéralement sur place. Ce n’était pas bon, pas bon du tout. S’il avait voulu détendre l’atmosphère, Axel venait d’obtenir l’effet inverse. C’était pour ainsi dire un échec total, et il fallait trouver un remède à cela. L’idée lui vint.

    - Hey, n’empêche…

    De nouveau, leur attention se reporta sur lui. Il attendit un instant, faisant durer le suspense à l’image de Longius un peu plus tôt pendant la visite. Voyant la tension qui crispait leurs visages grimper, il finit par lâcher sur un ton suspicieux :

    - Vous vous demandez pas pourquoi ils se sont cachés, tous les deux ?

    Perplexité totale. Ils ne comprenaient pas. Il désigna d’un vague signe de tête l’endroit où ils s’étaient soustraits à leur vue.

    - Top secret, grommela Karl.

    Désespéré, Axel adressa un regard implorant à Tsuhiko. Et les traits du jeune nippon changèrent du tout au tout. Une vague de soulagement sembla le souffler de l’intérieur. Bien, ça avait marché.

    - OH ! NON ! TU NE PENSERAIS TOUT DE MEME PAS QUE… ?!

    Il ignora l’air intrigué de Darraut pour hocher la tête, un sourire en coin. Merci, Tsuhiko. Tu me sauves la vie. Tu nous sauves la vie.

    - MAIS… AXEL, TU AS VRAIMENT L’ESPRIT TORDU !
    - Oh, mais c’est évident. Il doit bien y avoir au moins un type de fille pour fantasmer sur… ça
    - C’EST ABSOLUMENT DEGOUTANT. TU DEVRAIS AVOIR HONTE ! On va voir ?
    - Si tu n’as pas peur d’avoir les yeux brûlés…
    - Vous êtes totalement cons.


    Ils se tournèrent vers les deux autres qui, visiblement, venaient de comprendre la presque subtile allusion. Axel se contenta de sourire, tandis que Tsuhiko, beaucoup plus sérieux, reprit avec outrance :

    - Mais Kaaaarl, c’est la nature voyons ! C’est beau !
    - Je crois que nos conceptions de la beauté sont relativement opposées…
    - Allons ! TU NE PEUX DIRE CA. Tu es un homme, un mâle ! Tu te dois de t’intéresser à ces choses-là !
    - Mmmh…


    Tsuhiko se retourna vers Axel, qui détaillait les deux autres avec insistance.

    - Notions relativement opposées ?

    Il s’avança vers Tsuhiko avant de lui donner un léger coup de coude.

    - Dans le genre… Raya ?
    - AHA. IL S’EST DENONCE TOUT SEUL.


    A la surprise et au dépourvu de Karl s’ajoutèrent un léger rougissement. Il venait de se tuer tout seul, oui.

    - Oh, mais regaaarde, Tsuuuuuu…
    - Il est tout rouge ! C’est trop mignon ! Il est trop chou !


    Karl releva les yeux vers eux, indigné.

    - Arrêtez de déconner, sérieusement…
    - Mais nous ne déconnons pas ! Tu es tout roooouuuuge, rétorqua Axel.
    - Comment voulez-vous que je garde mon sérieux face à ça ? C’est à cause de vos conneries que je rougis…
    - Moi je dis qu’il ment, Ax’.
    - Et moi je dis que tu as raison, Tsu’. »


    Raya ne les écoutait pas, ou tout du moins ne les écoutait plus. Elle remerciait intérieurement les deux garçons de leur avoir permis d’oublier durant quelques instants la situation dans laquelle ils se trouvaient, et ce même si leur méthode était plutôt ridicule et énervante. Néanmoins, la porte venait de s’ouvrir de nouveau, laissant Longius réapparaître, immédiatement suivi de la jeune femme. Celle-ci semblait à présent agitée, et le visage de leur accompagnateur était définitivement crispé, malgré l’air détendu qu’il tentait d’arborer – en vain.
    Les deux compères arrêtèrent bien vite de charrier leur ami pour regarder à leur tour dans la même direction de la jeune fille, bientôt imitée par tous les autres lycéens et leur professeur. Néanmoins, Axel était un brin soulagé. Jamais il ne serait assez reconnaissant envers Tsuhiko. Ce dernier était toujours prêt à lui venir en aide dans ce genre de situation, et sans s’en apercevoir, il avait encore volé à sa rescousse. Merci, Tsu. Vraiment.

    « Ils sont pas débraillés… » lui chuchota son ami japonais. Axel se contenta de sourire. Longius, en se rapprochant d’eux, se frotta les mains. La femme leur passa à côté et s’éloigna d’un pas vif, redoublant d’efforts pour faire claquer ses talons et finalement disparaître à nouveau de leur champ de vision. Longius s’efforça de sourire lui aussi, mais son rictus ne fit que le défigurer un peu plus.

    « Bien, commença-t-il en s’éclaircissant la gorge. La visite est terminée, les enfants.

    Protestations dans le groupe. Stupéfaction chez Darraut.

    - On est pas des enfants… grommela quelqu’un dans la masse.
    - Déjà ? C’est tout ?


    Claude Darraut agita les mains, leur faisant signe de se taire. Le Scientifique finit par reprendre la parole une fois le calme revenu :

    - Vous avez déjà vu tout ce qu’il y avait à voir. De plus…
    - Il essaye de nous dire qu’il n’y a pas de contretemps… murmura Axel à l’adresse de Raya.
    - … il sera 17 heures d’ici quelques minutes. Au-delà de cet horaire, notre établissement n’accepte plus les visiteurs.


    Les élèves protestèrent de nouveau, mais se turent bientôt, comprenant que cela ne servirait à rien de continuer de brailler ainsi. Ils ne pourraient changer les choses.

    - Néanmoins…

    Et il se tourna vers Darraut, qui hocha la tête.

    - Vous gardez le droit de bénéficier de votre surprise… qui n’en est plus vraiment une à présent, d’ailleurs.

    Les gorges se serrèrent, les estomacs se nouèrent. C’était visiblement inévitable. Ce fut au tour de Darraut de prendre la parole :

    - Bien ! Nous sommes trop nombreux pour tous nous faire vacciner dès ce soir. La première partie de l’alphabet viendra aujourd’hui, les autres demain.

    Expressions d’incompréhension de la part des principaux concernés. Ce type ne savait décidément pas s’exprimer. Voyant que les élèves n’étaient pas entièrement réceptifs à ses propos, il se reprit :

    - Vos noms de famille. De A à L, vous nous suivez. Les autres…

    Il sembla guetter l’apparition miraculeuse de Mélina Santiag, qui ne vint malheureusement pas.

    - Les autres, vous retournez à l’accueil. Le bus devrait être là.

    Raya tourna finalement la tête vers Axel, le teint encore plus pâle que d’habitude.

    - Qu’est-ce qui t’arrive ? l’interrogea-t-il, inquiet.
    - Elisabeth… Leroy.


    Il ne sut pas immédiatement quoi répondre. Mais elle n’était pas là, et il vit cela comme une véritable bénédiction.

    - C’est bon, tenta-t-il de la rassurer. Elle a droit à un sursis, comme nous.

    Elle hocha la tête, les yeux baissés.

    - Je veux pas de ce vaccin.
    - Moi non plus.
    - Hey ! Venez, on a plus rien à faire ici. Y en a qui commencent déjà à se barrer, intervint Tsuhiko.
    - Ouais. Allez, on dégage…


    Et il mima le geste que faisaient les médecins lorsqu’ils tentaient de faire repartir le cœur d’un patient dans un hôpital, provoquant un esclaffement de la part de Tsuhiko. Cette blague marchait toujours sur lui. Ils firent donc volte-face, rejoignant Karl et les autres pour se diriger vers la sortie. La voix de Claude Darraut s’éleva alors, les interpellant.

    - Rider !

    Ils s’arrêtèrent de nouveau et Karl se retourna en direction du professeur, bientôt imité par ses amis.

    - Rider, vous venez avec nous.

    Il le regarda, effaré. En quel honneur le R passait-il avant le L dans l’ordre alphabétique ?

    - Mais je…
    - Ne discutez pas, Rider. Vous venez, un point c’est tout. »


    Karl hésita encore un instant, jetant un regard désespéré vers ses amis. Et, se soumettant à des forces auxquelles l’on ne pouvait s’opposer, il délaissa le petit groupe pour se diriger vers Longius, Darraut et les autres élèves qui étaient prêts à aller profiter de leur « petite surprise ». Axel et Tsuhiko se regardèrent, choqués, tandis que Raya l’observait s’éloigner en leur compagnie, pour bientôt disparaître à l’angle du couloir qui leu était opposé. Karl se retourna une dernière fois et leur adressa un coup d’oeil furtif, se soustrayant finalement à leur vue. Ils étaient à présent seuls. Ils n’étaient plus que trois.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 13 Mai 2009 - 20:06

Je m'étais imprimé ton texte pour le lire :].
J'ai beaucoup aimé, il y a de l'originalité, des personnages réfléchis (un peu clichés parfois mais on fait pire ^^), une vraie histoire, une écriture sympa presque sans fautes d'orthographes. Il y a quelques défauts techniques (comment les plantes poussent-elles sans lumière ?) mais on te demande pas d'écrire un roman ^^.
L'histoire m'intéresse, j'attends la suite et j'espère que tu l'écriras.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Jeu 14 Mai 2009 - 16:24

    Merci =)
    Pour les persos clichés, c'est voulu. Disons que pour l'instant, certains semblent vraiment typés, mais par la suite on découvrira qu'ils sont beaucoup plus profonds que ça. Enfin, j'essaierai de faire découvrir ça, encore faut-il le réussir.
    Pour les plantes... soleil artificiel. On peut supposer qu'ils sont parvenus à intégrer des UV au truc, à moins qu'ils les aient manipulées génétiquement pour pallier au problème de la photosynthèse, le tout en ajoutant une couleur verte avec une autre transgenèse. Oh, des plantes rouges et bleues //BLAF//
    Je veux bien que tu me dises où sont les fautes, d'ailleurs, si tu les as en tête, parce que... c'est long de relire, j'avoue.
    J'avais un peu commencé la suite, mais je continuerai plus tard, j'ai plus urgent en tête ^^
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Jeu 14 Mai 2009 - 18:50

Bah, je pense que j'en ai vu qu'une : "employaient" au lieu de "employés".
J'ai pas noté où par contre... Enfin, une faute c'est pas un drame.
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Hax
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 15 Mai 2009 - 6:24

    Tu sais pas à quel chapitre c'est par hasard ? ._.
    [ Pour moi, une faute, c'est un drame, je suis trop pointilleuse sur les détails xD ]
    Merci de l'info en tout cas.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 15 Mai 2009 - 17:42

I love you Moi j'aime beaucoup. C'est vrai que les personnages paraissent par instant assez "clichés" mais personellement, je trouve qu'on commence déjà à voir la profondeur de chacun d'entre eux. J'ai juste une remarque...Non, deux :

Citation :
La chimère de son poing venant se fracasser dans le nez de Claude Darraut appartiendrait sans doute à jamais au domaine de l’inaccessible.

DANS le nez de Claude Darraut ? xDD

Bref, ensuite dans le même chapitre, il me semble, on a de long passages de dialogues où l'on n'a aucune intervention de la narration. Je pense que ce serait pas mal, dans ce cas là, si il y en avait, comme "dit Personnage X", etc. D'un autre côté, comme les phrases en elles même ne sont pas trop compliquées ni trop longues, ça ne fait pas confus du tout, donc ça, à la limite, ça n'a aucune importance. Bref, j'attend la suite avec beaucoup d'impatiente, c'est vachement accrocheur et je commence déjà à m'attacher aux personnages =D *à la limite du statut "groupie"*
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 15 Mai 2009 - 19:05

    =p
    Bah, oui, dans le nez. Mon poing dans ta gueule, mon poing dans ton nez, quoi x3

    Bon les " dit machin ", j'y pense, mais je trouve que ça fait répétitif à la longue. Enfin, on va dire que je fais ce que je peux pour qu'on comprenne qui parle =)
    J'ai remarqué que beaucoup de gens aimaient bien Axel... okay, j'avoue, c'est aussi mon cas. Hrm. Non, je ne mettrais pas de smiley à la fin de cette phrase, même si j'en crève d'envie.
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Ven 15 Mai 2009 - 20:12

J'aurais mis plutôt "sûr", en fait xD Ca donne l'impression qu'il lui enfonce la main dans la narine, c'est pas très euh... Voilà.

Je préfère Karl pour une raison inconnue, pour ma pomme. Mais j'aime bien Axel, surtout car j'ai un bon ami dont le nom est très proche et le caractère tout autant xD
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Lun 18 Mai 2009 - 17:03

Waouuuu ! *o*

Au début je pigeais que dalle, puis au fur et à mesure que je lisais l'histoire -j'y ait quand meme passé 2h15-, je comprenais ... J'adore la facon dont tu écris tes textes ! Et ca les rend smagiques, mystérieux ...

Viiiivement la suite ! *je suis impatiente de savoir pourquoi il est obligé d'aller s'faire vacciner, Axel xD*
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mar 26 Mai 2009 - 19:58

    Mais c'est tellement plus poétique, " dans "... What a Face

    * post en retard qui sert à rien *
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 27 Mai 2009 - 11:50

La suite est en cours ? What a Face
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 27 Mai 2009 - 18:24

    =p

    Chapitre 7 : Un Jeudi Noir.



    « Pourquoi ont-il embarqué Karl ?


    Elisabeth attaqua de plus belle la barre de chocolat qu’elle torturait depuis un bon moment déjà. Elle semblait totalement remise, de nouveau fidèle à elle-même. Mais ils ne pouvaient dire si ce n’était qu’une impression due à son comportement relativement normal ou si c’était bien réel.

    - Vous croyez que ce serait parce qu’il est Allemand ? interrogea finalement Raya qui continuait d’observer avec attention le gros titre qu’affichait le Daily Seas, journal local qui alimentait chaque jour la ville de Nausicaa en informations, ragots et autres découvertes.
    - Qu’est-ce que ça a à voir là-dedans ? demanda Tsuhiko, à moitié vautré dans son fauteuil.


    Elle se retourna vers lui. S’il semblait afficher un air décontracté, tranquillement installé à côté d’eux, elle savait dans le fond qu’il n’en était rien. Son regard trahissait l’angoisse qui le rongeait. Et un regard ne trompait jamais, ou en tout cas, un regard ne la trompait jamais, elle.

    - L’Allemagne est le premier foyer de contamination en Europe.
    - Tu crois vraiment qu’ils l’auraient vacciné avant les autres… à cause de ça ?


    Son expression perplexe laissait comprendre qu’il n’y croyait pas vraiment.

    - Ca pourrait être logique, articula Elisabeth tout en terminant d’avaler un nouveau carré de chocolat.
    - C’est du racisme ! Ils le penseraient plus apte à contracter la maladie que nous, tout ça parce qu’il aime… la choucroute ?
    - J’appelle plutôt ça de la xénophobie… ou un truc du genre, finit par les interrompre Axel qui revenait vers eux, délaissant enfin son téléphone portable.
    - Pas tout à fait, mais ça y ressemble, grommela Elisabeth.
    - Hey, depuis quand tu connais des mots comme ça toi ? s’exclama Tsuhiko tandis que son confrère humoristique prenait place dans le fauteuil à sa droite.
    - Ca me vient des fois comme ça, des illuminations, tu vois…
    - Tu téléphonais à qui ?


    Il hésita un bref instant, puis releva les yeux vers lui.

    - Ma mère.
    - Ta mère ? Vraiment ?
    - Eh, te moque pas, tu veux.
    - Et tu lui voulais quoi ?
    - Savoir quel temps il faisait.


    Tsuhiko se tut, le dévisageant avec une once de surprise. Le temps qu’il faisait… ils n’avaient pas vu de véritable ciel depuis plusieurs jours. Même si l’idée pouvait paraître stupide au premier abord, ça lui manquait vraiment, à lui. Et il devait en aller de même pour les autres.

    - Et ?
    - Il pleut.
    - Oh. Je crois que je commence vraiment à en avoir marre, de l’eau. Je sais pas comment les gens d’ici font pour garder le moral.
    - Ils ne l’ont peut-être pas, intervint Raya sur un ton aussi morne que d’habitude.
    - Ou alors ils ne l’ont jamais eu, ajouta Elisabeth. Pour les plus jeunes en tout cas.
    - Tu penses vraiment qu’un gamin puisse être dépressif ? rétorqua Tsuhiko en s’enfonçant un peu plus dans son fauteuil.
    - On sait jamais.
    - Moi, en attendant, je vais pas tarder à le devenir si je respire pas de l’air frais sous peu, bailla Axel.
    - Je crois que c’est notre cas à tous, Ax’.
    - Sans doute, ouais.


    Son regard se reporta sur le journal que Raya continuait de fixer avec insistance. Tout cela lui manquait terriblement. Mais heureusement, bientôt, ils pourraient enfin rentrer chez eux. Après quoi il se promit de ne plus jamais remettre les pieds dans une cité sous-marine. Jamais, au grand jamais.

    - Tu lis quoi ? interrogea finalement Elisabeth en se penchant vers la table basse sur laquelle trônait le quotidien.

    Raya leva les yeux vers elle avant de faire glisser le Daily Seas vers elle, le retournant pour lui permettre de voir la une dans le bon sens. La première page était bien organisée. Des intitulés renvoyant à des articles étaient casés sur le côté droit, parfaitement ordonnés. En bas, une annonce à propos de la situation financière des pays les plus touchés par la crise qu’avait engendrée la Ralliah. Et en gros titre…

    - Je vois.

    Elle se cala de nouveau dans son fauteuil, jugeant le moment idéal pour mettre une fin au supplice de sa friandise qu’elle termina en un instant avant de rouler son emballage en boule et de le poser devant elle. Elle irait à la poubelle après : les quelques mètres qui l’en séparaient lui faisaient l’effet d’une mer de lave en fusion impossible à traverser pour le moment. Elle attendrait que le magma refroidisse pour se risquer à y poser un pied.
    C’était en fait une grande photo qui prenait la majorité de l’espace attribué aux annonces les plus importantes – celles qui vendaient bien, en somme. Il ne fallait que quelques instants pour qu’un œil avisé ne parvienne à reconnaître la cour principale du Kingdom Institute. Alignés sur le dallage qui menait au bâtiment, un groupe de quatre scientifiques, vêtus de ce qui devaient être « leurs plus belles blouses de travail ». Derrière eux, on parvenait à deviner les premières lettres du mot Kingdom, signe qu’ils se trouvaient devant l’établissement, dont l’entrée devait se situer à quelques mètres du petit groupe. Tsuhiko, qui s’intéressait à son tour à la chose, reconnut immédiatement Stéphane Longius, positionné sur la droite. Il grimaça en constatant que ce dernier affichait un sourire rayonnant et tout simplement répugnant. Il semblait de plus ne pas avoir lésiné sur cette substance étrange qui couvrait ses cheveux et les plaquait de façon fort peu esthétique sur son crâne de gros salaud. Ses stylos étaient parfaitement alignés. A sa droite, une jeune femme de taille moyenne, ses cheveux apparemment châtains – la photographie était en noir et blanc – noués en un chignon serré derrière sa tête. Si elle souriait tout autant que lui, on voyait bien qu’elle n’était pas habituée à ce genre d’expériences, car elle semblait totalement crispée, et les mains qu’elle joignait derrière son dos lui donnaient cette allure stricte qu’avaient les militaires lorsqu’on les immortalisait sur pellicule. En clair, elle avait l’air d’avoir un balais dans le cul. Encore un peu plus sur la gauche, un second homme, de grande taille cette fois-ci. Il contrastait étrangement avec Longius, autant par sa carrure imposante que par son air bourru et carnassier. Il avait plus l’air d’un puissant homme d’affaire, d’un requin de la finance, que d’un scientifique. Et pour finir, une dernière femme, plus grande que la précédente. Brune, féminine, pulpeuse. Balançant un regard goguenard en direction de l’objectif. Ca, c’est ce que j’appelle une belle salope, pensa-t-il. La légende était brève : les noms des quatre figurants ainsi qu’une mention rappelant qu’ils étaient des employés de chez KI.
    Le verdict était sans appel. Le Kingdom Institute était ainsi brossé dans le sens du poil, et sans aucun à-coup. La parité homme / femme était respectée, et on avait là une magnifique représentation d’à peu près tous les cas de la société. Si Dolores, leur professeur de français, avait été là, elle aurait d’ailleurs remarqué une subtile gradation partant du cas le plus populaire de la beauté pour arriver au physique le plus ingrat. En partant de la gauche pour finir sur la droite, bien sûr. Au final, avec tous ces sourires lumineux – qu’ils soient honnêtes ou non -, on avait une merveilleuse représentation d’une vie rose – enfin, noire et blanche, avec quelques subtils tons de gris – où tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et il y avait des gens pour croire à ça. L’ensemble accompagné d’un titre optimiste et presque patriotique histoire de rappeler au monde qu’il est bon d’être humain parce que l’humain, c’est bien – « Mort Rouge, tu ne nous auras pas ! » accompagnait en effet l’illustration. C’était… tout de même assez pathétique.

    - T’as lu l’article qui va avec ? l’interrogea-t-il finalement.
    - Oh, oui, acquiesça Raya d’un signe tête. Ils lui ont même consacré deux pages.
    - Je préfère même pas savoir ce qu’il y a dedans, marmonna Elisabeth en se passant la langue sur les dents.
    - Rien d’intéressant.
    - C’est pas étonnant, finit-elle par conclure. »


    Elle leva les yeux tandis qu’un brouhaha venait se superposer à celui qui agitait déjà le hall qui leur était réservé – l’hôtel où ils logeaient leur avait en effet laissé tout un étage, et ils avaient en arrivant été surpris de voir qu’ils ne se trouvaient pas, comme la logique l’aurait voulu, dans un immeuble miteux aux chambres salles et négligées. Une nouvelle flopée d’élèves, accompagnés par Claude Darraut, faisaient en effet irruption dans les locaux. Elle fronça les sourcils, cherchant une silhouette familière. Et l’aperçut bientôt, se détachant de la masse dont elle faisait encore partie un peu plus tôt.


Dernière édition par Shade le Sam 30 Mai 2009 - 20:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Black. [ Histoire complète ] Mer 27 Mai 2009 - 18:25

    « Hey, Karl !

    Elle agrémenta son appel d’un grand geste de la main visant à attirer son attention. L’effet escompté fut quasiment immédiat, car leur ami, qui semblait chercher quelque chose dans la salle, se tourna vers eux avant de les rejoindre d’un pas rapide. Il prit place dans le cinquième et dernier fauteuil disponible à leurs côtés. Le silence s’installa dans la petite assemblée et, voyant en fin de compte qu’il ne se déciderait pas à entamer la conversation, Tsuhiko décida de se dévouer à la bonne cause pour, une fois de plus, ouvrir les hostilités.

    - Alors, tu survis ?

    Baoum. L’heure du combat avait sonné, et déjà les cavaliers se mélangeaient aux tanks et aux fantassins pour aller se heurter à une horde de lanciers, de jeeps et de Vikings en tuniques bleues.
    Karl leva les yeux vers lui, les traits tirés par une fatigue qu’on ne lui connaissait que très rarement.

    - J’essaye, oui.

    Un missile de croisière fut brusquement lâché en pleine jungle, rasant maisons et tipis sur son passage, pour rapidement disparaître dans un océan asséché où nageaient des baleines et des tigres volants. Le rêve prit fin lorsque ce fut Raya qui, envers et contre tout, se lança dans la discussion.

    - Ils t’ont vraiment vacciné ?

    La réponse était évidente, mais elle tenait à l’entendre venant de sa propre bouche, à lui. C’était une sorte de barrière qu’elle s’était construite avec le temps. Elle ne croyait que très peu de personnes. Et Karl, tout comme Tsuhiko, Elisabeth et Axel, en faisait partie. Karl secoua vaguement la tête en une réponse affirmative, avant de se décider à être un peu plus constructif dans ses propos.

    - J’ai vu des contaminés.
    - Encore ? demanda alors Axel, qui l’écoutait avec une attention non dissimulée.
    - Oui.
    - Tu les as approchés ? l’interrogea Elisabeth.


    Karl agita de nouveau la tête, en signe de négation cette fois-ci.

    - Ils étaient séparés de nous par des vitres, répondit-il.
    - Au moins, ils sont pas stupides à ce point…
    - Oui.


    Le silence retomba – à croire qu’il avait guetté le moment opportun pour s’abattre de nouveau sur eux, vu la vitesse à laquelle il était revenu à la charge. Néanmoins, il avait sous-estimé ses adversaires. Car bientôt, Karl reprit, s’adressant toujours à Elisabeth.

    - Et toi, ça va ?

    Elle le regarda, un brin surprise. Il ne devait pas avoir envie de parler de ça. Après tout, c’était compréhensible. Soit, ils passeraient cette histoire sous silence. De toute façon, il n’était pas le seul à avoir eu droit au vaccin, et les autres élèves étaient en général bien plus bavards que lui. S’ils voulaient s’informer là-dessus, ils n’auraient aucun mal à obtenir des informations. Et puis…
    … et puis de toute façon, ils y passeraient le lendemain.

    - Ouais, à fond, grommela-t-elle finalement, en proie à l’envie soudaine de s’enfiler une nouvelle barre de chocolat. »


    Elisabeth Leroy avait toujours eu un faible pour les sucreries. Et encore, qualifier cela de simple propension à l’ingurgitation de choses sucrées était plutôt léger. Autant le dire, elle ne vivait – presque – que pour la bouffe. C’était le chocolat qui l’accompagnait lorsqu’elle regardait la télé, surfait sur Internet ou téléphonait à des amis – ce dernier cas était plutôt rare, le téléphone ne l’appréciait pas beaucoup et ce sentiment d’aversion était réciproque -, tout comme les biscuits la suivaient aussi bien durant de simples goûters que lorsqu’elle planchait sur un exercice d’oxydo-réduction particulièrement ardu. Les bonbons, en revanche, ce n’était pas ça. S’envoyer de la graisse de porc aromatisée ne lui plaisait pas vraiment.
    Le sucre était, en gros, son remède. Un coup de blues – car personne n’était à l’abri d’une telle chose, pas même elle –, un tracas, une nécessité de réflexion… le sucre l’aidait à ça. Si certains avaient besoin d’être dans le silence pour cogiter, si des gens devaient être installés sur une table, vautrés sur un lit, pour réfléchir, elle, se concentrait sur cette subtile saveur qui lui titillait les papilles lorsqu’elle avalait une barre de corn flakes. Il y en avait qui pleuraient suite à des coups bas, elle préférait s’adonner avec sadisme à l’amputation sans anesthésie d’une tablette de chocolat blanc. Si certains trouvaient leur réconfort auprès de leurs proches, demandaient des conseils à leur famille, elle s’en tenait à avaler un sachet de sablés. C’était ainsi, son organisme fonctionnait de la sorte, et son métabolisme était tel qu’elle gardait malgré tout une silhouette svelte – elle aurait presque pu faire tourner toutes les têtes si elle n’avait pas été aussi masculine, mais ça, c’était un tout autre problème qu’elle ne qualifiait même pas comme tel. Elle se fichait bien de finir diabétique, rien au monde n’aurait pu l’empêcher de dédier une telle passion à toutes ces douceurs que l’homme savait si bien faire. Elle-même en avait conscience : cela lui faisait l’effet d’une véritable drogue. Elle avait besoin de ça, et le cacao était sans nul doute la meilleure des cames qu’elle puisse se procurer sur le marché légal. La plus efficace, la plus merveilleuse. La plus… parfaite. Oh, oui. Le chocolat était la plus fantastique de toutes les choses qui puissent exister sur Terre. Dans l’esprit d’Elisabeth tout du moins.

    On pouvait cependant trouver une explication logique à cela. Elisabeth avait connu une enfance plutôt banale et sans rebondissements. Un père banquier, une mère travaillant dans la publicité. Des revenus plus que convenables, mais qui ne faisaient pas dans l’excédent pour autant. Néanmoins, leurs professions ne leur permettaient pas de jouir d’horaires souples, et de ce fait, le plus souvent exténués par leurs dures journées de labeur, Mr. Et Mrs. Leroy ne pouvaient s’occuper de façon convenable de leur fille. Ou, en tout cas, de lui accorder toute l’attention dont une enfant comme elle avait besoin.
    Cela avait sans doute commencé ce fameux soir – un Jeudi, elle s’en souvenait encore – où, une fois de plus, ils étaient rentrés tard – trop tard. Une réunion qui s’éternise. Eh, non. Deux réunions. Elle devait alors être en CE1, et, en fillette déjà bien mature et responsable pour son âge, était rentrée comme à son habitude seule chez elle. Elle avait, comme tous les soirs, refermé avec attention la porte derrière elle pour se précipiter dans le salon, jeter son cartable sur le canapé et foncer droit dans sa chambre, où l’attendait toujours Pluppy, son cher et tendre petit poisson rouge. Et son visage s’était transformé lorsqu’elle avait enfin aperçu le bocal. Ce Jeudi-là, Pluppy était mort. Ce Jeudi-là, alors qu’elle avait ramené avec elle un 20/20 en maths, note fantastique qu’elle voulait lui annoncer en premier, elle avait constaté avec effroi que Pluppy ne saurait jamais quelle note elle avait eu à ce terrible contrôle pour lequel elle avait tant révisé. L’expression d’épanouissement qui illuminait son visage s’était muée en une tristesse et une horreur incommensurables. Pluppy ne nageait pas paisiblement dans son bocal. Pluppy n’attendait pas qu’elle rentre pour lui donner sa nourriture du soir. Non, Pluppy flottait le ventre en l’air à la surface de l’eau claire dans laquelle le matin encore il évoluait gaiement, eau qu’Elisabeth avait elle-même pris soin de changer la veille au soir. Pluppy était décédé, et son esprit était sans doute désolé d’avoir à lui offrir une vision aussi macabre alors que bordel, elle avait eu un 20 en maths, ce qui, même en CE1, n’était pas totalement négligeable. Ce contrôle, elle l’avait révisé avec Pluppy à ses côtés, Pluppy qui posait sur elle son regard bienfaisant et protecteur tout en s’affairant parmi les algues artificielles qui parsemaient son lieu de vie miniature. Ce contrôle, elle l’avait fait et réussi pour Pluppy. Et maintenant… et maintenant, quoi ? Et maintenant, rien. Nombre de gens se seraient moqués de voir son désarroi pour la mort d’un être aussi petit, aussi insignifiant. Mais Pluppy était son poisson rouge et elle l’avait aimé plus que tout au monde. Elle avait toujours adoré les animaux, et finalement, deux ans auparavant, on lui avait enfin accordé le droit d’en avoir un rien qu’à elle, chez elle. On avait commencé avec quelque chose de plutôt petit. Un poisson rouge. Pluppy. Qui a dit que la vie d’un poisson valait moins que celle d’un chien, que celle d’un humain ?

    Il n’avait fallu à Elisabeth qu’une fraction de seconde pour comprendre ce qui était arrivé. Elle n’avait pas eu à secouer l’aquarium bas de gamme, elle n’avait pas eu à l’appeler ou à lui donner quelques coups pour que la vérité lui apparaisse et vienne la claquer de plein fouet, lui faisant l’effet d’une baffe colossale venant s’abattre dans sa figure. Pluppy était mort et il ne vivrait plus. Plus jamais. Elisabeth aurait voulu se ruer dans la salle de séjour en pleurant et se jeter dans les bras de sa mère pour trouver du réconfort. Mais sa mère n’était pas là. Son père non plus. La seule personne qui lui restait demeurait Pluppy. Sauf que Pluppy non plus n’était plus là. Elle s’était alors emparée du bocal et, comme un zombie, avait marché en direction des toilettes. Elle s’en voulait de lui offrir un enterrement aussi minable. Mais il n’y avait pas de jardin au sixième étage des immeubles et c’était là le seul moyen qu’elle avait de s’en débarrasser. Au moins, il allait retourner chez lui… ou presque, étant donné qu’il allait déboucher sur la mer et qu’il était un poisson d’eau douce. A cette pensée, la jeune Elisabeth s’était mordue machinalement la lèvre inférieure. C’était un échec total, et elle avait senti ses yeux la piquer à mesure que les larmes montaient en elle. Elle avait tenté de se réconforter elle-même en se disant que c’était toujours mieux que la poubelle. Cela n’avait eu aucun effet.
    Sa douleur n’était devenue vraiment intenable que durant la dernière fraction de seconde où elle l’avait vu tournoyer dans la cuvette avant de disparaître à jamais de sa vie, partant pour de folles aventures dans un lieu connu de lui seul – ou presque. La culpabilité s’était abattue sur elle alors qu’elle quittait la pièce maudite d’un pas traînant, se disant que c’était peut-être de sa faute, qu’elle avait dû mal s’y prendre en changeant l’eau, ou quelque chose du genre. Pourtant, elle s’y était prise exactement de la même façon que d’habitude. C’était là un rite minutieux qu’elle respectait à la lettre, avec précision. Alors quoi ? Deux ans, c’était peut-être vieux, très vieux, pour un poisson. Elle n’en savait rien.
    Elle s’était finalement retrouvée debout au milieu du salon, sans avoir plus aucun but réel. Plantée comme une imbécile au milieu de la salle, les yeux, le visage rougis par les pleurs qu’elle avait laissé éclater, abandonnant l’idée stupide de les retenir. Et rien, personne ne se trouvait ici pour elle, à ce moment-là. Elle s’était alors dirigée vers l’un des placards et s’était emparée d’une barre de chocolat. Oui. Ce jour avait marqué le début de sa dépendance. Elle n’avait plus eu aucun autre animal depuis.


    Karl se passa la main sur le visage, se massant les tempes en soupirant. Elle sortit de sa rêverie pour le regarder. Il n’avait pas l’air d’être en très bon état, et cela ne faisait que renforcer son dégoût pour Longius et sa petite troupe.

    « Ca va pas ?

    Il cessa son geste pour lever les yeux vers elle.

    - Je suis… crevé.
    - Tu devrais aller te coucher, ou au moins te reposer.


    Il acquiesça une nouvelle fois d’un signe de tête.

    - Oui. J’ai pas faim de toute façon.

    Il se leva de son fauteuil, son attention se portant sur le journal qui continuait de trôner au milieu de la table basse.

    - Conneries… grommela-t-il.

    Et il se détourna de leur groupe pour marcher mécaniquement en direction du couloir qui menait aux chambres.

    - On se revoit plus tard, lança-t-il finalement avant de disparaître de leur vue.

    Axel fronça les sourcils, perplexe. Si ni lui, ni Tsuhiko n’avaient balancé de blague vaseuse, il était un fait étrange dans tout ceci.

    - C’est marrant, on a pas l’habitude de l’entendre être grossier, finit-il par lâcher.
    - C’est vrai… rajouta Tsuhiko, aussi sceptique que lui.


    Elisabeth les regarda, quand soudain Raya soupira, excédée.

    - C’est bon, c’est bon, pitié, arrêtez deux secondes avec vos histoires d’amour à deux balles, je vous vois venir.
    - Pourquoi, tu as des confessions à nous faire ? lui demanda-t-il, surpris.


    Mais au regard qu’elle lui adressa, il comprit que lui et Tsuhiko avaient mis assez d’humour dans cette journée, et qu’il était temps de capituler. C’est la voix de Mrs. Santiag qui se chargea cette fois-ci de rompre le silence qui s’était de nouveau immiscé dans leur conversation, s’élevant par-dessus toutes les autres pour se faire entendre.

    - Hey, un peu d’attention s’il vous plaît les jeunes. On descend au self, c’est l’heure de la bouffe ! »

    C’était tout de même merveilleux d’avoir une prof comme ça. On voyait bien que la journée l’avait fatiguée elle aussi, car elle ne prenait pas la peine de faire des phrases polies et bien tournées. Raya soupira en se levant, bientôt imitée par les deux garçons. Elisabeth contempla sa montre. Il était 19 heures, et on était un Jeudi. Demain, ils iraient à leur tour se faire vacciner contre la Ralliah. Le lendemain, ils auraient droit à une journée « de repos », où ils pourraient vaquer à leurs occupations sans se soucier des cours ou autres. Une journée de vacances pour visiter Nausicaa, en somme. Et le jour suivant, ils repartiraient, empruntant de nouveau le gigantesque ascenseur qui les conduirait jusqu’à la surface.
    Elle finit par se lever et prendre leur suite. Se ravisa et retourna en arrière pour prendre l’emballage de sa barre chocolatée et le journal. Marcha jusqu’à la première poubelle venue pour les y jeter, laissant ainsi Longius et ses confrères rejoindre les ordures ménagères. Puis les rejoignit pour pénétrer dans l’ascenseur qui les mènerait au rez-de-chaussée. Il ne leur restait plus que deux jours à passer sous l’eau. Dans trois jours, ils rentreraient enfin chez eux.


Dernière édition par Shade le Sam 30 Mai 2009 - 20:27, édité 1 fois
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Black. [ Histoire complète ]

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