[*]Il y a deux ans un nouveau cheval est arrivé au club, il avait quelque chose d’un peu différent, peut être cette pelote en forme de cœur ou l’expression qui luisait dans ses yeux. Mais je n’y faisais pas attention, assurément ce grand cheval bai n’était pas fait pour moi. Je montais que des petits chevaux fins et nerveux.
L’été 2007, je m’en souviens comme si c’était hier, je faisais un stage et en regardant la feuille, pour la première fois je voyais mon nom à côté de la case Magik. Ce grand cheval bai qui ne participait qu’aux reprises des galops 6/7. Assurément il était tellement différent de ceux dont j’avais l’habitude. Ces foulées se montraient basculées, l’amplitude bien trop grande, il me transportait dans son rythme régulier. Il avait ce port de tête altier comme si rien ne pouvait l’atteindre, il avait du mal a tourné, il ne se pliait jamais. Assurément c’était à l’opposé de ce que j’avais l’habitude de monter. Pourtant j’en suis redescendue conquise.
Magik de Valfrileux.
Certaine que ca n’avait été que du hasard je ne montrais pas à quel point il m’avait touché cependant quand je passais devant lui je m’arrêtais à présent pour le regarder, l’observer. Non vraiment ce n’était pas un cheval de club.
La semaine d’après mon nom était encore inscrit dans cette case. Sa case. Comme une légère impression de rêver, pourquoi moi, simple cavalière de galop 5 sans réellement d’ambition, qui n’a pas LE truc et qui monte juste par plaisir, pourquoi moi je me retrouve sur le dos de ce cheval aux moyens exceptionnel. Oui parce qu’il ne se contentait pas de sauter pour sauter, il sautait avec sa force son courage il sautait avec son cœur il s’envolait bien au dela de la hauteur imposée, rien ne lui faisait peur ni les barres qui montaient ni la couleur ni les sous bassement, il y allait.
Les semaines passaient et mon nom restait toujours dans cette case, la case qu’il avait rendu magique. Je commençais doucement à le connaître, ce grand cheval bai au caractère si singulier. Il avait peur des hommes, il en avait peur et pourtant il voulait nous faire confiance. Non ce n’était pas un cheval de club, il n’était pas fait pour ça, c’était un cheval exclusif, le cheval d’un seul cavalier. Je n’étais pas la sienne, il n’était pas le mien et pourtant on avait trouvé un chemin d’entente. Je le respectait comme il était avec cette crainte qui dansait souvent au fond de ses yeux expressif, je composais me montrant douce et plus patiente que jamais et lui de son côté il m’acceptait doucement, il se pliait à la loi de club en laissant entré dans sa bulle d’autres cavaliers. On formait surement un couple atypique la petite maigre sur le grand selle français, un couple un peu forcé mais qui y trouvait finalement son compte. Je ne l’avais jamais demandé, d’autre le montait déjà et l’aimait beaucoup trop pour que j’eusse envie de m’y mettre aussi. Après les semaines se furent les mois qui passèrent je n’avais plus besoin d’aller vérifié qui je montais, c’était lui. C’était toujours lui.
Puis on commença nos premiers concours ensemble, il m’a fait aimé ça bien plus que de raison. Alors qu’avant j’avais ma petite pur sang qui chauffait sur les détentes et bourrinait sur les tours je me retrouvais sur mon beau cheval froid, qui imposait de par sa carrure et sa taille, ce cheval constant qui jamais ne s’emballait. Ce cheval qui ne savait faire que des sans fautes et qui prenait toujours la foulée qu’il décidait. Je ne m’en faisais pas car de toute manière on arriverait de l’autre côté quoi qu’il arrive. Le temps défilait et nous on restait apprenant de lui un peu plus à chaque cours. Monter sur son dos était devenue bien plus qu’un plaisir c’était une necessité, un besoin, un remède. A ce moment là de ma vie je n’allais pas très bien mais à chaque fois que je me hissais sur la selle tout s’évaporait, sur lui j’étais en sécurité, je me sentais bien, j’étais intouchable. Nous étions intouchables. Il était mon remède contre la vie, le pilier qui me soutenait. En conte parti moi je voulais comprendre, je voulais allez plus loin, je voulais apprendre d’avantage, pour lui. L’équitation n’était plus un sport pour se faire plaisir, c’est devenu un art, une façon de penser et de parler, une façon de vivre. J’appréhendais tous différemment, je voulais m’améliorer sans cesse allez plus loin. Pour lui. Pour le comprendre. Parce qu’il me donnait quelque chose qu’aucun autre auparavant ne m’avait donné il m’emmenait a ressentir des sensations qui dépassait le cadre du réel. Tout n’était que sensations. Infimes ou étouffantes, il n’y avait pas de mots. Il avait de moi une cavalière.
Puis tout c’est enchainé, tellement vite, tout c’est dégradé.
Première colique, pas très grave certes beaucoup plus de peur que de mal mais en une semaine c’était finit, mon Ptit Lou était à nouveau là plein de forme. Rechute. Deuxième colique, bien plus grave, il avait mal, il avait si mal alors on a marchait lui elle (celle qui s’en doute était sa cavalière à plus juste titre que moi) et moi, nous avons marché ensemble pendant 4 heures. Il faisait chaud, tellement chaud. Sa robe devenue noire sous la transpiration écumait à présent d’une fine couche blanche, ses yeux, ses yeux si doux ses yeux qui parlaient pour lui, ses yeux pleuraient, ils pleuraient et ne comprenaient pas. C’était dur de voir ca, comment aurait il pu comprendre pourquoi une douleur si forte le tenait alors qu’il était un modèle de bravoure. Ses postérieurs ne le soutenaient plus, combien de fois a-t-il faillit s’effondrait sur l’asphalte ? Je ne sais plus, nous deux on était là on le soutenait comme on pouvait, jamais on ne le lâcherai jamais. On t’aime Magik, on t’aime soit en sur ne nous met plus à l’épreuve. Devant autant de souffrance les vétérinaires étaient impuissants. On le lâcha dans le manège, après trois pas à peine il s’effondra. Et se roula, un ballet incessant de roulades. On observait, impuissantes. Il s’allongea sur le flanc tellement épuisé qu’il ne pouvait même plus roulé. On était à ses sabots, assises par terre, là tout simplement. Il nous avait tellement aidé on ne pouvait pas le laissé seule. Ils partirent un instant pour discuter de ce qu’il fallait faire. Et pendant ce temps il se releva. Il se releva devant nous, épuisé, fatigué, au bord de la rupture. Mais il était là debout, il se battait. Pour nous peut être ? En tout cas nous nous battions pour lui.
Il s’en remit. Il allait bien, il n’était plus monté mais passait ses journées à brouter sous le soleil de juin. On était toujours là avec lui. Plus que jamais on s’en rapprocha. L’année dernière, le 29 juin 2008 tout allait bien, il broutait à l’ombre des arbres dans un paddock qu’on avait fait pour lui et on rigolait, on se prenait même à y croire, il allait tellement mieux, les poils de son encolure qui avaient été rasés pour les perfusions qu’il avait reçu avaient repoussée, ses crins étaient plus beau que jamais, il sentait le cheval de pré, sa robe brillait. Oui on y croyait.
Comment vous expliqué que le lendemain tout à basculé ?
Comment vous expliqué que le lendemain tous les espoirs c’étaient envolés ?
Puisqu’il a rechuté. La même chose que la dernière fois en sans doute trois fois pire. Moi non plus je ne pensais pas qu’il aurait été possible de le voir allait encore plus mal. Je n’en pouvais plus. Lui non plus. Mais on tenait bon, elle tenait bon je tenais bon. Il le fallait pour lui, parce que doucement il nous lâché, on voyait ses yeux qui progressivement s’éteignaient, ses yeux qui avait toujours parlé pour lui. On marchait ensemble, il avait mal. Il a hennit vous savez, d’une façon que je n’ai jamais entendu un cheval hennir et comme je ne souhaite plus jamais en entendre un le faire. C’était long et profond, c’était tellement fort, tellement intense, comme un glas qui sonne. Il savait. Mais nous on ne voulait pas y croire. On a continué de marché. Il est tombé, il c’est relevé on marchait. Les piqures s’enchainaient, alors qu’elles auraient du le soulager pour une heure ou plus, l’effet ne tenait pas plus de vingt minutes, ses postérieurs se pliaient sous lui, son encolure ruisselait d’écume. On le relâcha dans le manège. Cette fois on y croyait presque plus. Il fallait se battre pour lui mais il n’y croyait pas non plus. Il avait mal vous savez. Pour la première fois depuis le début, alors qu’il était allongé par terre et que nous étions à sa tête, pour la première fois on a osé pleurer. On a pleuré devant lui, devant ce grand cheval bai si courageux qui tout d’un coup semblait vulnérable. Il avait du sable partout, dans les naseaux, autour des yeux, dans les dents. Ca se collait à sa robe trempée, il avait mal. Mais on était là, jamais on la lâché. Je ne sais pas combien de temps on est restées là à le contemplé, totalement impuissante à ce qui lui arrivait, la seule chose que l’on pouvait faire c’était lui montrer qu’on était là. Et une fois de plus, il c’est relevé. Comment ? Ne me demandait pas, je ne sais pas où il a été puisé la force nécessaire pour le faire. Il marchait avec énormément de difficultés, mais ce soir là quand je suis partie il était au milieu du club sur un grand carré d’herbe et il broutait. Du bout des lèvres comme si c’était uniquement pour nous faire plaisir, pour nous rassurer, pour nous dire « ne vous en faite pas, je vais bien. » J’ai du partir ce soir là, et je me suis retournée une dernière fois pour le voir brouter, faible mais bien vivant. J’étais légèrement rassurée mais cela suffirait il ?
Un coup de fil le soir. Elle me dit qu’ils l’on emmené à Paris où il va être opéré. Vous vous rendez compte ? Ce cheval était hors du commun, pour qu’un centre équestre de Haute Normandie décide d’envoyer un de leurs chevaux se faire opéré dans une clinique Parisienne c’est qu’il est hors du commun. L’angoisse. Une nuit sombre, agitée, j’ai eu tellement de mal a m’endormir, je ne voulais pas vraiment dormir. Je sombrais dans une sorte de coma plutôt que de sommeil. 6heures moins le quart, je me réveille en sursaut. Paniquée, angoissée, je n’en peux plus. Je ne peux plus dormir. Alors j’attends, j’attends le coup de fil qui m’annoncera où ça en est.
J’ai attendu jusqu’à 9h30. Puis mon portable à sonné, j’ai décroché. Il ne fallait pas pleurer il fallait être forte pour lui, sa voie tremblante à répondue au bout du fil.
« Agnès … »
Alors j’ai su, j’ai su que c’était finit. C’était la fin, je m’effondrais en pleure. On était le 1er Juillet 2008, le début d’un nouveau mois, la fin d’un bout de ma vie. Il a été euthanasié à 6heures du matin. Plus jamais je ne le rêverais. Vous comprenez ? Vous comprenez ca ? Dans deux jours ca fera un an.
Un an que je survis sans lui, sans ma dose de bonheur. Un an que tout me semble fade, que ce qui me poussait autrefois vers le haut me fait sombrer un peu plus chaque jour. J’ai continué l’équitation, je monte toujours mais il n’y a plus cette étincelle. Il n’y a plus rien, puisqu’une cavalière sans son cheval n’en est plus vraiment une. Je pourrais vous parlez de lui et de ses manières pendant des heures en me collant un sourire nostalgique mais guérit sur les lèvres. Oui en apparence je me suis relevée, c’est sur parfois j’arrive à être heureuse c’est la vie qui continue comme on dit. Mais au fond ce n’est qu’une mascarade et une partie de moi est morte en même temps que lui. Je ne me sens plus entière. Maintenant je suis incapable de pleurer davantage, quand je pense à lui comme j’y pense aujourd’hui j’angoisse, je tremble, j’ai envie de vomir, de sombrer, de me noyer.
Désolé pour ce pavé qui est encore bien incomplet, merci à tout ceux qui l’on lut jusqu’au bout, je ne cherche pas un quelconque réconfort et encore moins de la pitié j’avais juste besoin de le dire, pour pas qu’on l’oublie, pour ne pas l’oublier. Je l’aime vous savez. Je n’ai jamais cessé de l’aimer.
Magik de Valfrileux.